Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Les banques de Sang confrontées à la pénurie

Yves Atanga

9 Décembre 2003


La transfusion sanguine au Cameroun se fait tant bien que mal. Une loi vivement attendue pour organiser la pratique.

Le temps c'est de l'argent. Le sang aussi. Dans les hôpitaux du pays, on sait ce à quoi renvoient ces formules. Parce que là-bas, il arrive régulièrement, que la vie d'un malade ne tienne qu'à une poche de sang. C'est pour cela qu'on a créé les banques de sang. Pour assurer un minimum de provision. Mais sont-elles toujours suffisamment ravitaillées et sécurisées chez nous ? La réponse est moins automatique. Obtenir une poche de sang pour un malade qui en a besoin de manière urgente, est loin d'être la chose la plus facile.

Ce n'est donc pas un hasard, si au cours de la session parlementaire qui s'achève bientôt, les députés ont été appelés à se pencher sur la question. Un projet de loi a, en effet, été proposé par le gouvernement, pour résoudre les nombreux problèmes que pose la pratique de la transfusion sanguine dans les hôpitaux camerounais à l'heure actuelle. En premier lieu, c'est souvent des questions de sécurité de la transfusion. Inutile de rappeler l'ampleur des risques que peut générer une mauvaise transfusion. Par ces temps de lutte intense contre le Sida, on se rappelle bien que c'est, après la transmission sexuelle, le canal le plus dangereux de propagation du VIH.

C'est pour cela qu'on frémit à chaque fois qu'on pense à ce qui se passe dans nos banques de sang. Question sécurité, on reconnaît que la " présence " du VIH incite tous les jours le personnel à une prudence supplémentaire. On est donc relativement loin jusqu'ici d'un scandale du genre sang contaminé. Mais en l'absence d'une législation précise sur la question, on doit reconnaître aussi qu'on n'est pas tout à fait à l'abri des dérives. Parfois les opérations se font dans une telle rapidité (précipitation ?) qu'on a l'impression de foncer droit dans le mur de l'irréparable. Par exemple, l'absence parfois constatée d'un entretien préalable avec le futur donneur est un manquement qui peut conduire directement à l'erreur médicale.

En tout cas, des dérives, il y en a. Le gros problème de nos banques de sang, c'est bien celui de la disponibilité du sang. Les besoins sont estimés à environ 240 poches de sang par an. Et malheureusement, c'est seulement un quart de cette demande qui est disponible. Evidemment ça change toutes les données. Le sang rare augmente en valeur marchande. Et du coup, les comportements mercantilistes ne tardent pas à se manifester autour des banques de sang. Vous avez besoin de sang, il faut déjà que votre groupe sanguin soit dans les réserves. S'il y en a, tant mieux. Mais non seulement, il vous faudra payer le tarif en vigueur (7.000 F), mais apporter deux autres donneurs pour parachever la compensation. Dans ce contexte, on peut dire qu'une loi sur la transfusion sanguine serait franchement salutaire. Après son examen par les élus, elle devrait être votée facilement. Au moins, les sanctions pénales pourraient freiner les élans mercantilistes de certains personnels.

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