Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Chemins de fer : six milliards sur les rails

Lazare Kolyang

10 Décembre 2003


Pour combler ses déficits dans le volet " trafic voyageur ",Camrail se lance dans l'acquisition de nouvelles voitures.

Le ministre des Transports, John Begheni Ndeh procédera, en principe demain, 11 décembre 2003 à la gare ferroviaire de Bessengue à Douala, au lancement de nouvelles voitures sur le tronçon ferroviaire Douala-Yaoundé. De nouvelles voitures acquises suite à la restructuration du service voyageur par rail entreprise par le ministère des Transports, et dont l'achat a été rendu possible par décision d'un comité interministériel. Ainsi, avec le retour annoncé des trains Inter-city (une catégorie de trains bien connus des Camerounais à une certaine époque de la Régifercam) sur le Transcam I, c'est certes le confort qui revient, mais un retour soumis à de nouvelles conditions, notamment la restriction imposée en matière de transport des colis et bagages. D'après un communiqué de la Camrail, " Seuls les bagages à main, d'un poids de 20 kg par personne seront acceptés à bord ". Et sans évoquer la question dune éventuelle augmentation des tarifs avec l'arrivée de ces nouvelles voitures, la Camrail soutient simplement que : "la mise en circulation de nouveaux autorails va rendre le voyage plus confortable et augmentera l'offre de transport sur le Transcam I ".

Le déficit du trafic des voyageurs par train avait atteint un niveau déplorable au Cameroun. Excepté les tronçons où le chemin de fer n'est pas en concurrence directe avec la route, les voyageurs ont presque déserté les gares, en réaction aux conditions de transport devenues de plus en plus difficiles et à certaines lourdeurs liées aussi bien à l'administration qu'aux machines. C'est l'ensemble de ces problèmes auxquels sont confrontés au quotidien les voyageurs par train depuis la privatisation survenue en 1999 qui a amené 19 députés, membres de la Commission de production et des échanges de l'Assemblée nationale, à effectuer une descente à Douala il y a quelques jours, pour visiter les installations de Camrail. Samuel Wembe et les autres parlementaires ont pu parcourir les services administratifs de cette entreprise basée dans la zone industrielle Bassa, la gare de Bessengue où se trouve le dispositif technique. L'objectif était de : " mieux apprécier la situation actuelle de cette société qui accuse un déficit de près de six milliards de francs Cfa dans le volet trafic voyageur et de pouvoir émettre un avis qui peut amener l'Etat à accord une subvention pour l'achat des locomotives et des wagons ".

Au regard de la taille de ce déficit, il s'agit certes d'un important manque à gagner pour l'entreprise, mais qui, paradoxalement, est le résultat dune politique interne à Camrail. Car aux yeux des repreneurs de la Régifercam, la priorité est donnée au transport des marchandises. Le volet trafic voyageurs ayant été depuis relégué au second rang, avec des conséquences parfois dramatiques pour les populations. Des embranchements, Otele-Ngoumou-Mbalmayo dans la province du Centre, ont été simplement supprimés de la copie des repreneurs de la Régifercam. Les raisons avancées par ces derniers sont multiples. On évoque la rentabilité, la faiblesse du trafic fret, le vieillissement et l'entretien de plus en plus coûteux des machines. Sans oublier l'échec du projet de désenclavement (par la construction des routes) des localités traversées par le train. Et aujourd'hui, les plaintes sont pratiquement les mêmes sur les différents tronçons, sinon plus, qu'avant la privatisation, malgré les efforts apparents (les résultats ne sont pas toujours visibles sur la qualité du transport) que fournit la Camrail. Car bien avant l'arrivée des nouvelles voitures, d'autres volets du secteur font déjà l'expérience de cette restructuration.

Ainsi, la nouvelle dotation en matériel roulant intervient quelques mois seulement après la signature de passation de deux marchés de travaux ferroviaires de plus de 4 milliards de francs Cfa sur le chemin de fer camerounais entre Camrail et une société tunisienne, la Société des travaux ferroviaires (Sotrafer). Le premier contrat portait sur le renouvellement de la voie entre Kaa et Zing, et le second concernait la réhabilitation du tronçon Zing-Bélabo.

Au moment où le transport aérien, à travers la compagnie nationale (Camair), reste balbutiant et où la route ne présente toujours pas de garantie de sécurité, le transport ferroviaire, après les multiples travaux de restructuration, pourra t-il profiter de ces manquements pour prendre un véritable essor? Au delà du matériel roulant qui reste à améliorer et des augmentations souvent spectaculaires des tarifs, (on est par exemple passé de 7915 francs Cfa à 9.000 francs Cfa pour aller de Yaoundé à Ngaoundéré il y a quelques années), d'autres secteurs nécessitent bien aussi l'attention des responsables ayant en charge la gestion des chemins de fer. Et pour une vaste restructuration du secteur, lon annonce déjà la réhabilitation de certaines gares (Kumba, Mbanga, Belabo, Yaoundé, Bassa et Belabo).

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