Abdou B.
8 Décembre 2003
La responsabilité et le sens aigu du devoir, soulignés par tous les observateurs, ont rendu les responsables du CLA et du CNAPEST éligibles à une reconnaissance de leur syndicat, acteur de taille et de fait dans la vie sociale du pays.
La grève gelée, presque arrêtée ou à moitié achevée n'aurait pas dû durer autant et perturber le corps enseignant, les parents et surtout les élèves dont le point de vue est sûrement prioritaire, comparé à celui de leurs parents, adhérents ou pas à une quelconque association.La première leçon à tirer pour l'avenir est que l'ensemble de l'architecture qui va de l'école primaire au diplôme le plus élevé à l'université nécessite des soins «préventifs» et des attentions particulières aux niveaux pédagogique, financier, formateur, etc. Parce que les futurs citoyens éclairés et les élites dirigeantes s'y forgent et accumulent toutes les connaissances nécessaires. Un ministère de l'Enseignement, censé être neutre politiquement, s'est impliqué dans des luttes politiciennes, et à l'image d'une mouhafadha de l'ex-parti unique, ne reconnaît qu'un syndicat affilié à l'UGTA, qui a toute sa place dans le paysage. Or, la réalité nationale, la Constitution et la situation dans le monde de l'enseignement plaident, militent et légitiment le pluralisme syndical, tout comme celui dans la sphère politique. Mais quid de l'agrément, diront tous ceux qui freinent des quatre pattes ?
Le syndicat de Lech Walesa, qui n'était pas reconnu, a renversé un régime et son leader est même devenu chef d'Etat, parce que sa légitimité n'avait rien à voir avec l'administration. Il est préférable de négocier, oui négocier, avec un syndicat à moitié représentatif plutôt que de passer par les sentiers empruntés pour retomber dans une reconnaissance de fait, avec des dégâts mesurables. Certains ont reproché du bout des lèvres la proximité des syndicalistes meneurs avec des courants politiques. La belle affaire ! Depuis toujours, les mouvements syndicaux ont affiché plus ou moins ouvertement des affinités idéologiques, politiques ou religieuses, tout en oeuvrant dans la légalité. L'argument ne tient pas la route, même en supposant qu'il soit vrai, tant que lesdits courants politiques ne sont ni illégaux ni franchement dangereux pour la République.En attendant, le bon sens pousserait à effacer toutes les sanctions prises conte de nombreux enseignants sans aucun recours, prendre langue avec tous les syndicats, y compris l'UGTA, pour planifier des échéances, une plate-forme imposable à tous et la concertation la plus large, en associant les élèves, qu'il faut impliquer dès maintenant dans la vie citoyenne, pour préparer les examens et anticiper.
La grève qui a trop duré dans les lycées algériens laissera forcément des traces durables, y compris sur l'élection présidentielle de 2004. Il ne faut pas être grand lecteur dans le marc du café pour s'attendre à des «sanctions» de la part des enseignants, de leurs parents, amis et de leurs enfants qui seront en âge de voter. Et comme M. Benbouzid ne sera pas candidat, les angoisses, les humiliations et les sanctions, si elles sont maintenues, seront imputées à MM. Bouteflika et Ouyahia. Effacer toutes les séquelles n'est plus du ressort du ministère. Quant au couple syndicat-politique, il faudrait peut-être modifier la loi et interdire à toutes les directions d'associations et de syndicats de parler politique au nom de leurs adhérents sous peine de sanctions lourdes. Cela pourrait être un point dans le programme des futurs candidats à El Mouradia.
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