11 Décembre 2003
opinion
À l'Indépendance, Léopold Sédar Senghor a bien compris tout l'enjeu que représentait l'urbanisme. Outre les dispositions légales, il a mis en place des institutions qui ont perduré dans le temps. Mais elles souffrent d'un mal chronique : le manque de moyens financiers et de ressources humaines. D'autres structures, dans le domaine des logements sociaux, sont venus appuyer les instances administratives et se sont peu à peu privatisées.
Léopold Sédar Senghor manifestait un grand intérêt pour l'aménagement urbain et l'architecture. Il tenait régulièrement des conseils nationaux de l'Urbanisme et de l'Architecture qui réunissaient l'ensemble des acteurs : fonctionnaires, architectes, gouverneurs, ministres Ces réunions avaient pour but d'harmoniser les positions, de dégager des directives et de régler les divergences. Il imposait aux ministères techniques comme le Transport et le Tourisme de se réunir en conseil interministériel sur les questions liées à l'Urbanisme. Un architecte, conseil du gouvernement, veillait au respect d'un certain type d'architecture. Au plan administratif, les institutions coloniales ont été sénégalisées. Mais la création d'un ministère de l'Urbanisme distinct du ministère des Travaux Publics ne verra le jour qu'en 1978. Abdou Diouf a continué, au début, sur la lancée du président Senghor puis le sujet a par la suite été relégué au second plan. La pratique des conseils a disparu. Le ministère de l'Urbanisme a subi de nombreuses transformations. Le ministère conduisait l'Urbanisme et l'Architecture, mais il n'a jamais disposé des moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. Il a ensuite été intégré au ministère de l'Equipement avant de devenir le ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat. Actuellement, il est scindé en deux : d'un côté le ministère de l'Urbanisme et de l'Aménagement du territoire, de l'autre, celui de l'Habitat et de la Construction.
Chacun se divise en plusieurs directions. Le ministère des Finances compte lui aussi plusieurs services relatifs à l'Urbanisme : Domaines de l'enregistrement, la Conservation foncière, le Cadastre. La multiplicité et la dispersion des différents services rendent nécessaire une plus grande harmonisation et synergie pour éviter les conflits de compétence. Si des efforts ont été faits, le fossé n'est pas encore comblé pour parvenir à l'articulation de ces différents domaines et à une gestion saine et efficace. Le problème récurrent qui se pose à ces administrations est celui des ressources humaines, des moyens financiers et techniques, tous insuffisants pour répondre aux besoins. La planification joue un rôle primordial dans l'aménagement urbain, notamment à Dakar où l'urbanisation est galopante. Un plan directeur sur la région dakaroise, initié en 1983, n'a été achevé qu'au début des années 90. Nombre de données étaient déjà périmées, mais elles ont pu servir de cadre de concertation pour l'élaboration de plans sectoriels. Un nouveau plan pour Dakar, à l'horizon 2025, voit actuellement le jour. Faute de plans directeurs, des politiques de restructuration et de réhabilitation sont menées depuis 1991 dans les quartiers d'habitat spontané pour y améliorer le cadre de vie. Avec l'appui de la coopération allemande, le projet pilote de Dalifort a connu une grande réussite.
Il doit désormais être étendu à d'autres localités comme Pikine. Une politique de logements sociaux a été suivie depuis l'Indépendance. Le Fonds pour l'Amélioration de l'Habitat et l'Urbanisme (FAHU) a été créé en 1960. Jusqu'à sa disparition à la fin des années 80, il a accompagné la politique de l'Etat dans la création de grands lotissements comme les HLM. Les sociétés de promotion immobilière, telle la SICAP créée en 1955, ont contribué à ces projets. Quand la coopération française a retiré son financement, l'Etat a mis en place la Banque de l'Habitat du Sénégal en 1979. Les autorités privilégient aussi l'optique de la privatisation plutôt que le subventionnement. Au même moment, la promotion immobilière se libéralise. Une floraison de promoteurs immobiliers s'illustrent dans l'habitat dit « social ». L'Etat privilégie la promotion de l'auto-construction.
Dans cette perspective, il produit, dans les années 80, des parcelles assainies mises à la disposition des populations pour construire avec leurs propres ressources ou avec un crédit individuel. L'Etat cherche aussi à promouvoir l'auto-construction en coopérative. Pour répondre aux difficultés d'accès aux terrains viabilisés, il met en oeuvre une politique de Zones d'Aménagement Concerté comme à Mbao-Gare. Ce principe a été généralisé sur l'ensemble du territoire sénégalais, car il limite l'habitat spontané et offre des coûts avantageux. En définitive, des politiques sont esquissées et mises en place, les institutions existent, mais la situation paraît stagner, faute de moyens. Or, l'aménagement et le réaménagement nécessitent des hommes et des ressources qu'il faudra vite dégager pour faire avancer les choses, ou du moins, pour qu'elles n'empirent pas.
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