MaÏmouna Gueye
9 Décembre 2003
Le Sénégal connaît une situation nutritionnelle inquiétante, malgré les efforts consentis par l'Etat, les ONG et les partenaires au développement pour l'amélioration de la nutrition.
Et la malnutrition contribue, selon les statistiques disponibles pour 33 %, à la mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. Alors que les données tirées de l'Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2 et 3 font déjà état d'une mortalité infanto-juvénile élevée. Pis, si des mesures adéquates ne sont pas prises, on assistera d'ici l'an 2011 au décès de 130.000 enfants. Cette certitude fait ainsi dire à Bidjélé Fall, directeur de Cabinet du Premier ministre que : « la malnutrition infantile constitue une hypothèque pour notre pays ». M. Fall s'exprimait ainsi ce jeudi lors de l'atelier sur « Nutrition et Médiats » organisé par la Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM).
L'une des principales causes de la malnutrition étant une mauvaise conduite de l'allaitement maternel, plus de 4.000 enfants de moins d'un an perdront la vie des suites d'une pratique inadéquate de l'allaitement maternel. Également du fait de la carence en vitamines A qui affecte 56 % des enfants, près de 80 % des enfants vont mourir. Si des causes de la malnutrition comme la pratique inadéquate de l'allaitement maternel, la carence en vitamines A ainsi que l'anémie par carence en fer qui frappe 58 % des femmes et qui contribue pour une large part à la mortalité maternelle ne trouvent pas vite des solutions idoines, la situation nutritionnelle des enfants au Sénégal ne peut que devenir de plus en plus alarmante.
AMELIORER LE STATUT NUTRITIONNEL
Justement, c'est pour endiguer ce mal pouvant causer une lourde perte pour le pays que le Programme décennal (2002-2012) de Renforcement de la Nutrition (PRN) a été mis en place. Entre autres objectifs, le PRN, domicilié au niveau de la Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM), elle même logée à la Primature, vise l'amélioration du statut nutritionnel des enfants, des femmes enceintes et mères allaitantes et le renforcement des capacités institutionnelles et organisationnelles du système de nutrition. Cette volonté de lutter contre la malnutrition est plus accentuée en milieu rural où la malnutrition sévit de manière endémique. C'est pourquoi, la première phase du PRN (2002-2005) va concerner au-delà des 25 communes déjà couvertes par le Programme de Nutrition Communautaire (PNC) qui a précédé le PRN les zones rurales des trois régions considérées comme étant les plus pauvres du Sénégal. Il s'agit de Kolda, Fatick et Kaolack. Ce qui permettra de toucher d'ici à la fin de la première phase du PRN (2005) 740.000 enfants âgés de moins de 5 ans et près de 510.000 femmes en l'espace de trois ans. Cela avant l'extension du programme à toutes les régions du pays, objet de la deuxième phase du PRN qui, à terme, a l'ambition « d'intégrer la politique de nutrition dans les plans sectoriels et les plans nationaux ». Si les stratégies mises en place pour lutter contre la malnutrition s'avèrent efficaces, elles entraîneront des gains considérables par rapport aux nombreuses dépenses de santé. Un tel constat pousse ainsi Diakhaïdia Diarra, nutritionniste à la Division de l'Alimentation, de la Nutrition et de la Survie de l'Enfant (DANSE) à affirmer : « la malnutrition a des conséquences sur l'économie ». Citant le « Profile » (processus basé sur le recueil de données épidémiologiques ayant permis à des chercheurs de mener des études de projection sur les 5 années à venir pour promouvoir un développement intégral à travers le pays), le nutritionniste de la DANSE indique : « rien que la faible pratique de l'Allaitement Maternel Exclusif (AME) coûte 24,5 milliards de F.CFA à l'Etat ». Soit l'équivalent de 80 % du budget du ministère de la Santé et de la Prévention, précise-t-il. En effet, au Sénégal, seul 1 enfant sur 10 est allaité exclusivement au sein pendant les 6 premiers mois de la vie. Pendant ce temps, les pertes dues à un retard de croissance sont évaluées à 94 milliards et celles liées à une carence en iode à 318 milliards. En gros, l'ensemble des pertes relatives à la malnutrition des enfants est évalué à 821 milliards.
DES GAINS SI
Ces dépenses exorbitantes ont poussé les intervenants du secteur à adopter de nouvelles stratégies devant aboutir à un changement de tendance, voire à la réalisation de bénéfices. C'est ainsi que les autres objectifs identifiés consistent à : relever le taux de l'AME de 10 à 50 %, réduire la prévalence du retard de croissance des enfants de moins de 2 ans de 19 à 10 %, la prévalence de la carence en fer chez les femmes en âge de procréer de 58 à 35 % et chez les enfants de 50 à 30 %. Pour la carence en vitamine A et en iode, l'intervention à travers le PRN vise « l'élimination virtuelle ». Ces mesures adoptées, une fois qu'elles seront bien conduites, doivent aboutir à des résultats qui auront un impact sur les dépenses de santé ayant servi à lutter contre la malnutrition. Ces gains sont évalués à 273 milliards de F.CFA, aussi bien pour les carences en iode et en fer que pour le retard de croissance. Sans compter évidemment les gains humains considérables. Ces derniers sont estimés pour la pratique de l'AME à 1.400 vies d'enfants de moins d'un an sauvées chaque année, pour le faible poids par rapport à l'âge à 29.000 vies d'enfants de moins de 5 ans, pour les carences en vitamine A et en iode respectivement à 21.000 vies d'enfants de moins de 5 ans et à 360.000 nouveaux-nés sauvés du retard intellectuel. Justement l'économie de cet argent peut bien contribuer de façon considérable à la lutte contre la pauvreté.
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