Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Dialaw'art de retour de Sanga III : des sentiments mi-figue mi-raisin

Demba Silèye Dia

10 Décembre 2003


Ils ne sont pas tout à fait contents du déroulement du festival Sanga III, notamment aux niveaux de l'organisation et de l'octroi des prix. Mais les danseurs sénégalais se satisfont de leur participation qui leur a permis d'échanger, de nouer des contacts qui pourront donner des fruits.

Le danseur et chorégraphe Papa Ibrahim Ndiaye alias Kaolack et sa compagnie Dialaw'art représentaient le Sénégal à Madagascar, lors de Sanga III, la cinquième édition des Rencontres chorégraphiques de l'Afrique et de l'océan Indien. Même s'ils ont apprécié la tenue de telles rencontres, les danseurs sénégalais ont crié leur frustration et dénoncé la manière dont les prix ont été attribués. Selon Pape Ibrahim Ndiaye, "nous sommes allés en tant qu'ambassadeurs pour représenter le Sénégal à ce festival et faire connaître le travail qui se fait dans ce pays. Nous sommes allés dans un cadre compétitif, mais aussi pour profiter des rencontres, des échanges avec des artistes venus d'autres pays". Son compère Ciré Bèye ne dira pas le contraire en appréciant l'organisation et en reconnaissant la solidarité entre les artistes. "Nous sommes fiers d'être dignes de représenter le Sénégal. Notre participation a été intéressante", déclare-t-il. Pour Kaolack, "même si nous n'avons pas remporté de prix, nous avons dignement répondu au nom du Sénégal grâce à notre travail, notre disponibilité et notre ouverture d'esprit". Mais il a trouvé à redire : "C'était notre première participation, mais nous trouvons dommage de l'esprit compétitif de ces rencontres. Nous avons plutôt besoin de débats, d'échanges d'idées et d'expériences sur la chorégraphie. Ce qui serait plus avantageux pour nous". Et d'ajouter : "C'est dommage que des artistes africains continuent de dépendre des institutions européennes pour organiser des choses. Sans les Européens, nous devons pouvoir être créatifs en respectant nos moeurs. On doit éviter la balkanisation de l'Afrique en matière de création et être conscient des spécificités du continent. Ces rencontres sont supposées réunir l'Afrique et non être entachées de considérations politiques".

Kaolack n'avait jamais imaginé ne pas empocher un prix. Mais il dénonce que les trophées aient été attribués "en fonction de ce qui arrangeait les organisateurs. Les pièces légères ont été favorisées. On n'a pas tenu compte de la liberté d'expression de certains artistes". Leur pièce a été pénalisée parce le fait qu'elle a été jugée lourde à cause de la boue qu'ils utilisent. Alors que du sable, on en trouve partout. Il suffit d'y verser de l'eau et le tour est joué. Ce qui fait dire à notre interlocuteur qui fait allusion à la compagnie mozambicaine que "s'il faut danser nu pour avoir un prix, Dialaw'art n'en aura jamais". Il est renforcé dans sa conviction par son ami qui se dit "contre ce qui se passe. Présenter le corps nu des femmes sur la scène, c'est brader sa culture. La pièce des Mozambicaines n'est pas destinée à l'Afrique, un continent qui a ses réalités. Mais le jury étant à majorité composé de Blancs, il a bradé le corps de la femme".

Selon eux, au cours de l'entretien avec le jury, certains membres leur ont fait savoir que les lauréats auront 35 dates à honorer et que leur décor était trop lourd. "Mais là, selon eux, on sent qu'il n'y a pas de liberté de création. Chaque fois, on dit qu'il faut laisser aux artistes leur liberté de créer, on dit vouloir aider les jeunes africains à pousser leur créativité. Mais si on ne tient pas compte de leur liberté, c'est se moquer de nous. Les organisateurs n'ont eu de problème qu'avec le décor de notre pièce". Et leur administrateur, Papa Jupiter Ndiaye, qui était accompagné du régisseur Amadou Tidiane Mballo, dira qu'il y a "un problème de compréhension. Il ne s'agit pas particulièrement de la lourdeur du décor. Les organisateurs ont fait perdre du temps à tout le monde. Pourtant, nous leur avons envoyé la fiche technique trois mois auparavant. Il fallait amener le sable et le mouiller sur place. Mais ils l'ont mouillé sur le camion. Ce qui a posé problème". Et le sable, on le trouve partout. On n'a pas besoin de le transporter depuis Dakar. Et dire que les Mozambicaines ont déversé des feuilles mortes partout. Pour eux, il y a favoritisme quelque part, surtout en faveur de gens "Notre fierté à nous était que nous étions la seule compagnie typiquement africaine, sénégalais. Chez toutes les autres compagnies, on trouve un mélange de races".

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Ce qui encourage les Sénégalais, ce sont les appréciations et les critiques positives qu'ils ont reçues des professionnels. "Donc, qu'on n'ait pas de prix, ce n'est pas important. En plus, on a eu des contacts avec des promoteurs de spectacles, pour d'éventuelles invitations. Ainsi, notre participation a été intéressante".

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