A. Mbaye
11 Décembre 2003
Sur les 172 personnes concernées, seules 84 ont pu récupérer leur chèque hier au Bloc des Madeleines. Rançon des nombreux couacs organisationnels venus compliquer l'épineux dossier du Joola.
Ils étaient convoqués à grand renfort de publicité pour se présenter hier à 8 h au Bloc des Madeleines pour recevoir, des mains de l'agent judiciaire de l'Etat, la somme de 5 millions de francs à titre d'avance sur les 10 millions prévus pour réparer le préjudice subi, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, jour la tragédie du naufrage du Joola. Mais, manifestement, l'information n'est pas bien passée. De l'aveu même de l'agent judiciaire de l'Etat Birame Dieng, il y eu des absents et des retardataires.
En fait, le problème est bien plus complexe que cela. D'abord, tout le monde n'était pas censé être au courant. Et quand bien même on est assez matinal pour être en place à 7 h dans l'enceinte du Bloc des Madeleines, à défaut d'orientation, il faut arpenter les couloirs de ce labyrinthe qu'est le temple de Thémis. Telle cette dame qui s'est hasardeusement retrouvée au secrétariat du parquet pour demander où se déroule l'audience d'indemnisation. Et quand on a la chance de trouver la bonne direction, on est loin d'être au bout de ses peines. Il faut attendre que la salle où se tiennent les affaires civiles ordinaires soient libérées par les avocats, leurs clients et... le juge.
Ce sont, en effet, des dizaines d'hommes et de femmes venus des différentes régions du pays, notamment de Ziguinchor, de Thiès, de Saint-Louis et de Dakar qui ont été ainsi contraints à faire le pied de grue, assis à même le sol, pour attendre que les services de l'agence judiciaire puissent coordonner avec le juge Souleymane Kane. Pour une audience de remise de chèques prévue à 8 h, elle ne devra démarrer qu'aux environs de 12 h. En attendant, ce sont les complaintes et autres grincements de dents. Et ce monsieur, préférant garder l'anonymat, de pester : "Le tribunal ne nous respecte pas ; on est là, on attend." Un autre membre de l'Association des familles des victimes de raconter son chemin de croix : convoqué à Ziguinchor, dit-il, il s'est rendu à la préfecture de la région Sud, avant d'être rabattu à la gouvernance où, lâche-t-il dépité, on lui signifie que l'agent judiciaire vient de rentrer. Pas de chèque en main et cap donc sur Dakar. Voilà ce qui semble illustrer en tout cas le sentiment de leur porte-parole Boubacar Bâ, selon qui "il existe des mystères autour des deux comptes ouverts".
Le cas le plus dur et sans doute le plus émouvant a été celui de Youssou Ndour n°2, cet hémiplégique en chaise roulante qui, du fait de son handicap, a raté le train de justesse. L'avion, crie sa soeur, ne l'a débarqué qu'aux environs de 14 h. Et à peine son accompagnatrice est au seuil de la salle d'audience que la séance est levée. Et de poursuivre l'agent judiciaire qu'elle supplie de bien vouloir comprendre... Ce dernier lui conseille d'aller voir le juge Kane ou, à défaut, de revenir le vingt-quatre courant à 13 h. Pouvait-il en être autrement, car l'agent judiciaire avait déjà franchi le portail du Bloc des Madeleines avec ses collaborateurs et les... chèques, le juge ne faisant que contrôler les dossiers en audience publique, c'est-à-dire superviser le déroulement des opérations.
Ces couacs et autres impairs ne sont que les stigmates de la complexité du dossier d'indemnisation. Et à la cadence de tortue où marche la procédure concernant les héritiers et les ayants droit des 1 863 victimes, on est sans doute loin de l'épilogue.
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