Le Journal de l'Economie (Dakar)
8 Décembre 2003
Dakar — Les différents syndicats membres du CNP, à travers des communications sectorielles, ont fait non seulement le point sur les nombreuses contraintes auxquelles ils sont confrontés mais aussi suggéré de pistes.
BTP : Une fiscalite à revoir
De l'avis de M. Gérard Senac, président du Syndicat des professionnels et entrepreneurs du bâtiment et des travaux public (Spebtps), le BTP connaît depuis 1999 une croissance moyenne d'environ 12 % et représente aujourd'hui plus de 5% du Produit intérieur brut (PIB) du pays. Le secteur a réalisé en 2002 un chiffres d'affaires annuel de 110 milliards. Cependant, le secteur doit faire avec le niveau anormalement élevé de la fiscalité. M. Senac déplore également les délais de traitement des dossiers de restitution de la TVA qui sont d'une longueur excessive. Dans le domaine du financement, le secteur éprouve des difficultés pour pour obtenir des fonds auprès du système bancaire. Ce qui fragilise la trésorerie des entreprises. Dans le domaine de la législation, les questions de classification et de qualification sont à l'origine de la désorganisation croissante du secteur.
Face à ces difficultés, le Spebtps propose des mesures d'allègement de la fiscalité décidées par le chef de l'Etat. Il suggère en outre que des réflexions soient menées afin de mettre en place une fiscalité immobilière et du TP plus incitative. Le syndicat recommande d'autre part l'élaboration d'un code de déontologie pour remédier à la désorganisation du secteur et au développement de pratiques informelles.
Banques : réformer la TOB
Selon M. Amadou Kane, président de l'association professionnelle des banques et établissements financiers, l'un des problèmes les plus aigus auxquels les banques doivent faire face est le recouvrement des créances. Citant le rapport 2001 de la Commission bancaire, il souligne que les créances en souffrance dans le système s'élèvent à 135,5 milliards. Au 31 décembre 2002, une proportion de 56,9% des crédits contentieux datait de plus de 5 ans. M. Kane affirme que la baisse du taux de la Taxe des opérations bancaires (TOB) inchangé depuis son institution en 1990 favoriserait la baisse du coût du crédit. Les banquiers soulignent aussi que le développement du crédit-bail a été gêné par l'adoption du Syscoa qui a eu un interférence défavorable avec la fiscalité du produit. Enfin, le cadre réglementaire du capital-risque n'est pas tout à fait approprié. En effet, la réglementation des opérations limite les participations des banques dans les entreprises industrielles, commerciales et agricoles. Le plafond du taux de participation d'une banque est de 25% par entreprise et de 15% des fonds propres pour le portefeuille total de ses participations. Pour faire face aux créances contentieuses, les professionnels des banques et établissement financiers suggère à titre préventif d'améliorer la qualité des documents reçus des clients et de fiabiliser leurs états financiers. La substitution de la TVA à la TOB est également demandée. Le secteur bancaire préconise aussi la diminution du taux des réserves obligatoires qui a été porté à 9% en août 2000 contre 3% auparavant.
Tourisme : pour une promotion plus hardie
Le secteur touristique est l'une des mamelles de l'économie sénégalaise avec des recettes brutes de l'ordre de 186 milliards. Selon M. Mamadou Racine Sy, président du Syndicat patronal de l'industrie hôtelière du Sénégal (Spihs), l'hôtellerie est un secteur qui est gros consommateur de capitaux. A ce titre, l'amortissement et la somme des frais financiers se montent en moyenne à 0 % du chiffre d'affaires. Trop souvent, le coût de la construction est élevé allant jusqu'à 20 voire 25 millions par chambre. Ce qui fait dire à M. Sy que cela " contribue à placer les hôtels et les villages de vacances dans la catégorie de luxe alors que la prestation et la clientèle sont moyenne ". Quant aux équipements, le Spihs estime qu'ils devraient être financés par le crédit-bail. Mais l'accès est aujourd'hui restreint du fait que les avantages du Code des investissements ne sont pas applicables quand le secteur fait appel au crédit-bail. Les professionnels de l'hôtellerie dénoncent le taux élevé de la TVA qui risque de conduire à court terme à la strangulation de leurs entreprises. De même que la fiscalité des droits de porte jugée trop lourde. Les patrons se plaignet aussi du poids excessif du coût des facteurs techniques de production, de la faiblesse des ressources allouées à la promotion touristique, de l'accès difficile à la terre, de l'hôtellerie clandestine, de l'absence de programme de mise à niveau des personnels de l'industrie touristique, etc.
Pour contourner les contraintes identifiées, le Spihs estime que le secteur a besoin d'être redynamisé à travers de nouveaux investissements structurants et par l'allègement de la fiscalité ainsi qu'une politique gouvernementale de promotion touristique plus hardie. Dans ce cadre, les professionnels du tourisme souhaitent l'application des recommandations des journées nationales de concertation sur le tourisme et du cadre intégré notamment la création de la Maison du Sénégal, structure de promotion touristique devant être gérée de manière paritaire entre le secteur privé et l'Etat.
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