H.h.
8 Décembre 2003
analyse
Parce que considérée comme organiquement liée à une période historique - celle de la colonisation - la littérature maghrébine d'expression française a été assimilée à un phénomène passager et jugée comme condamnée à disparaître avec les conditions qui ont présidé à sa naissance.
Une littérature pour dire
Cette vision des choses comporte certes une part de vérité. Les auteurs maghrébins francophones sont le produit de l'école occidentale. Ils ont dans leur majorité écrit en français pour dénoncer la colonisation, pour exprimer une prise de position intelligible par le vis-à-vis. Avec la décolonisation, ils n'avaient en principe plus rien à dire, du moins ils n'avaient plus besoin de la langue de l'autre. En effet, certains se sont tus, d'autres n'ont plus écrit qu'en arabe. Toutefois, ceux qui ont continué à faire usage de la langue française sont la preuve que l'explication déterministe est partielle.
En effet, parler de dénonciation ne s'applique qu'à la littérature algérienne et, dans une certaine mesure, à la littérature marocaine. Sous l'occupation française, la littérature tunisienne francophone était quasi inexistante.
D'autre part, limiter les répercussions d'un phénomène historique à la période de son existence ne peut être que réducteur. Il est des faits dont l'impact s'étale sur une longue période et des faits qui laissent des traces indélébiles, car ils provoquent des ruptures. La colonisation appartient à cette dernière catégorie.
Enfin, il existe aujourd'hui une littérature maghrébine francophone qui n'est pas dans la logique du heurt et du conflit tels qu'ils fonctionnaient autrefois. La littérature beur ne désigne pas un ennemi mais rend compte d'un déchirement et d'une quête d'identité. La littérature «locale» se pose d'autres questions. Elle est en train de proliférer. La critique a pratiquement résolu toutes les énigmes de la littérature maghrébine née à l'époque coloniale ou située dans la continuité de cette époque. Elle a dévoilé une partie du mystère de la littérature beur. Par contre, elle n'a pas prêté suffisamment d'attention à cette littérature francophone «locale» qui, à première vue, semble un paradoxe.
Crise d'identité ?
Dans les sociétés maghrébines, l'arabisation de l'enseignement est aujourd'hui un fait, et le français a le statut d'une langue étrangère. Et pourtant, nombreux sont ceux qui écrivent dans cette langue. Il y a donc lieu de s'interroger sur les motivations de ces auteurs. Cela mérite débat.
Faut-il se ranger du côté de ceux qui pensent que, malgré tout, il ne s'agit que d'une minorité qui se plaît dans le B.C.B.G., affiche son appartenance à une catégorie sociale bien déterminée ou vit une crise d'identité?
Faut-il plutôt y voir l'indice d'une ouverture qui a toujours caractérisé le Maghrébin et que, si la possibilité lui était offerte, celui-ci écrirait en anglais, en allemand, en espagnol ou dans n'importe quelle autre langue?
Faut-il y voir une réponse (provisoire?) aux limites imposées par l'arabe à la fois en tant que langue «sacrée» et en tant qu'obstacle à l'utilisation de mots tabous ou empruntés à d'autres langues?
Existe-t-il d'autres considérations? C'est à la critique d'éclairer notre lanterne.
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