Mamadou Doumbes
10 Décembre 2003
Au-delà des apparences, une crise oppose les ministres de l'Enseignement supérieur, Zémogo Fofana et son homologue Soumahoro Youssouf, à charge de l'Enseignement technique, au sujet des Grandes écoles publiques
Au-delà des apparences, une crise oppose les ministres de l'Enseignement supérieur, Zémogo Fofana et son homologue Soumahoro Youssouf, à charge de l'Enseignement technique, au sujet des Grandes écoles publiques depuis le mois de novembre 2003. Incursion donc au coeur d'un problème qui risque de créer un disfonctionnement de l'Enseignement supérieur ivoirien, s'il n'est pas réglé avec tact.
En effet, la passe d'arme entre les deux ministres, au sujet de l'organisation du Brevet de technicien supérieur (BTS) a pris fin avec le décret n°2003-398 du 24 octobre 2003, pris en conseil des ministres à la même date.
Ce décret a mis fin au flou juridique et artistique installé par le précédent n°2003-102 du 24 avril 2003, au sujet de la tutelle des établissements et services qui doivent intervenir dans l'organisation du BTS.
Du coup, des chefs d'établissement révoqués par le ministre Soumahoro Youssouf, pour malversations financières avérées, refusent de partir, en invoquant le changement de tutelle. «Tout cela commence à faire désordre», comme le dirait un fonctionnaire du ministère de l'Enseignement supérieur.
C'est donc pour mettre fin à ce cafouillage que le Président de la République, en conseil des ministres, le 24 octobre 2003, a pris un nouveau décret correctif.
Dure application du nouveau décret
Le nouveau décret, en son article 27 (nouveau), place sous la tutelle du ministre de l'Enseignement supérieur les Grandes écoles de l'Enseignement supérieur technique publique ou privé et l'organisation des examens et concours de niveau post-baccalauréat, y compris le Brevet de technicien supérieur (BTS). Tout comme la tutelle des Universités publiques et privées et des Grandes écoles publiques et privées.
A priori, toutes les Grandes écoles publiques sont, de facto, placées sous la coupe du ministre Zémogo Fofana. Des Grandes écoles comme l'IPNEPT, les Centres de Bureautique de communication et de gestion (CBCG) etc, naguère placés sous la responsabilité de l'Enseignement technique, sont désormais dans l'escarcelle de l'Enseignement supérieur.
Grosse colère au sein du cabinet du ministre Soumahoro de l'Enseignement technique. Selon un cadre dudit cabinet, qui a requis l'anonymat, l'enseignement étant conçu en terme de système, certaines écoles sont fondées pour pourvoir aux besoins en personnel de certains ministères. «L'IPNEPT est pour nous ce que l'Ecole nationale d'Administration (ENA) est pour le ministère de la Fonction publique. Alors, enlever à notre ministère son principal instrument revient à sonner le déclin du système. Pour être logique. Le ministre Zémogo doit gérer l'ENA, l'INJS, l'ARSTM etc. Pourtant ce qui n'est pas le cas».
Du côté du cabinet de Zémogo Fofana, des personnes interrogées démentent le fait que le ministre ait adressé un courrier aux Directeurs démis par son homologue, pour leur demander de rester à leur poste. «Ces Directeurs n'ont fait que se cacher derrière le changement de tutelle pour exiger que le ministre Soumahoro Youssouf ajoute à son arrêté le décret présidentiel», affirment nos sources.
A la question de savoir pourquoi l'ENA n'a-t-elle pas été revendiquée par le ministre Zémogo Fofana, nos interlocuteurs rétorquent que «l'ENA qui est une spécificité francophone, par tradition, à l'image de la France, a toujours été rattachée au ministère de la Fonction publique. Aussi, les mêmes sources expliquent que « l'ENS n'a jamais formé des Cadres destinés à l'Enseignement supérieur, pourtant aucun ministre de l'Education n' a jamais revendiqué le contrôle exclusif de cet établissement ».
Pour nos sources, il est normal que la gestion des deux établissements du Centre de bureautique de gestion et de communication (CBCG) incombe et au ministère de l'Enseignement supérieur. Cela, eu égard à la forte proportion d'étudiants préparant le BTS dans ces établissements. «Pourquoi voulez-vous que des établissements comme PIGIER et CASTAING, qui préparent des Baccalauréats G1 et G2 et des diplômes post-baccalauréat, relèvent de notre ministère et pas les CBCG» ? S'interroge un proche du ministre Zémogo Fofana.
On le voit, tout semble indiquer que, conformément au nouveau décret, le ministère de l'Enseignement technique est «dépouillé» de nombreuses structures au profit de celui de son homologue Zémogo. Seulement, se fondant sur des exceptions telles que les CAFOP, l'INJS etc, un membre du cabinet de Youssouf Soumahoro accuse Zémogo Fofana et ses proches de vouloir bloquer le bon fonctionnement de leur ministère avec la complicité du chef de l'Etat.
Tout en dénonçant un faux procès, du côté du ministre Zémogo Fofana, on reconnaît que dans certains établissements, il y a eu négociations comme ce fut le cas dans les CAFOP dans les années 1980. Mais, l'on ne semble pas disposé à offrir cette opportunité au ministre Soumahoro qui, à leurs yeux, a opté pour le bas de fer.
Les raisons d'une crise
La situation conflictuelle entre les deux ministères n'est pas nouvelle. Cela fait au moins quatre fois que l'organisation du BTS change de titulaire. Et aussi, le ministre Soumahoro n'a fait qu'hériter d'un dossier introduit par son prédécesseur, le ministre Koffi Koffi Lazare, auprès de la Primature dans l'optique d'organiser les examens du BTS. Mais, de l'avis de nombreux observateurs du système éducative, c'est la fougue et les nombreuses maladresses du ministre Youssouf qui donnent à la crise ce contenu aussi conflictuel. A en croire des proches du ministre Zémogo, c'est avec les encouragements des ex-collaborateurs de Koffi Koffi Lazare que le ministre Youssouf Soumahoro a engagé, sans ménagement, «la bagarre du BTS» contre son homologue de l'Enseignement supérieur.
Informé que le décret n°2003-102 du 24 avril avait été signé par le Premier ministre, le ministre Soumahoro va, au cours du déroulement de la session de juin 2003 du BTS, visiter des centres d'examens en lieu et place du ministre Zémogo Fofana.
Après l'organisation de la seconde session du BTS, le ministre Soumahoro Youssouf, par l'entremise de la Primature, va adresser un courrier au Directeur du Service autonome des examens et concours M. Doulaye Coulibaly, le sommant de préparer la passation de charges.
Alors que la règle en la matière veut que ce type de courrier soit d'abord adressé au ministre de tutelle. Ainsi, M. Doulaye Coulibaly, nommé par le ministre Séry Bally, maintenu par Zémogo fait un travail apprécié de tous au niveau de la réhabilitation du BTS.
La cerise sur le gâteau a été la sortie médiatique de M. Kacou Jules, Directeur des examens, concours, de l'orientation et des bourses (DECOB) du ministère de l'Enseignement technique, indiquant que désormais l'organisation du BTS relevait de son ministre.
Les fondateurs des Grandes écoles privées, réunis au sein de l'UNESUP vont monter au créneau pour menacer le Premier ministre contre une telle décision. Qui, à leurs yeux, ruine les nombreux sacrifices par eux consentis pour homologuer leurs diplômes au niveau du CAMES.
En somme, pour éviter que la crise ne prenne des proportions incontrôlées, le ministre Soumahoro, en toute humilité, gagnerait à négocier avec son homologue du supérieur, Zémogo Fofana.
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