Le Journal de l'Economie (Dakar)
I. Dieng
8 Décembre 2003
Dakar — Les pays africains sont perçus comme trop risqués. Pour inverser la tendance, les institutions financières du continent doivent utiliser les mêmes méthodes que les grandes institutions financières internationales.
Comment expliquer la faiblesse des flux de capitaux vers le continent africain ? "L'Afrique souffre d'un profil de risque insurmontable." C'est la réponse de M. James French, directeur général du cabinet Pangea Global Financial Solutions, basé à New York. M. French sait de quoi il parle car il a été Directeur des marchés capitaux à la Citibank à Dakar au début des années 90 et ensuite trésorier de la même banque au Gabon. Au Sénégal, M. French a participé à la première émission de billets de trésorerie au profit de la Société nationale de commercialisation des Oléagineux du Sénégal (Sonacos) et de la Senelec.
Aujourd'hui installé aux Etats-Unis où il dirige un cabinet de consultant, M. French jette un regard lucide sur les opportunités qui s'offrent au continent africain. Si le développement du marché financier a permis de lever des capitaux, il reste encore beaucoup à faire pour attirer changer l'environnement. Les investisseurs demandent des garanties très importantes pour participer aux émissions. Le continent attire moins de 1% des flux de capitaux à l'échelle internationale.
Comment faire pour changer les choses ? Selon M. French "les pays et les institutions financières africaines qui seront en mesure de démontrer leur capacité à identifier, mesurer, et contrôler les risques financiers en utilisant les derniers outils technologiques et les méthodes statistiques les plus avancées tel que le Value-At-Risk tireront leur épingle du jeu". De l'avis du spécialiste américain, il n'y a pas de miracle. Les pays africains doivent adopter les mêmes méthodes que les grandes institutions financières en matière de gestion de risques. Et notamment, les systèmes internes de gestion de risque prévus dans le cadre de l'accord de Bâle 2. "C'est une fenêtre quotidienne sur le niveau de risque de la banque", explique le directeur général de Pangea. Les institutions financières africaines ne doivent pas gérer de manière passive le risque, mais elles doivent saisir les opportunités qui peuvent s'offrir à elles dans ce domaine grâce à une gestion dynamique.
C'est la raison pour laquelle son cabinet organise au mois de janvier un séminaire de formation de haut niveau un séminaire de formation sur la Gestion du Risque et sur les Pratiques de la Trésorerie. Ce séminaire s'adresse aux cadres des banques centrales, aux trésoriers, aux investisseurs professionnels, directeurs financiers et autres. Les méthodes préconisées ne sont-elles pas un peu trop sophistiquées pour les marchés africains ? Que non, répond M. French. Ce serait une erreur de croire que les méthodes de gestion de risque s'appliquent seulement au monde développé. Ce type de gestion va permettre d'utiliser le marché pour absorber le risque. Les investisseurs les moins disposés à absorber les risques vont les passer à ceux qui seront disposés à les prendre. Ce séminaire ne se limite pas seulement aux Sénégalais. les banques de la région ouest africaine comme celles du centre sont aussi invitées.
ENCADRE : La Belgolaise et Bank of Africa nouent une alliance strategique
Les Groupes Bank of Africa et Belgolaise viennent de nouer une alliance stratégique. Ainsi au courant de l'année 2004, la Belgolaise devrait prendre une participation maximale de 20% dans le capital de African financial holding, actionnaire de référence du Groupe Bank of Africa. En contrepartie, il est prévu le transfert de quatre banques du réseau Belgolaise au Groupe Bank of Africa.
L'intégration des quatre banques du réseau Belgolaise au Groupe Bank of africa se fera sous réserve de l'autorisation des autorités de tutelle concernées. Il s'agit de la BIA-Togo, The Trust Bank (Ghana), Allied Bank International (Ouganda) et Eurafrican Bank (Tanzanie). Ces banques exerceront leurs activités sous la dénomination de Bank of Africa et viendront élargir le dispositif actuel du Groupe. Le groupe est implanté en Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali et Sénégal) et en Afrique de l'Est (Kenya et Madagascar).
A terme, cette alliance devrait leur permettre aux deux groupes de proposer une gamme élargie de produits communs, notamment dans les domaines de la monétique et de la banque sur Internet, et de développer des synergies organisationnelles, particulièrement dans le domaine de l'informatique.
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