Libération (Casablanca)

Maroc: Congrès du Syndicat national des médecins du secteur libéral

Mohamed Kadimi

8 Décembre 2003


Le Congrès constitutif du Syndicat national des médecins du secteur libéral devait clôturer, hier dimanche, ses travaux à Casablanca par l'adoption d'une déclaration générale ainsi que l'élection d'un bureau national.

Le projet de rapport dudit syndicat estime que "le secteur libéral joue un rôle primordial dans la prise en charge de la santé du citoyen... Malgré cet apport, ce secteur n'a pas bénéficié d'un code d'investissement susceptible d'impulser le progrès de la médecine libérale". Mais l'important n'est autre que la conjoncture jugée "défavorable" dans laquelle évolue le secteur. Les professionnels du secteur libéral de la santé attribuent leur situation à diverses raisons. Il s'agit, tout d'abord, de la concurrence anarchique entre les praticiens eux-mêmes en l'absence d'une concertation sur les honoraires et le recours quasi-systématique aux commissionnaires, l'établissement des structures libérales avec les oeuvres sociales des différentes délégations ou régies ainsi que le non-respect de la réglementation régissant l'exercice de la médecine libérale.

La profession se plaint également de la concurrence qu'elle qualifie de "déloyale" menée par les établissements de l'Etat, les structures hospitalières de l'ONE, de l'ONEP, des services médicaux de certaines administrations, des collectivités locales, des régies, des polycliniques de la CNSS et hôpitaux privés. En outre, les médecins du secteur libéral évoquent l'absence d'un cadre d'orientation des investissements dans le secteur privé, les défaillances de la fiscalité, la délivrance des médicaments par les officines sans ordonnance, la pratique illégale de la médecine, la "privatisation informelle" du secteur public qui soumet la médecine privée à une concurrence rude au regard du coût des actes médicaux effectués dans chaque secteur, etc.

Pour remédier à cette situation, le syndicat en question recommande que les pouvoirs publics considèrent le secteur libéral comme partenaire incontournable dans la politique sanitaire du pays en lui permettant de participer aux programmes du ministère de la Santé.

Le Syndicat national des médecins du secteur libéral évoque également l'établissement d'une carte sanitaire planifiant et régularisant l'implantation géographique des cabinets médicaux et des cliniques en fonction des besoins et de la capacité de la population, l'orientation des investissements, des plateaux techniques en les soumettant à une autorisation préalable tenant compte de l'offre et de la demande ainsi que l'encouragement des investissements par la révision des systèmes actuels d'imposition et de douane. Les autres recommandations portent sur la nécessité de conférer au médecin du secteur privé les mêmes droits de récupération et d'exonération accordés aux secteurs inscrits au registre du commerce. De même, la législation médicale doit être révisée, selon le syndicat, pour répondre aux exigences actuelles sans oublier la nécessité d'activer le dossier de la couverture médicale.

Il ressort du rapport du Syndicat national des médecins du secteur libéral qu'à la fin de 1998, le nombre de cliniques privées ne dépassait guère 109. Depuis cette date, leur nombre a plus que doublé pour totaliser 203 structures d'une capacité représentant plus de 20% des lits d'hospitalisation au Maroc. A cela s'ajoutent 13 polycliniques de la CNSS, 7 cliniques mutualistes, 3 cliniques de l'OCP et 4 appartenant au Croissant Rouge. L'ensemble des cliniques du Maroc n'offre toutefois que 5500 lits.

Le même rapport relève que jusqu'en 2002, le nombre demédecins dans le secteur privé s'élevait à 6627 répartis en 3148 spécialistes et 3479 généralistes, celui des FAR 768, les CHU 179. La CNSS, le Croissant Rouge marocain, les Offices, les banques, les assurances, les entreprises et les collectivités locales emploient plus de 925 médecins.

Ces chiffres démontrent la place du secteur privé dans le système de la santé au Maroc. N'empêche que "la répartition des cabinets et cliniques privés est faite de façon anarchique ne respectant ni la densité ni le pouvoir d'achat de la population...".

Cela étant, depuis 1990, l'afflux des prestations privées n'a cessé d'augmenter dans les grandes agglomérations groupant généralistes et spécialistes. Malgré cette croissance, le milieu rural se trouve très désavantagé par rapport au milieu urbain. Les médecins spécialistes comme les investisseurs n'ont pas encore la volonté suffisante de s'implanter dans les zones peu favorisées. A nos jours, des villes ayant une populations dépassant 500.000 habitants n'offrent toujours pas de soins suffisants notamment en ce qui concerne les spécialités. L'exemple des villes d'Errachidia, de Ouarzazate et Figuig est à cet égard très révélateur.

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