L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Qui parle de tolérance religieuse à Maurice ?

5 Décembre 2003


Port Louis — Depuis quelque temps, les différentes composantes de l'hindouisme font des efforts louables pour donner à leurs fêtes annuelles une ampleur importante tout en s'efforçant de conserver leurs aspects religieux et spirituels. Parmi, la fête de Divali prend une dimension importante et très populaire. Il est dommage que certains profitent de l'ouverture de cette fête pour tenter d'introduire des danses inacceptables dans de telles occasions. Theresa Wong a cru bon de fabriquer une histoire malveillante au moyen des dialogues discriminatoires entre quatre étudiants fictifs ayant pour noms Diana, Martine, Vishnu et Bala pour amoindrir la déesse Lakshmi que les hindous vénèrent comme un aspect de Shiva ou Shivji, notre Dieu suprême.

En fait, depuis plusieurs millénaires, les hindous honorent Lakshmi comme la déesse qui guide les fidèles sur la voie de la prospérité dans la mesure de leurs propres efforts et de leur foi en la force spirituelle. Il faut préciser que Lakshmi n'est pas la mère de Shiva. Notre Dieu suprême n'a pas de père et de mère. Il est incréé. Il a toujours existé et il existera toujours. Dieu Shiva est notre Père-et-Mère divin. Il est omniscient, omnipotent, omniprésent. Il est le Créateur de tout ce qui existe. Il est créé par émanation, mystiquement.

L'histoire de Thérésa Wong, intitulée Shanti, Queen of Hearts dans l'express du 24 octobre dernier, a visiblement pour but de montrer la supériorité de la Vierge Marie sur la déesse Lakshmi en pleine période de la fête de Divali ! Est-ce pour diminuer l'importance de cette fête ? Son histoire est concentrée sur cette phrase pernicieuse : "Our Lakshmi's better than your Virgin Mary" qu'elle a mise dans la bouche de Bala pour atteindre ses buts (Elle met) encore d'autres mots tantôt insignifiants, tantôt sarcastiques dans la bouche du même Bala pour permettre à ses deux commères, Diana et Martine, de l'acculer et le ridiculiser comme un vulgaire imbécile.

Par contre, elle donne aux deux filles toute l'attitude de flatter le "statut supérieur" de la Vierge Marie avec des phrases comme : "Our Virgin Mary is the Mother of God ; She is the Patroness Saint of Port-Louis, the capital city of our country, together with Saint-Louis, the first King of France ; She is our Lady of Light, etc." Et d'ajouter plus loin cet appel de Diana à Vishnu : "May be if you or your mother pray through our Mother Virgin, you will succeed Won't you, Vishnu, for a try ?" Est-ce le but recherché ? Le prosélytisme à l'oeuvre à travers des paroles discriminatoires mises intentionnellement dans la bouche des "jeunes innocents" et publiées dans un quotidien à grand tirage en pleine fête de Divali ! Qui parle de tolérance religieuse à Maurice ?

Il faut ajouter qu'en construisant ses "dialogues", Thérésa Wong n'a pas épargné non plus la mère de Bala en la traitant de poor, fat and awkward maid et pour terminer par un éloge à Shanti, la mère de Vishnu, en la qualifiant de Queen of Hearts. Est-ce une tactique calculée pour semer la division entre les membres de même foi religieuse ? ( )

Vikash, Siven, Ramoo et Rama

Notre responsabilité étant engagée du fait de la publication du conte de Theresa Wong qualifié d'"intolérance religieuse", "l'express" tient à répondre à cette lettre. Sur l'intention, d'abord, de Theresa Wong. Cet auteur écrit, depuis des années, des contes pour enfants de la même veine que Shanti, Queen of Hearts, autour de nos traditions. Parce que nous comprenons son positionnement et pour avoir publié plusieurs de ces contes, "l'express" sait qu'ils ne visent qu'à une plus grande connaissance des religions, dans la recherche d'une meilleure harmonie. Le conte dont il est question ici répondait aux mêmes objectifs de partage et ne mérite pas les accusations de "prosélytisme" ou de "malveillance" formulées par ce lecteur (nous n'avons eu affaire qu'à un seul locuteur bien que la lettre soit signée de quatre noms).

Sur le fond ensuite. Il est malheureux que l'auteur de cette lettre ne retienne que quelques phrases et non le sens de tout le conte, ce qui fausse complètement l'interprétation qui peut en être donnée. Nous prendrons donc la peine d'expliquer ce qui nous semble en être la seule interprétation plausible. Ce conte est une discussion entre quatre enfants. Ils doivent présenter, dans le cadre d'un projet appelé "Religions of the World", une fête religieuse. Ils veulent tous parler de ce qu'ils considèrent chacun être la "Mother of God". Or, étant de confessions différentes, ce n'est pas le même personnage qu'ils qualifient ainsi. Ils se lancent alors des défis pour dissiper cette confusion : que chacun "montre" à l'autre sa "Mother of God" pour qu'ils sachent qui est la vraie, la meilleure ! Une polémique de cour de récré tout à fait vraisemblable. La discussion n'aboutira pas à une guerre civile. Ces enfants, qui trouvent eux-mêmes des réponses à leurs questions, se révéleront être beaucoup plus matures que bien des adultes

Curieux de savoir à quoi ressemble Lakshmi, Diane et Martine sont accueillies chez Vishnu. Ce qu'ils découvriront, c'est l'amour d'une mère pour ses enfants, un amour modelé sur l'amour de la "Mother of God". Et ils se découvrent tout étonnés de constater leurs points communs avec leurs amis de confession différente. Cette Shanti de qui jaillit la lumière (l'amour, la bonté ), qui voit Lakshmi en rêve, qui baigne dans la lumière des "diyyas" jouant sur son sari doré, qui va d'enfant à enfant et qui pose ici et là des lumières elle leur rappelle leur propre mère. Theresa Wong n'a certainement pas fait preuve d'irrespect de la religion d'autrui. Elle n'a pas cherché à dire autre chose que ceci : le symbole de la lumière de Divali, c'est celui du partage sous toutes ses formes, de l'amour, qui transcende les religions Nous voulons croire que c'est aussi ce que pense l'auteur de cette lettre.

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