Alexandre T. Djimeli
8 Décembre 2003
«Depuis longtemps, nous dessinons, depuis longtemps nous coupons et cousons, attendant l'organisation de notre secteur d'activités en vain.
Pourtant nous savons qu'il y a des directions chargées de l'artisanat et de la promotion de l'industrie, mais nous ignorons si leur travail se fait réellement, de toute façon, nous n'avons pas de signe dans nos métiers ( ) Notre secteur d'activités est justement considéré chez nous comme un secteur pauvre alors que dans les pays développés, il fait partie des secteurs-clés de l'économie. Mais nous ne voulons plus être pauvres ; c'est pour cela que nous avons décidé de prendre notre destin en main en organisant nous-mêmes notre secteur d'activités qui est bien complexe ». C'est à un véritable plaidoyer que les participants à la première assemblée générale élargie de la Fédération camerounaise de la couture et du prêt-à-porter (Feccap) ont assisté jeudi 27 novembre dernier dans une salle surchauffée de l'immeuble Oncc à Douala. Comme dans un manifeste digne de ceux que prononçaient les leaders des partis communistes du monde en pleine Guerre froide à l'occasion des grands rassemblements, le président de la jeune fédération, Blaz J. E. Essomba, a donné le ton et indiqué dans quel sens il souhaitait que les 7.000 membres de la Feccap orientent leurs efforts. Des efforts qui ne seront récompensés que si le secteur est rigoureusement organisé, et que l'information qui est la matière première du réseau circule abondamment.
En effet, comme le précisent les statuts (provisoires ?), il s'agit de rassembler « les professionnels des métiers du textile et de la mode » dans le dessein de créer « un réseau national de repère des différentes spécialités de la couture, de la confection et de la mode ». C'est pourquoi l'objectif principal de l'assemblée générale du 27 novembre était l'information et la constitution des chambres qui représentent autant de branches ou de métiers du secteur. Au cours du jeu de questions-réponses qui a suivi les exposés liminaires des membres du bureau, on a noté une certaine méconnaissance des limites et parfois même de l'essence des différents métiers que les acteurs présents dans la salle exercent pourtant au quotidien. De certains membres du bureau (Azegue, Parfait Behen, Blaz, Esterella, ) dont on reconnaît le talent et qui jouaient les professeurs, on a ainsi appris que le secteur regroupe « fabricants de tissus traditionnel, tailleurs, créateurs de mode, stylistes, modélistes, ingénieurs en textile, dessinateurs, mercières, mannequins, teinturiers, agents de mode, tisserands, etc. » Plus d'une dizaine de métiers donc, qui se confondent souvent, même par ceux qui les pratiquent. Le premier défi a donc été de déblayer ce champ conceptuel. Puis, est venu le moment de s'inscrire dans les chambres. Il y en a cinq au total : industrie textile et activités connexes, industrie de l'habillement, couture et tailleurs sur mesure, prêt-à-porter des créateurs, haute couture et prêt-à-porter des couturiers. La définition du profil des professionnels qui doivent entrer dans chaque chambre a été une autre séance de prestidigitation. Par tâtonnement et quelquefois dans l'embrouillamini, les uns et les autres se sont essayés.
Défis
La fédération camerounaise de la couture et du prêt-à-porter qui entend ainsi se lancer définitivement dans une longue bataille pour la reconnaissance nationale du mérite des acteurs de la filière et surtout l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail n'aura pas la partie facile. Des facteurs crisogènes à l'intérieur comme à l'extérieur de la structure pourraient par exemple empêcher les « rêveurs des temps contemporains » d'avoir la visibilité et la lisibilité nécessaires à leurs actions. On a en effet noté un certain clivage entre les tailleurs sur mesures des quartiers et les couturiers « haut de gamme ». Créée et entretenue par une certaine classe de couturiers, cette déconsidération des autres débouche sur un complexe qui, loin de solidifier la structure, pourra provoquer une sorte de« break up ». Par ailleurs, l'absence de certains noms du secteur à l'instar de Jemann à cette assemblée a marqué les esprits, surtout quand on sait que ce dernier faisait partie des membres fondateurs de la fédération.
Au-delà de « l'esprit » qui semble germer dans ce travail de structuration, certains couturiers rompus à la tâche avec environ 30 ans d'expérience manifestent clairement leur pessimisme par rapport à l'avenir de la couture au Cameroun. « Je ne crois plus en l'avenir de la couture. Les jeunes qui entrent dans ce métier s'abandonnent à la facilité et leur seul credo c'est l'argent. Ils ne font pas de recherche ; il ne font plus d'effort. Comment peut-on compter sur des gens comme-ça ? Quand nous savons que nous ne pouvons plus rien faire aujourd'hui, on perd alors espoir », s'indigne un vétéran. La rude concurrence que la friperie oppose à ce secteur en Afrique en général est également un frein à son épanouissement. Aujourd'hui en effet, 8 Camerounais sur 10 s'habillent à la friperie. On y trouve des vêtements à la portée de toutes les bourses. Ce qui n'est pas le cas dans la couture sur mesure. Autant de difficultés auxquelles doit faire face la jeune fédération de la couture et du prêt-à-porter. Mais l'optimisme de ses premiers dirigeants est un bon signe.
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