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Kenya: La protection de la faune sauvage doit profiter à la population locale : propos d'une voyagiste du Kenya au sujet de la lutte contre le braconnage

Par Susan Ellis, rédactrice du "Washington File"

9 Décembre 2003


Washington, DC — Les villageois n'auront aucun intérêt à cesser de tuer les animaux sauvages qui ravagent parfois leurs champs ou qui leur procurent de la "viande de brousse" en périodes difficiles s'ils ne se rendent pas compte que la protection de ces animaux peut les aider à attirer des touristes et à renforcer l'économie locale.

C'est ce qui ressort du colloque international sur la protection de la nature et le tourisme que la Fondation de la faune et de la flore africaines (AWF) et l'association "Corporate Council on Africa" (CCA) ont organisé récemment à Washington.

Mme Anne Kent Taylor qui a passé toute sa vie au Kenya et qui est à la tête d'une entreprise organisant des safaris-photos dans ce pays, a déclaré : "Je ne sais comment on peut s'attendre à ce que la population joue un rôle actif pour protéger les animaux sauvages si elle-même ne peut pas en profiter."

Le plus grand problème en Afrique dans ce domaine est le commerce de la viande de brousse, a-t-elle dit en ajoutant que ce commerce était tout à fait différent de la chasse destinée à satisfaire les besoins alimentaires des chasseurs et de leur famille. "C'est une situation très grave, mais on ne dispose d'aucune statistique à ce sujet."

En vue de faire face à ce problème dans une région qu'elle connaît bien, la région de Masai Mara où est située la grande réserve naturelle du Kenya, elle a lancé il y a quatre ans un projet de lutte contre le braconnage qui serait la cause de la mort de plus de vingt mille animaux chaque année. Financé à l'aide des bénéfices de son entreprise et de dons, ce projet est destiné à faire comprendre à la population locale que les braconniers compromettent l'économie de leur région.

"Lorsqu'on pense au commerce de la viande de brousse, on pense en général à l'Afrique centrale où vivent des primates sur le sort desquels Jane Goodall a attiré l'attention du monde entier, mais en Afrique de l'Est on ne s'est encore guère penché sur ce problème", a-t-elle dit.

Les braconniers qui tuent les animaux pour en vendre la viande le font principalement dans les parcs nationaux d'une manière cruelle, à l'aide de pièges. Mme Taylor a décrit comme elle avait sauvé, avec une équipe de gardes de la région, des girafes, des éléphants et divers autres animaux qui étaient pris au piège. "C'est très triste, a-t-elle dit, parce que c'est du braconnage fait à tort et à travers."

"Notre projet porte en partie sur le sauvetage d'animaux, mais uniquement du braconnage. Un vétérinaire, qui est autorisé à travailler bénévolement dans le parc national de Masai Mara, s'y rend en avion et fait tout son possible pour sauver les animaux."

Le premier sauvetage a été celui d'un éléphant qui est maintenant en bonne santé. Toutefois, il est impossible de faire quoi que ce soit si un éléphant a perdu sa trompe dans un piège. Ces éléphants, a-t-elle dit, "vont dans les ravins et broutent sur la pente du ravin. Ils se mettent à genou et paissent comme des vaches. J'ai entendu dire que d'autres éléphants les aident à se nourrir (...) Les spécialistes dans ce domaine disent que cela ne s'est jamais vu et que même les primates ne le font pas. J'essaie donc de prendre des photos pour montrer que cela arrive, car je crois bien que cela se produit."

Mme Taylor fait maintenant appel à une équipe locale de Maasai qui connaissent bien la forêt, et les chefs de l'équipe qui sont de Nairobi s'occupent du projet à eux seuls. Au cours de l'année écoulée, l'équipe a fait à huit reprises des patrouilles pendant une durée de deux semaines. Ses membres patrouillent les forêts, en particulier les lieux où les animaux vont pour s'abreuver. "Nous avons sorti un millier d'animaux des pièges et sauvé la vie de vingt à trente fois plus d'animaux, car chaque piège en attrape un grand nombre."

Par ailleurs, elle a déclaré qu'elle se demandait souvent dans quelle mesure les touristes voulaient être informés de la gravité de ce problème, mais qu'elle avait décidé de mettre ces clients au courant car elle estimait qu'il était bon de le faire.

Toutefois, c'est la population locale qui a un rôle essentiel à jouer en matière de protection de la nature. Il faut qu'elle comprenne que les animaux peuvent lui être utiles et qu'ils ne sont pas seulement une source de protéines.

A cet effet, Mme Taylor organise d'autres projets tels que la visite d'écoles locales pour informer les enfants et pour planter des arbres entre autres. Dans une des écoles, les enfants ont fait des dessins qu'ils ont vendus et ils ont dû décider à quoi ils voulaient consacrer l'argent ainsi obtenu. Ils ont acheté des citernes, des livres, des fournitures et les uniformes nécessaires pour faire du sport.

Un autre projet qui a beaucoup de succès est l'organisation par des voyagistes de la visite des parcs nationaux à l'intention des enfants et de leurs parents. En général, la population locale ne peut pas se permettre financièrement de visiter ces parcs, mais on ne peut s'attendre à ce qu'elle protège les animaux sauvages si elle n'a jamais pu les admirer et voir leur utilité. Ces visites organisées à titre gratuit revêtent donc une grande importance.

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