8 Décembre 2003
Moktar Belibi est le chef d'orchestre des Fada Kawtal, un groupe de jeunes basés à Douala et qui fait fureur dans les milieux jeunes à travers le pays avec ses rythmes inspirés du répertoire traditionnel du nord Cameroun. Depuis trois mois, Moktar est une personne vivant avec le Vih et tient absolument à le faire savoir à son entourage.
C'est ainsi qu'il va de témoignage en témoignage pour raconter la manière par laquelle il a connu sa sérologie, par accident et en direct, en jouant un rôle dans un film que le Cnls était en train de tourner sur l'espoir que suscite la lutte contre le Vih/Sida au cameroun. Mais Moktar rencontre deux problèmes dans sa nouvelle vie de Pvvs : " Les gens pensent que le Cnls m'a donnée de l'argent pour que je joue les personnes infectées. Ils n'acceptent pas que je puisse avoir le virus du Sida et être aussi bien portant que je le suis, confie-t-il. Le deuxième problème que me cause ma nouvelle vie, c'est les amis sont gênés. Ils estiment que je m'expose trop en témoignant, que je devrais être plus discret. Certains vont même jusqu'à m'éviter. "
Comme beaucoup d'autres personnes vivant avec le Vih/Sida, Moktar commence à goûter aux affres de l'exclusion, de la discrimination et de la stigmatisation. Ces formes de rejet et de marginalisation qui relèguent les personnes vivant avec le Vih/Sida au banc des accusés et qui dirigent contre eux les regards accusateurs, inquisiteurs, interrogateurs de la société.
Pour faire face à ce regard, les personnes vivant avec le Vih se regroupent en associations pour mieux se défendre, se soutenir, partager les expériences et les espoirs d'une vie meilleure. Selon les chiffres communiqués par le Cnls, le Cameroun compte une quarantaine d'associations de personnes vivant avec le Vih/Sida. Certaines de ces associations sont organisées en réseaux, dont le Recap+ (Réseau camerounais des personnes vivant avec le Vih/Sida) que dirige Pauline Mouton. Chacune de ces quarante associations essaie de trouver sa voie. SunAids, sans doute l'une des plus actives, construit sa réputation sur des initiatives originales : distribution d'aliments appropriés pour renforcer le système immunitaire, publication d'un recueils de témoignages anonymes des Pvvs, mise sur pied d'un centre d'écoute, etc.
Le Cercle des jeunes engagés dans la lutte contre le Sida (Cejes), est omniprésent sur les jeux de la scène (sketches, récital des poèmes, théâtre. Apas fait dans la prise en charge des orphelins du Sida, l'Association des frères et soeurs unis (Afsu) fait comme beaucoup d'autres dans la prise en charge socio-psychologique. D'autres font dans les activités génératrices de revenus, bref, les initiatives de soutien sont nombreuses, qui accompagnent les Pvvs dans notre société et qui leur ouvrent les portes de la vie, d'une nouvelle vie sans doute, mais d'une vie tout de même. Pour se joindre à cet effort, les pouvoirs publics ont signé avec le Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), une convention visant à insérer les personnes vivant avec le Vih/sida au sein des entreprises membres du Gicam. Au niveau des organes dirigeants (Comité mixte de suivi, Comité provincial de lutte contre le Sida) des structures opérationnelles (Groupe technique central, groupes techniques provinciaux) du Cnls, l'enrôlement des Pvvs est déjà effective. Sur une base contractuelle, les personnes vivant avec le Vih/Sida sont recrutées comme consultants et rémunérées en conséquence. Malheureusement des dérives n'ont pas tardé pas à se faire jour. Bien de personnes vivant avec le Vih/Sida tendent à utiliser leur statut comme un fonds de commerce et établissent tout un programme de vie sur les subsides que leur rapporteraient témoignages, participation à d'autres initiatives de lute contre le Sida. Il se dit d'ailleurs dans les milieux du Gicam que c'est ce qui expliquerait la réticence des chefs d'entreprises à embaucher ces personnes dont la plupart de ceux qui se démasquent se recrutent parmi les populations les moins qualifiées et surtout les plus indigents. Ce qui est un fort bien dommage.
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