Jean-Denis Permal
10 Décembre 2003
Port Louis — Pour la cinquième fois depuis janvier, un établissement hôtelier est détruit par le feu. Le toit de chaume est mis en cause. Des bijoux et des effets disparaissent alors que les pompiers interviennent.
Nos hôtels à toit de chaume sont-ils frappés de malédiction ?
Après les incendies qui ont détruit la Croix-du-Sud, les sinistres qui ont endommagé le Shandrani, Le Canonnier et le Saint-Georges et les terribles ravages subis par l'Oberoi et La Plantation, le Blue Lagoon est à son tour victime des flammes dévastatrices.
Incendies criminelles ou accidents fortuits ? Certains n'ont pas hésité à accuser des employés malintentionnés - et remerciés par leur direction - d'autres ont évoqué des "esprits jaloux". Le mystère reste toutefois entier. D'autant que toutes les enquêtes policières menées jusqu'à présent, n'ont pu démontrer l'origine criminelle de ces départs de feu.
Il est 11 heures à l'hôtel Blue Lagoon de Blue-Bay. Les serveurs préparent les couverts pour le déjeuner de midi pour 125 touristes. Soudain, une odeur de feuilles brûlées se fait sentir. C'est le branle-bas général. Un incendie est signalé sur le toit en chaume du restaurant Le Colonel qui surplombe le bar et les boutiques artisanales.
La préparation des couverts est soudainement interrompue. Un groupe d'employés de l'hôtel tente de circonscrire le feu avec les moyens de bord. Mais la pompe à incendie ne marche pas !
Rien à faire. Le vent violent qui souffle sur Blue-Bay propage le feu à une vitesse vertigineuse. Les cocotiers plantés dans la cour de l'hôtel n'y échappent pas. Ils brûlent aussitôt et leurs branches calcinées tombent dans la piscine. L'odeur acre du bois calciné brûle les narines et attire l'attention des vacanciers sur la plage. "J'ai senti une chaleur intense se dégager de cet établissement alors que je me trouvais sur la plage. Je ne pouvais plus respirer", déclare un habitant.
L'alerte générale est donnée. C'est la panique. Les touristes in-diens, italiens, français et anglais de l'hôtel sont sommés de quitter les chambres immédiatement. Ils courent dans tous les sens. Les bagages sous les bras, ils filent se réfugier à l'ombre d'un badamier d'où ils voient l'entrée de l'hôtel s'écrouler comme un château de cartes.
Entre-temps, les pompiers de Mahébourg, de Curepipe, de Saint-Aubin et de Quatre-Bornes arrivent. Le va-et-vient incessant de huit camions-citernes contraint les touristes à se réfugier dans la cour de la famille Ramet, juste à côté de l'hôtel. Cécile Ramet, l'un des témoins oculaires de la scène raconte :
"D'abord, j'ai vu les employés tentant de circonscrire le feu avec des bouteilles d'eau. Ils ne savaient pas se servir des extincteurs. Quant à la pompe à incendie, elle était en panne. Tout ça m'a paru assez incohérent." Alors que les pompiers sont en train de circonscrire l'incendie, les touristes, assis à même le sol dans la cour des Ramet, observent. Raman Changeborayen est parmi ceux-là. Ce touriste qui vient de Londres est tout retourné.
"Je suis arrivé ici il y a une semaine. Mon séjour a été jusqu'ici irréprochable. Je m'inquiète pour un ami qui ne retrouve plus ses affaires." La police a été avertie de la disparition des effets personnels et des bijoux d'un certain nombre de touristes. Une enquête a été ouverte.
Dans la cour de l'hôtel, une cinquantaine de pompiers sont à pied d'oeuvre. "La situation est sous contrôle. Un premier bilan montre que les chambres de l'hôtel n'ont pas été touchées. Il n'y a que le bar, le restaurant, la réception et les boutiques artisanales qui sont complètement dévastées", déclare Raj Ramkumar, responsable des services de pompes à incendie pour la région sud.
Dégâts à chiffrer
13 heures. Le feu est complètement maîtrisé. La direction de l'hôtel entame alors des négociations avec les établissements de la région - notamment Le Preskil et Palmar - pour recevoir les touristes malheureux. Parmi les 125 résidents de l'hôtel, dix devaient prendre l'avion hier. Ils ont dû annuler leur départ en raison de l'incendie. D'autres vacanciers, partis en excursion tôt le matin, auront appris la mauvaise nouvelle en rentrant.
Le ministre du Tourisme, Nando Bodha, suit de près la situation. Il a eu hier une conversation téléphonique avec la famille Leung Shing propriétaire de l'hôtel. Le ministre a "exprimé ses regrets" que l'établissement ait pris feu au moment où l'industrie se trouve dans une période de pointe. Il a indiqué qu'il invitera le Blue Lagoon à prendre avantage d'un prêt auprès de la Mauritius Post and Cooperative Central Bank pour permettre la reconstruction de l'hôtel. Du côté de la direction, on estime qu'il est trop tôt pour faire une évaluation des dégâts causés par le sinistre.
Situé à une dizaine de minutes de l'aéroport de Plaisance, le Blue-Lagoon est pourvu de 72 chambres, d'un bar et deux restaurants : Le Colonel et le café Le Badamier. L'hôtel offre aussi des activités nautiques et dispose d'un centre de fitness.
série noire
Une triste similitude
Le Blue Lagoon est le cinquième établissement hôtelier de l'île à prendre feu cette année. En janvier, La Croix du Sud est la proie des flammes. C'était le troisième incendie qui frappait cet établissement après ceux survenus en octobre et novembre 2002. L'hôtel a depuis été rénové au coût de Rs 450 millions. En février, c'est Le Shandrani, établissement du groupe Beachomber, qui est partiellement détruit. En mars, Le Canonnier et Le Saint-Georges manquent de prendre feu. Les dégâts causés le 22 novembre à deux autres établissements du Nord - l'Oberoi et La Plantation - seront autrement plus conséquents. Le toit en chaume de ces établissements serait la cause principale de l'incendie. Depuis septembre 2002, quatre hôtels ont brûlé de cette manière : Le Victoria, l'Oberoi, La Plantation et le Blue Lagoon.
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