Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Exploitations agricoles : combat transfrontalier

D. -L. P

8 Décembre 2003


Abidjan — La production du cacao constitue un élément essentiel de la prospérité économique et sociale de la Cote d'Ivoire. Et de bien de pays en voie de développement.

Les spécialistes révèlent qu'au plan de l'économie nationale, dans la période 1990-2000,le binôme café- cacao, dans lequel le cacao pèse 80 %, a fourni en moyenne plus de 38 % des recettes d'exportation et représenté près de 17 % du PIB.

La Côte d'Ivoire, 1er producteur mondial de cacao avec environ une production annuelle estimée à 1.200.000 T représentant 40 % de la production mondiale.

Cette production qui fait honneur à ce pays est le fait de petits producteurs, environ 60.000, qui cultivent en moyenne 3 à 5 ha chacun.

C'est au moment où experts et gouvernants recherchaient dit-on des réponses durables à ses difficultés techniques qu'est apparu un nouveau problème: "le travail des enfants dans les cacaoyères ".De fait, le trafic et l'exploitation économique des enfants est un phénomène émergeant dans la sous-région.

Au début des années 1990, quand il a été constaté que le travail et le trafic des enfants étaient pratiqués dans les plantations de cacao en Afrique de l'ouest, cette situation a suscité l'indignation de la communauté internationale et les consommateurs avaient menacé de boycotter tous les produits à la sueur des enfants.

Résultats : les planteurs ont ici et là, perdu leur revenu, les exportations des pays ont chuté, ce qui s'est traduit par des déficits importants de la balance de paiement. Les cours sont tombés tandis que les produits de cacao ont vu leur prix s'accroître. Les fabricants ont perdu leurs revenus- réduction des marges bénéficiaires, etc.

Tout le monde étant visiblement perdant, pour résoudre ce problème, l'industrie, les consommateurs et les paysans ont accepté de cultiver le cacao avec sérieux afin que tout le monde puisse en tirer profit.

Bien entendu, afin d'approfondir la connaissance du phénomène du travail des enfants dans les plantations agricoles, l'IITA (Institut international de l'agriculture tropicale) et l'OIT, en accord avec le gouvernement ivoirien ont effectué dans la période de février à mars 2002, deux études.

L'une sur les pratiques de travail dans la production de cacao et l'autre communautaire et quantitative sur le travail des enfants dans les plantations cacaoyères.

Les résultats indiquent bien que 87 % des travailleurs permanents rencontrés dans les plantations travaillent dans un cadre familial contre 13 % provenant de la main d'œuvre extérieure (métayers, salariés) ;plus de la moitié (51,4 %) des producteurs utilisent de la main d'œuvre infantile familiale ayant entre 6 et 17 ans ;moins de 1 % (0,9 %) des producteurs emploient de façon permanente une main d'œuvre infantile ;41 % des enfants travailleurs permanents qui ont été amenés par des intermédiaires .

Les rapports des enquêtes ont précisé que des enfants esclaves n'ont pu être trouvés dans les plantations de cacao de Côte d'Ivoire.

Cela dit, la première activité considérée comme dangereuse pour les enfants, est le nettoyage des plantations à la machette car pouvant les blesser.

Il ne s'agit pas de nier la présence d'enfants dans la filière de production cacaoyère. Par exemple. Mais d'éliminer progressivement le travail des enfants, notamment les tâches considérées comme dangereuses, à travers le renforcement des capacités nationales de tous les acteurs.

Le programme WACAP (West Africa Copcoa/Agriculture Program to eliminate Child Labour in Cocoa Commercial Agriculture Secteur) qui s'étend aux pays tels que la Côte d'ivoire, le Ghana, le Cameroun, le Nigeria, la Guinée, vise à sensibiliser et mobiliser les partenaires, les communautés, les familles, les enfants, la société civile, les médias afin que tous contribuent à la prévention et l'élimination effective du travail des enfants dans le secteur du cacao et de l'agriculture commerciale en Afrique de l'Ouest.

C'est tout l'intérêt du récent séminaire organisé par l'OIT au Cameroun notamment à Limbé (Douala) et auquel ont pris part des journalistes ivoiriens, béninois, burkinabè, gabonais, camerounais, etc. A charge pour eux de mener entre autres des interventions de protection sociale en faveur des enfants travailleurs et leurs familles, de créer et disséminer des connaissances et pratiques sur la lutte contre le fléau décrié.

L'enjeu est désormais connu : il s'agit pour les hommes des médias et les politiques, de faire en sorte que ce qui constitue la base de la richesse nationale, ne soit pas frappé d'embargo au point de freiner le développement des peuples et des pays concernés.

Retirer des plantations, des milliers d'enfants de moins de 15 ans et les protéger socialement, tout comme assister une centaine de membres des familles est un prix que les populations et les pouvoirs publics sont capables de payer pour le bien - être de l'enfant.

Douh-L. Patrice

Envoyé spécial, à Limbé (Cameroun)

Chaîne de solidarité

Une chaîne de solidarité et de combattants pour la protection, la promotion et la défense des droits des enfants est née au Cameroun. En tout cas, les communicateurs qui s'y sont donné rendez-vous, grâce à l'Oit, ont marqué de façon claire, leur volonté de se coaliser, de se mettre en réseau pour combattre ensemble, les fléaux que l'on retrouve de part et d'autre des frontières nationales.

Les participants à ce séminaire, originaires des pays comme la Côte d'Ivoire, le Mali, le Bénin,etc ,ont aidé leurs confrères camerounais à asseoir un réseau national.

Reste à ce que dans les mois à venir, ces réseaux nationaux créent des ensembles au niveau de la sous-région et de l'Afrique, pour envisager des plans d'actions intégrés au niveau du continent. Tous y gagneront énormément.

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