Guy Bertrand Wonkam (Stagiaire)
11 Décembre 2003
Il est des patriotismes qui restent dans les mémoires quand bien même l'on a tout oublié. C'est sans aucun doute dans cette lignée que s'inscrit la conduite affichée par la presse marocaine lors de la visite de deux jours entamée lundi dernier par le président du conseil des ministres espagnols, Maria José Aznar.
Aujourd'hui le Maroc, quotidien de son état, n'a pas hésité de traiter le premier ministre de la nation ibérique de tous les mots. Les termes sont assez significatifs pour n'être imputés qu'à un simple égarement d'esprit. Le traitant d'"artisan zélé d'une grave crise" entre Rabat et Madrid, le journal fait usage des expressions du genre : "M. Aznar, vous n'êtes pas le bienvenu" ou encore, "Aznar, l'homme qui hait le Maroc". Même si les attitudes varient considérables d'un canard à un autre, il est clair que ces soubresauts aux fins d'incrimination dénotent d'une rancune longtemps restée en état de latence. Il faudrait peut-être remonter le cours de l'histoire pour en retrouver les mobiles. L'arrivée d'Aznar au pouvoir en 1996 marque le début de la première agression raciste jamais observée en terre espagnole. Un événement tragique qui portera toujours le nom d'Elejido, le village andalou où, durant plusieurs jours, des citoyens marocains étaient lynchés par des groupuscules hostiles, sous le regard indifférent de la police locale.
L'autre pôle de divergence réside sur la question du Sahara-Occidental. Le Maroc reproche au gouvernement Aznar cette conduite de "complaisance" à l'égard des rebelles du Polisario qui, avec l'aide de l'Algérie, militent pour l'indépendance de ce territoire annexé par Rabat en 1975. A cela, il faudrait ajouter aussi les inquiétudes sur l'avenir des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, considérées comme de véritables plaques tournantes de la contrebande dans le nord du Maroc et dont la rétrocession est réclamée par Rabat. La liste des contentieux entre les deux riverains du détroit de Gibraltar est particulièrement longue : lutte contre l'immigration clandestine, interdiction d'accès des pêcheurs espagnols aux eaux marocaines, tracé des limites territoriales de l'archipel espagnol des Canaries, etc. Un peu trop en tout cas pour deux royaumes voisins dont on évoque l'existence d'"affinités historiques et civilisationnelles" mutuelles.
Le paroxysme de la diplomatie mal gérée se manifeste le 28 octobre 2001 lorsque le Maroc rappelle, pour consultations, son ambassadeur en fonction à Madrid. Les deux pays ont par ailleurs été proche de l'affrontement militaire le 17 juillet 2002 au sujet de leur souveraineté de l'îlot Perejil/Leila, situé à seulement 200 mètres des côtes marocaines. Cette première confrontation entre des unités armées des deux pays a donné lieu au rappel de l'ambassadeur d'Espagne au Maroc, Fernando Arias Salgado, dans son pays. L'accueil frileux, voire hostile, réservé par la presse marocaine à cette visite témoigne d'un certain "scepticisme sur une réconciliation maintes fois annoncée". Parlant de la visite, il était question pour l'Espagne de relancer une coopération bilatérale en décrépitude. Un protocole financier d'une valeur de 390 millions d'euros dont 290 millions de crédits bonifiés et 90 millions au titre de la reconversion en investissements publics et privés de la dette marocaine. Aznar va achèver sa visite avec le sentiment d'avoir mis les bases d'une relation plus saine à l'avenir. "Entre voisins, il y a parfois des disputes, mais "il faut, a-t-il dit, que la volonté de les transcender domine à tout moment".
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