Par Morin YAMONGBE
10 Décembre 2003
Un certain nombre d'artistes signataires d'une pétition contre le PSIC avaient envisagé une marche, hier matin. Cette marche devait les conduire au ministère de la Culture, des arts et du tourisme et ensuite au PSIC. Mais la confrontation n'a pas eu lieu. Au ministère comme au PSIC les premiers responsables et notre équipe ont attendu en vain les manifestants. A quand cette manifestation ? Explications.
" Nous venons par la présente exprimer notre écoeurement et notre indignation face aux agissements du Programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (PSIC) dont la mise en oeuvre s'est présentée aux artistes et opérateurs culturels de notre pays comme une chance de voir leurs structures, projets et activités, bénéficier d'une attention particulière et d'un soutien véritable". Ce postulat émis par des artistes et opérateurs culturels, prouve sans doute à quel point les hommes de culture burkinabè ont accueilli le PSIC. Ce programme a vu le jour au Burkina Faso, grâce au gouvernement burkinabè qui, par le biais du ministre de la Culture, Mahamoudou Ouédraogo, en avait émis le voeu auprès de l'ambassadeur de l'Union Européenne de l'époque, Pierre Protar.
Avant de donner son OK, l'Union européenne s'est appuyée sur des études menées par des experts burkinabè, en l'occurrence les professeurs Jean-Pierre Guingané et Prosper Kompaoré. Et c'est ainsi qu'à l'instar d'autres pays africains, le Burkina Faso a eu son PSIC. "Malheureusement, au fil des ans, le constat est que le fonctionnement de ce programme est devenu une nébuleuse où les critères énoncés sont battus en brèche, contribuant à créer des sentiments de division, de frustration et de suspicion dans le milieu artistique et culturel". C'est face à cette situation qu'une vingtaine d'artistes et de promoteurs culturels, ont décidé de monter au créneau et de se faire entendre tant au niveau du ministère de la Culture, des arts et du tourisme, que du PSIC même. Si la remise de pétition au ministre de la Culture et la marche sur le PSIC, annoncées pour hier 9 décembre n'ont pas eu lieu, cette grogne de certains artistes aura tout de même le mérite de mettre à nu quelques problèmes nés du fonctionnement de la structure coordonnée par Félicité Kaboré. Questions au bailleur de fonds qu'est l'Union européenne.
Questions à l'Union européenne
Pourquoi instaurer dans tous les pays les mêmes règles d'examen des dossiers et d'attribution des fonds ? Pourquoi ne pas alléger un tant soit peu la procédure mise en place et qui est la même dans tous les pays qui n'ont forcément pas les mêmes réalités socio-culturelles ? Pourquoi ne pas confier la direction du PSIC à une structure de tutelle en lieu et place de cette administration plurielle ? La liste de questionnements peut être allongée davantage. Seulement, ces interrogations si elles obtiennent des réponses adéquates, ne pourront qu'accroître les rendements du PSIC, qui a insufflé un dynamisme certain à la culture burkinabè. Certes, la culture burkinabè existait avant le PSIC et continuera de rayonner, même si le PSIC arrivait à disparaître. Seulement, il faut rendre à César ce qui est à César et reconnaître que le PSIC, sans être indispensable, s'est révélé comme un ingrédient de taille dans le printemps des festivals et autres manifestations culturelles au Burkina Faso.
En effet, c'est plus de 1 300 000 000 de francs CFA que le PSIC a injectés pour sa première saison dans le bal culturel des "Hommes intègres". C'est encore autant d'argent que le Programme met à la disposition des artistes, pour sa phase II qui est en cours. Peut mieux faire, semblent dire les artistes mécontents, potentiels bénéficiaires ou déjà bénéficiaires des fonds du PSIC.
Une oeuvre perfectible
Toute oeuvre humaine est perfectible. Le PSIC est une oeuvre humaine. Donc le PSIC est perfectible. Partant de ce syllogisme, on ne peut qu'encourager le PSIC et l'Union européenne à prendre en compte les doléances des artistes plaignants, afin de tendre vers la perfection qui, dit-on, n'est pas de ce monde.
Toutefois, certains artistes semblent faire preuve de mauvaise foi. Que celui qui n'a jamais péché, jette la première pierre à cette femme , a dit en substance Jésus à la foule qui tenait à lyncher une femme accusée d'adultère. Personne n'a osé jeter le plus petit caillou. A l'heure des comptes, c'est ce qui risque de se passer au niveau des artistes et promoteurs qui expriment leur ire. Car, certains d'entre eux, en seraient déjà à un ou deux financements et d'autres encore auraient reçu des aides de différentes natures, de la part du PSIC. En sus, sans dénier à ceux-ci le droit de revendiquer, on peut faire remarquer que le PSIC n'existe pas que pour les seules villes de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso qui, à elles seules, engloutissent près de 80% de l'aide accordée par cette institution. Comme sa dénomination l'indique, c'est un programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées. A ce titre, le PSIC doit s'étendre presque équitablement à toutes les régions du Burkina Faso, notamment à ces nombreux festivals et manifestations naissants et qui sont sans moyen. On ne saurait occulter le fait que sans le PSIC, certains peuvent alors que dans le même temps, d'autres ne peuvent rien.
L'erreur est humaine, dit-on chez les Latins. Sed perseverare diabolicum. C'est persévérer dans l'erreur qui est diabolique, affirment les mêmes Latins. Aussi, le PSIC et l'Union européenne feront sans doute preuve de réalisme en offrant à chaque pays, des habits taillés selon ses mesures, lorsqu'ils imposent leurs conditionnalités. Le PSIC ne s'en portera que mieux et les activités culturelles n'en connaîtront que plus de rythme. En attendant, la "bagarre" annoncée n'a pas eu lieu et nous osons espérer que la voie du dialogue sera toujours privilégiée par les acteurs en présence, qui sont avant tout des membres de la grande famille "Culture".
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