Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Mort après un don

Alliance Nyobia

9 Décembre 2003


Quand des dérives conduisent au drame.

Bertrand M., étudiant en quatrième année de Biochimie à l'université de Yaoundé I, est mort un jour de décembre 2002, moins de 24 heures après avoir fait un don de sang. Cet ex-membre de la chorale Epc de Kondengui, né en 1973, serait peut-être encore vivant si on lui avait posé certaines questions ou fait subir quelques examens avant de le saigner.

Dans de nombreux cas, il est déconseillé, voire dangereux de donner son sang : accouchement ou avortement récent, menstrues, hypoglycémie, hypotension, don récent de sang, ou encore si le sujet est parfois victime d'anémies sévères (qui accompagnent bien souvent les accès palustres). Pourtant, c'est sans poser la moindre question que des personnels d'hôpitaux sanglent les avant-bras qui s'offrent à eux, avant de piquer la veine...

Le soir après son don de sang, Bertrand M., qui habitait chez une tante, commence à se plaindre de fatigue ; sa tante en rigole un peu, car c'est plutôt un solide gaillard. Plus tard dans la nuit, la famille est alertée par des râles provenant de sa chambre ; on le trouve mal en point. D'urgence, Bertrand est conduit à l'Hôpital central, où des premiers examens révèlent qu'il fait une hypoglycémie sévère : il n'a plus que 0,2 gramme de glucose par litre de sang, alors que la quantité normale doit varier entre 0,8 et 1 gramme par litre de sang, à jeun.

Bertrand M. n'aurait jamais dû donner son sang. Et un petit examen de son taux de glycémie (opération qui prend moins d'une minute) lui aurait sauvé la vie. Il a été enterré le 14 décembre 2002 au cimetière d'Etoudi, en présence de son père. C'est pour ce dernier qu'il avait donné son sang.

Samuel N. a eu plus de chance. Ayant conduit sa soeur aux urgences d'un hôpital de Yaoundé, il est reparti, sur instructions du personnel hospitalier, chercher des donneurs. Rentré bredouille, il sera invité lui-même à tendre l'avant-bras. " Je suis surmené ", dira-t-il pour se soustraire à la prise de sang. Malgré cette précision, Samuel sera saigné. Mais peu après le début de l'opération, une abondante transpiration va pousser les infirmiers à tout stopper - le sang déjà collecté, en quantité insuffisante pour constituer une poche, avait probablement été jeté.

Vivement des indications clairement affichées pour la protection des donneurs dans les banques de sang. Car, visiblement, ce n'est pas sur des agents pour qui sang rime avec argent qu'il faudra compter.

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