Bassirou Niang
10 Décembre 2003
L'excision demeure un bien ou un mal mille fois séculaire. Les croyances l'ayant entretenue dans les esprits des peuples.
Ceux d'Afrique la pratiquant en poursuivent à n'en pas douter le bienfait soupçonné, mais son impact sur la psychologie de la jeune fille et de la femme demeure non cerné. L'éradiquer serait la meilleure réponse à apporter aux graves questions qu'elle nous pousse à nous poser face à notre conscience. C'est à ce jeu salutatif que participe la cinéaste canadienne Erica Pomerance.
"Cette chose dont tu parles, il faudra la couper. Sinon aucun homme ne voudra de toi". C'est une vieille dame, aide-exciseuse de Ratoma en Guinée, qui s'exprime ainsi. La croyance est ancrée dans les esprits comme le mythe d'un millénaire qui enveloppe l'âme d'un clan, d'une tribu, d'un peuple. Dans l'intention inavouée de contrôler la sexualité de la femme, l'homme s'est cherché un subterfuge consistant à exciser celle-ci. Le prétexte étant cette volonté de la rendre pure et de lui éviter d'être volage. Cela trouve racine dans l'histoire ou du moins dans les croyances ancestrales. Aussi longtemps que l'on s'en souvienne, le mal qu'engendre cette pratique plonge la conscience des peuples policés dans un monde glacé. "Dabla! Excision" a été projeté au Forut Center à Dakar le 5 décembre. Sans doute, excitée par le désir de sauver une humanité blessée, d'éviter que l'on attende de faire le deuil de notre identité et de notre droit à la vie dans d'incessants élans de résignation, Erica Pomerance, cinéaste, traductrice, auteur-compositeur-interprète, a décidé de fouler le sol africain pour jeter l'oeil de sa caméra sur ce sujet à polémique dont les échos lui parvenaient dans son Québec natal où l'on en a "une perception assez monstrueuse" et sur lequel "les féministes occidentales parlaient avec horreur". Alors elle a eu envie de participer au combat à travers des images quelque peu insoutenables habitées par des cris et du sang en s'écriant : "Dabla ! Excision". Dabla signifie en bambara "cessez". Produit par les Productions Virage, ce film documentaire de 73 minutes (version télévision), financé par l'Agence canadienne pour le développement international (Acdi), axé sur la lutte contre l'excision, demeure une des nombreuses tentatives parmi tant d'autres, destinée à freiner une pratique qui nargue la vie de beaucoup de jeunes filles à travers le continent. Chaque année, des milliers d'entre elles trépassent, pour le simple désir de leurs parents désireuses de satisfaire aux exigences d'une tradition éloignée des préoccupations d'un monde dont la modernité s'accompagne de la reconnaissance sacrale de la vie humaine. Ou par la faute de certaines d'entre elles cherchant à simplement "gagner le prix du savon". Dans l'imaginaire bambara, une femme non excisée est comme une pintade, on ne peut la garder chez soi.
En sillonnant des pays africains comme le Mali, le Bukina, la Guinée et le Sénégal où ces pratiques sont répandues, la cinéaste a recueilli les témoignages poignants poussant à la révolte et à la compassion. Dans un quartier de Bamako, dans le cadre d'une sensibilisation, un film visionné permet de se rendre compte de la douleur d'un bébé de trois mois qui, depuis son excision n'arrive plus à uriner, passant son temps à pleurer.
Autre scène qui fait frémir, celle insoutenable d'une petite fille hurlant comme une bête dans l'intensité de la douleur qu'elle ressent. Et devant les yeux d'une assistance muette, qui se sait peut-être coupable mais qui n'ose le dire ou le reconnaître et qui tente de se faire indifférente à la limite de l'hypocrisie. C'est l'ablation du clitoris, principal instrument de plaisir de femme. Ce qui la rend frigide, insensible. Visage d'une tradition, visage d'un mal millénaire. Et quand l'accusation leur tombe sur la figure, les femmes tentent de se défendre : "c'est l'homme qui a fait le couteau que la femme utilise" ; "ce sont les hommes qui sèment la zizanie". Le désespoir se lit dans ces maladies que sont les hémorragies, les infections urinaires et les complications souvent fatales à l'accouchement, le Sida - puisque le même couteau peut servir à exciser des centaines de jeunes filles âgées de 3 à 8 ans. D'autres accidents surviennent lorsqu'en pays Dogon, près de la frontière burkinabé, les prédictions des charlatans quant aux succès des opérations ne se réalisent pas. Les jeunes filles ne sortent pas tout le temps idemnes de l'opération. S'enasuivent mort, maladie, stérilité.
L'abandon de l'excision doit se faire pour la sauvegarde de la santé et du bien-être de la femme. Les exciseuses en sont conscientes. Elles savent que revenir en arrière est chose impossible: "Nous ne pouvons rien changer des erreurs du passé. C'est l'avenir qui compte à présent", dit l'une d'entre elles dans le village de Gomposon au Burkina Faso. Mais dans ce pays, les femmes dont le mode de vie est arrimé sur la tradition ancestrale, par crainte de la loi, emmènent leurs enfants à la frontière malienne pour les exciser. L'excision n'étant pas interdite au pays mandingue. D'ailleurs, on l'y médicalise pour dimunier les risques.
Au village de Makono (Mali), on a déposé les couteaux pour se recycler. Après une forte sensibilisation, les femmes se sont rendu compte du préjudice que cela causait. "Abandonner l'excision ne veut pas dire abandonner sa culture", se disent-ils. Les activités liées à la teinture où à quelque autre domaine commencent à se développer au sein de la communauté.
Le film effectue des va-et-vient entre l'Afrique et le Canada, pays qui a été le premier pays en 1994 à reconnaître l'excision ou le Mgf. Guéda Keïta, jeune étudiante malienne y séjournant, mène la lutte contre ce fléau qu'elle n'a connu que par les livres. Elle se bat en sensibilisant et en allant à la rencontre des médecins pour s'imprégner des dangers pouvant découler de cette pratique. La cinéaste demeure convaincue qu'il faut éradiquer une chose pareille dans nos sociétés. C'est tout le sens de son combat.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.