Par : Ibrahima Anne et Bassirou NIANG
10 Décembre 2003
Un projet de loi sur la refonte partielle du fichier électoral est dans le circuit. L'annonce a été faite, hier, par M. Macky Sall, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales qui défendait devant les députés le budget de son département.
La révélation est du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur : un projet de loi sur la refonte partielle du fichier électoral est dans le circuit. Et elle a été lâchée hier suite à l'interpellation de Me Abdoulaye Babou sur les négociations gouvernement-partis politiques autour de l'épineuse question du verrouillage du système électoral. Macky Sall qui a demandé un consensus autour du sujet s'était offusqué de ce que l'opposition veuille faire table rase des négociations entre celle-ci et son prédécesseur le général Mamadou Niang. Une attitude contraire au principe de la "continuité de l'Etat", selon le ministre d'Etat. La réplique de Me Babou ne s'est pas fait attendre. Selon le député progressiste, c'est le ministre qui a remis en cause le consensus en décidant, de manière unilatérale, de déposer ce projet de loi sur le bureau de l'Assemblée nationale. De toutes les façons, Djibo Kâ, convoquant la situation de certains pays voisins, met en garde contre la mauvaise gestion de la problématique électorale. La question sécuritaire n'a pas été occultée par les députés. A ce sujet, beaucoup de doléances relatives à la construction de commissariats de police et de casernes de sapeurs-pompiers ont été portées à l'attention du ministre qui a révélé la mise en chantiers de casernes de sapeurs-pompiers à Podor et Kougheul dans le courant 2004, ainsi que celle des nouvelles gouvernances de Matam et de Fatick. D'autres chantiers relatifs aux administrations déconcentrées verront le jour. Le tout selon un schéma architectural-type qui devrait intéresser toutes les localités. Le ministre a, aussi, annoncé que 70 véhicules sont disponibles et permettront de rénover le parc automobile des sous-préfectures en attendant la réception des 250 véhicules du gouvernement du Japon. L'Etat mettra la main à la poche pour soutenir cet effort. La paix sociale étant capitale pour la stabilité du pays, il est plus que jamais opportun d'engager une concertation avec toutes les couches de la population en prenant en compte les avis des uns et des autres. C'est le sentiment de Macky Sall. Une initiative inscrite dans le mouvement de la restauration du sens civique chez les citoyens par l'enrayement de "l'anarchie, de l'incivisme et de l'anarchie". Et d'ailleurs, cela a fait récemment l'objet d'une séance de travail avec les bailleurs de fonds en matière de décentralisation après la concertation avec les partis politiques. "Aucun Etat ne peut se développer dans l'incivisme", note le ministre d'Etat. C'est le moment de repenser le concept de la tolérance zéro en refusant les dérapages qui mettent en péril la crédibilité de l'Etat (voir encadré).
"L'indiscipline, ce n'est pas seulement le fait des chauffeurs, mais c'est général", a constaté le ministre de l'Intérieur. A ce propos, les forces de police, garantes de l'ordre, vont voir leurs conditions de travail améliorées. Un nouveau Plan d'équipement et de modernisation de la police va être exécuté à partir de 2004, et ce, jusqu'en 2010. Une initiative du gouvernement qui contribuera à donner une image nouvelle et plus attrayante de celle-ci. Cela passera par le renforcement des ressources humaines, pour revoir à la hausse le ratio, encore faible, d'encadrement des populations qui est au Sénégal de l'ordre d'un policier pour 2 000 personnes alors que la moyenne mondiale est de 1/8 en période normale et 1/500 en période de crise. "La police sera mieux habillée, plus mobile et mieux équipée", dira-t-il. Le matériel de maintien de l'ordre, celui de transmission et même celui de la fanfare seront renouvelés. Le tout chiffré à la somme de 23 milliards de nos francs. Le ministre des Finances, si l'on croit M. Macky Sall, ne déboursera pas forcément cet argent. Un partenariat sera instauré avec le patronat. De ce fait, "le taux de couverture sécuritaire sera amélioré" et la dynamique de fréquence des opérations de sécurisation sera poursuivie par la police en conjonction avec la gendarmerie. L'on note tout de même le développement de la délinquance mineure, et le trafic de drogue avec le développement du tourisme. A propos des statistiques, le ministre note qu'en 2003, 37 257 personnes dont 561 étrangers ont été interpellées, 592 kg de chanvre indien saisis, 19,1 grammes de drogue dure, 295 comprimés barbituriques. Trente bandes ont été démantelées et 150 personnes dangereuses mises hors d'état de nuire, note fièrement le ministre de l'intérieur. Au cours des discussions, il a été beaucoup question de la généralisation de la carte nationale d'identité comme cela s'était fait en 1992, à la veille des élections législatives et présidentielles. Le ministre de l'Intérieur en acceptera l'idée, mais a tout de même cherché à attirer l'attention sur certains faits qui demandent qu'une vigilance et une autre approche soient adoptées. "Cette opération n'a pas été positive. Elle a eu des effets pervers", note-t-il. En effet, beaucoup d'étrangers en ont profité pour intégrer l'état civil sénégalais et se procurer des papiers. D'autres Sénégalais en ont profité pour changer d'état-civil. "Cela a entraîné des problèmes sur le fichier de l'identité judiciaire", selon Macky Sall. Sur ce point, et pour pallier de tels impairs, les parlementaires se sont félicités de la construction du Centre de modernisation de l'état-civil.
Autre fait évoqué : la récurrence des déclarations de perte de passeports, conséquence du rejet de visa au niveau des consulats. Le ministre de l'Intérieur compte demander aux consulats de ne plus apposer de signature sur les passeports en cas de non acceptation de délivrance de visa. "Cela nous permettra de sécuriser l'investissement" fait dans ce domaine. Ibrahima ANNE et Bassirou Niang CODE DE LA ROUTE Macky Sall prêche la "tolérance zéro"
Devant les nombreuses incivilités constatées en matière de conduite automobile, Macky Sall tient à sévir. Surtout après un dernier week-end de mois de novembre particulièrement meurtrier, qui a coûté la vie à des forces de l'ordre, la "tolérance zéro" est de rigueur. Pour le ministre de l'Intérieur, "il s'agit d'apporter une réponse appropriée par rapport à la violation des règles, de faire appliquer la loi à tous les usagers de la route". Il entend ainsi mettre en place un cahier des charges, avec l'aide de plusieurs partenaires, des partis politiques et membres de la société civile. Ce cahier des charges devrait voir le jour très vite, afin de juger "sans aucune pitié" les chauffards du volant.
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