Guinéenews (Toronto)

Guinée: Le premier sommet mondial de la société de l'information

Hassatou Baldé

11 Décembre 2003


Genève — " La communication est un processus social fondamental, un besoin essentiel de l'être humain et la base de toute organisation sociale. Elle est le pivot de la société de l'information. Toute personne où que ce soit dans le monde, devrait avoir la possibilité de participer à la société de l'information et nul ne devrait être privé des avantages qu'elle offre"

Ce voeux pieux est contenu dans le projet de Déclaration de principes dont beaucoup d'Etats souhaitent l'adoption à l'issue du premier sommet mondial de la société de l'information qui vient de s'ouvrir à Genève à Palexpo. L'hôte et président du Sommet, le chef de l'Etat suisse Pascal Couchepin n' a pas manqué de faire remarquer la coïncidence entre la date du début du sommet et l'anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'homme adoptée par l'ONU le 10 décembre 1948. Le projet de déclaration de principes, réaffirme l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui énonce que tout individu a la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelques moyens d'expression que soit. Pascal Couchep in a ainsi exprimé son souhait de voir les technologies de l'information (TIC) être un vecteur de la promotion des droits de l'homme.

En plus des TIC qui sont au coeur de cet évènement mondial, les jeunes et les enfants, occupent également une place de choix. C'est à titre de symbole de l'adaptabilité et de l'assimilation rapide aux TIC qu'ils ont été mis en avant à la cérémonie d'inauguration du sommet qui a eu lieu la veille. A cette occasion, les chants et musiques joués par environ deux cents enfants représentant les différentes régions du monde ont entre-coupé les discours de bienvenue prononcés successivement par le président Couchepin, le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, Yoshio Utsumi Secrétaire général de l'Union internationale des Télécommunication (IUT), le Président du canton de Genève et le directeur général de Nokia Jorma Ollila. Suivant le point 9 de la Déclaration de principes "les jeunes, population active de demain, sont à la pointe de la création et de l'utilisation des TIC. Il faut leur donner les moyens d'agir en tant qu'apprenants, développeurs, contributeurs, décideurs"

Un des enjeux majeurs de ce sommet est la réduction de la fracture numérique. Cette fracture existe à plusieurs niveaux. Tout d'abord il y a la fracture numérique des âges. Les jeunes sont beaucoup plus réceptifs et plus familiers avec les TIC. Il existe aussi une fracture numérique entre les sexes, ou encore entre les milieux urbains et les mondes ruraux. Mais la fracture dont on va le plus discuter lors de ce sommet, est celle qui sépare les pays développés des pays en voie de développement. C'est ainsi que pour Pascal Couchepin, ce sommet doit avoir pour objectif de réduire le fossé numérique entre le nord et le sud. Il doit favoriser le développement de l'information car l'accès libre à l'information est au coeur du développement. Il s'est notamment réjoui de l'association à l'organisation du sommet des membres des organisations non gouvernementales, du secteur privé et industriel aux agences du système des Nations, une première mondiale dans la forme et le degré de coopération qui a prévalu. Le Secrétaire général de l'ONU a quant à lui mis l'accent sur comment tirer les moyens des nouveaux atouts mondiaux que constituent les nouvelles technologies de l'information qui disposent d'énormes pouvoirs. Il a posé la question de savoir comment combler cette fracture numérique au regard de la discontinuité des infrastructures de communication. En donnant l'exemple d'internet il a observé que 70% des sites sur la toile sont en anglais ce qui crée une fracture quant à l'accessibilité de tous à certaines informations. Cette fracture s'observe aussi au niveau des échanges commerciaux où les pays du sud sont marginalisés. Pour le Secrétaire général de l'ONU, ces disparités ne peuvent pas s'effacer d'elles même. Il faut une détermination politique et un engagement des hommes et des femmes d'affaires. Kofi Annan n 'a pas non plus manqué de soulever certaines craintes des ONG face à une nouvelle culture mondiale homogène. Pour lui les média, qui doivent tirer partie des nouvelles technologies de l'information, doivent s'engager à oeuvrer en faveur du développement social.

Ce sommet rassemble un grand nombre de participants dont une cinquantaine de chefs d'Etats et de gouvernement. l'Afrique est largement représentée. Sont ainsi présents le président Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, qui sera l'hôte en 2005 de la seconde phase de ce sommet mondial de la société de l'information, le président Mozambicain et président en exercice de l'Union Africaine Joaquim Alberto Chissano, l'Egyptien Hosni Mubarak, le Nigérian Oluségun Obasanjo, le Gabonais Omar Bongo, le Botswanais Festus Gontebanye Mogae, le Roi Letsie III du Lsotho, le Zimbabwéen Robert Mugabé, le Malien Amadou Toumani Touré, le Sénégalais Abdoulkaye Wade, le Ghanaéen et président en exercice de la CEDEAO John Kufuor... Certains Etats Africains sont représentés par leur vice président ou leur Premier Ministre, d'autres par le ministre de la communication ou de l'industrie.

Les autres personnalités africaines dont il faut mentionner la présence à ce sommet sont Monsieur Adama Samassékou, ancien Ministre de l'Education du Mali, Président de l'Académie africaine des langues, président du comité de préparation du sommet mondial sur la société de l'information, un des artisan de ce sommet et l'ancien chef de l'Etat Malien et actuel Président de la Commission de l'Union africaine Alpha Omar Konaré.

La Guinée est quant à elle, représentée par notre mission à Genève ainsi qu'une délégation venue de Conakry. Sur l'agenda du sommet, notre ministre de la Communication Mamady Condé est prévu pour intervenir vendredi après midi. Mais selon certaines informations, ce dernier ne ferait finalement pas le déplacement.

La Guinée est certainemenmt un des pays les plus touchés par la fracture numérique. Un des handicaps majeur de notre pays dans ce domaine concerne les infrastructures de communication. Par exemple l'utilisation d'internet requiert deux éléments essentiesls, à savoir l'électricité et le téléphone dont le fonctionnement dans notre pays laisse largement à désirer. Le cadre législatif en la matière est régi par les lois L/92/015 et 016/CTRN du 2 juin 1992 portant respectivement règlementation des Postes et des Télécommunications. Ces lois qui ont créé l'Office de la Poste Guinéenne (OPG) et de la société des Télécommunications de Guinée (SOTELGUI) ont pour objectif de nous fournir des services publics viables et de qualité à des coûts abordables. Sotelgui est détenu depuis 1995 à 60% par Télécom Malaysia et 40% par l'Etat Guinéen. Au regard de la qualité des services actuell ement offerts, beaucoup reste encore à faire. La Guinée est d'autre part l'un des rares Etats de l'Afrique de l'ouest à ne pas disposer des radios privées.Mais on peut mentionner que l'an 2003 aura permis à certaines localités qui rentrent dans la classification géographique de "villes" d'avoir pu capter pour la première fois depuis l'indépendance acquise en 1958, la télévision nationale. La Guinée bénéficie également d'assistance technique et financier des pays comme les Etats Unis d'Amérique pour le développement d'internet.

Au regard de la situation qui est la nôtre en matière de télécommunication, nous n'avons certainement rien à perdre en nous inscrivant en avant garde des objectifs clefs dessinés par le sommet. Ce sommet a pour ambition de construire une société à dimension humaine dans laquelle chacun a la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information. Il vise à tirer profit des potentialités qu'offre les technologies de l'information et de la communication pour promouvoir les objectifs de développement comme l'éradication de la pauvreté et de la faim, la mortalité infantile, l'amélioration de la santé maternelle, la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme etc...La question peut se poser sur comment établir un lien entre la réduction de la pauvreté et les TIC. L'une des réponses consiste à la diffusion et à l'accessibilité à tous au savoir, et à la connaissance. Plusieurs évène ments annexes en rapport avec les TIC sont organisés et offrent un large aperçu sur les possibilités d'application des TIC. C'est ainsi que dans le domaine de l'enseignement plusieurs institutions spécialisées du système des Nations Unies comme l'Organisation Internationale du Travail ou l'UNITAR ainsi que des ONG ont développé le concept de e-learning, l'enseignement par internet. Dans le stand sud africain, nous aprenons que l'illettrisme n'est pas forcément un obstacle à l'utilisation des TIC ou encore plusieurs Etats en voie de développement tentent d'introduire les TIC dans le monde rural ce qui permet notamment aux paysans de suivre le cours des matières premières sur les marchés mondiaux...

Pour conclure sur ce sommet, un petit coup de coeur au projet Hello world qui a été lancé et qui permet à tout individu qui le souhaite, d'envoyer un message par le net. Celui ci par un projecteur laser sera projeté soit sur la montagne d'Ipanema à Rio de Janeiro au Brésil, soit sur l'immeuble de l'ONU à New York, soit sur un gratte ciel de Mumbaï en Inde soit encore sur le jet d'eau de Genève qui fait une hauteur de 140 mètres. Bonjour le monde !

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Guinéenews. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Guinée

Rubriques