Moustapha Barry
11 Décembre 2003
La carte universitaire du Sénégal est déjà validée. C'est la révélation du ministre de l'Education lors du vote, hier, du budget de son département. Ainsi bientôt un maillage territorial sera fait avec la construction des collèges universitaires régionaux.
Mais une université polytechnique scientifique sera construite à Thiès. Avant janvier, le Cur de Bambey sera ouvert, tandis que le comité de pilotage de celui de Ziguinchor pour sa construction sera mis en place incessamment. D'autres questions ont été soulevées par les parlementaires.
Le ministre de l'Education, Moustapha Sourang, a révélé que la carte universitaire du Sénégal est déjà validée. C'était hier lors du vote du budget de son ministère. Cette validation a été faite, selon M. Sourang, par les universitaires eux-mêmes qui ont accepté de s'impliquer "personnellement" et de travailler "gratuitement" pour le Sénégal. Cette carte a réactualisé les "anciens" centres universitaires régionaux (Cur). Le schéma de la carte universitaire englobe Dakar et Saint-Louis qui va monter en puissance et en équipement. Une université polytechnique scientifique sera édifiée à Thiès et va bénéficier des infrastructures sous-exploitées de l'Ecole polytechnique et de l'Inser de Thiès qui disposent de 20 ha pour 300 étudiants, constate le ministre.
Moustapha Sourang souligne qu'il y sera adjoint des formations en génie civil, en génie informatique et en génie agronomique pour permettre d'augmenter l'effectif jusqu'à 3 000 étudiants. Avant d'ajouter que cela donnera l'opportunité d'orienter tous les étudiants des matières scientifiques pour une formation de Bac+3 ou 5 ans. Ceux qui feront le Bac+5 ans feront les deux ans équivalents de maths sup (mathématiques supérieures) et de maths spé (mathématiques spécialisées). Ils constitueront les maillons de l'Université du futur africain.
Pour le reste du Sénégal, ce sont les collèges universitaires qui y seront construits. Ils ne seront pas seulement, assure le ministre, un endroit où se feront les Bacs+2 ou Bacs-2. Pour le Bac moins, il s'agira de récupérer les élèves ayant échoué en première ou en terminale, mais qui auront fait S1 et S2, c'est-à-dire les séries scientifiques, pour en faire des techniciens adjoints. Alors que les Bacs+2 seront des étudiants titulaires du brevet de technicien supérieur. En plus de cela, dans les Cur, les premiers cycles universitaires comme le droit, l'économie, la philosophie et les mathématiques vont être enseignés, rassure Moustapha Sourang aux députés surtout de la région de Ziguinchor qui tiennent à ce que l'on construise une université comme celles de l'Ucad ou de l'Ugb. "En réalité, ce sont de véritables universités comme en France. Et les étudiants titulaires du diplôme d'études universitaires scientifiques (Dues) ou générales (Deug) se rendront à Dakar pour leur licence et leur maîtrise, signale M. Sourang".
L'avantage et les effets collatéraux, s'empresse-t-il d'ajouter, est le désengorgement de l'université de Dakar, car des Cur de lettres modernes à Bambey, de mathématiques à Ziguinchor, de sciences économiques à Kaolack permettront à l'Ucad de s'équiper, argumente le ministre. Pour les députés qui sont préoccupés de la saturation de l'université de Dakar, M. Sourang indique qu'avec la construction de l'Ucad 2, la capacité de cette université a été doublée. Cette infrastructure qui a coûté 4 milliards, comprend deux amphithéâtres de 1 100 places chacun et 48 salles de cours. "On a besoin de deux ans de transition pour basculer entre le démarrage de l'université de Thiès, le Cur de Bambey, qui sera ouvert avant janvier 2004 pour ensuite monter en puissance le Cur de Ziguinchor". Pour le Collège universitaire de Ziguinchor, le conseil régional et la mairie ont donné un terrain de 20 ha derrière le Village Sos. Le ministère du Budget a débloqué 500 millions de francs pour le démarrage de la construction. Le ministre souligne qu'il va recevoir dans trois jours la maquette du Cur et va installer incessamment le comité de pilotage à Ziguinchor.
En dehors des questions de la carte universitaire, d'autres préoccupations ont été évoquées par les parlementaires. Il s'agit de l'éducation des personnes handicapées (déficients mentaux, visuels, etc.). Le ministre de l'Education reconnaît les difficultés liées à cette forme d'éducation qui a été négligée par son département depuis longtemps. Mais il rassure qu'un comité de pilotage regroupant la tutelle, les parents d'élèves, des pédagogues sera créé pour résoudre des problèmes ponctuels, notamment le site devant accueillir les déficients mentaux. Ce comité va être dirigé par le Pr Sembène, directeur de la Médecine scolaire et assesseur à la Fac de Médecine. Dans le cours terme, une école de déficients mentaux sera construite sur financement de l'Etat et sur celui des fonds nordiques de 3 milliards. Les travaux démarrent en janvier.
D'autres problèmes soulevés par les locataires de l'Assemblée nationale sont, pêle-mêle, l'extension des écoles franco-arabes, le retard du paiement des salaires des volontaires, la revalorisation du Bfem, le déficit du personnel dans l'enseignement technique et de la formation professionnelle, le contrôle, par l'Etat, du fonctionnement des programmes et du contenu de la formation théorique et pratique des établissements privés de tous les ordres d'enseignement et des diplômes délivrés par le privé.
C'est alors que le budget est voté à hauteur de 160 milliards 566 millions 788 mille francs contre 127 milliards 267 millions 048 mille francs. C'est dire que ce budget est en hausse.
ENCADRE Pourquoi l'éducation n'est plus nationale
Le ministre Sourang a dû répondre à l'interrogation du leader de l'Urd, Djibo Leïty Kâ, sur la disparition de l'épithète "nationale" au substantif "éducation". Selon Moustapha Sourang, "le concept de l'éducation telle que choisi par le président de la République correspond simplement aux nouvelles normes de savoir. En réalité, l'éducation, dans tous les pays, a vu le développement de l'Internet, la mondialisation, qui n'est plus un phénomène national. Nous allons avoir des universités qui vont avoir des cours en ligne. Nous avons un suivi de nos étudiants à travers le monde qui fait que le concept d'éducation dans son caractère absolu permet de rendre compte que non seulement nous agissons sur le territoire national, mais nous suivons les dynamiques nouvelles de communication, d'utilisation de nouvelles technologies. Et le concept d'éducation permet de rendre compte de tout cela".
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