Thiéry Gervais Gango
11 Décembre 2003
Avec un peu d'ambition, il est parvenu à offrir à la scène camerounaise l'une des meilleures sonos du continent.
Sylvain Nkom était surtout connu à Douala et peut-être au-delà, pour ses talents de footballeur qui le firent flirter, il y a quelques années, avec l'équipe nationale. Sa soeur, Alice du même nom, a souvent fait parler d'elle dans le monde de la politique camerounaise où ses fonctions d'avocat l'ont amenées. Discret mais pas forcément muet autour d'une bonne table, cultivé sans doute, il a préféré le calme d'un cabinet dentaire qui n'est pas inconnu de certains milieux de la capitale économique. Il en était là. Maniant les pinces avec le même amour qu'il a pour la musique, son "premier hobby". Un jour qu'un concert est organisé au Stade de la Réunification à Douala, il décide d'y aller. " Il y avait, se souvient-il, plus de 35.000 personnes. Mais surtout un public en colère, courroucé parce qu'il n'entendait rien. La sono était mauvaise. Il y a eu du feu au stade. Les gens ont cassé. A cause du son. Ces événements m'ont marqué. Je me suis dit que s'il y avait 35.000 personnes qui avaient payé seulement 1.000 F Cfa, on était bien autour de 35 millions de recette. Ce qui, il me semble, aurait pu suffire pour acquérir une sono de bien meilleure qualité. "
La question habite l'esprit du chirurgien passionné de musique. Il veut monter une sono. Seulement, il faut financer. Sylvain Nkom : " C'était illusoire de penser qu'il fallait attaquer tout de suite par les gros spectacles. Je n'avais pas d'argent pour. " Propriétaire du St James, un cabaret en vue à Douala en cette fin de décennie 90, Sylvain Nkom sait qu'il tient un bon champ d'expérimentation. " Je me suis dit qu'il fallait commencer par maîtriser l'acoustique et donc la sono dans un environnement comme celui-là. " Au St James, les spectacles se succèdent. La qualité du son devient un outil précieux de son marketing. Première victoire de l'ambition. Sylvain Nkom peut franchir le prochain palier. Il s'appelle le Wouri Universal Productions qui est en train de fabriquer son acte de naissance investit la salle avec un matériel qui montre bien son ambition de mieux faire que Fermencam, référence dans un environnement où la rareté de grands spectacles est souvent justifiée par le coût trop élevé d'un matériel de sonorisation qu'il fallait souvent importer. Le matériel est modeste. Il est là. Encore faut-il en faire bon usage. Il faut savoir disposer les enceintes, régler l'acoustique pour qu'il aide à une bonne répartition du son, monter et démonter les scènes, maîtriser le temps. A l'ouvrage, Sylvain Nkom et sa petite équipe multiplient les ficelles. " Je suis curieux de nature.
J'ai commencé à bouquiner pour asseoir mes connaissances dans ce domaine que je voulais pénétrer. Dans un livre, je vais me rendre compte un jour que les câbles qui étaient utilisés en Europe étaient beaucoup plus gros que les nôtres. En cherchant, j'apprendrai que ce sont simplement des multi-fiches qui résolvent le problème de ces bouts de fils qui traînent souvent dans nos spectacles. " La sono n'était pas professionnelle. Le patron de Universal Productions confie qu'elle " permettait cependant d'apprendre ". Et de conquérir une clientèle qui s'agrandit. Il y a comme un frémissement dans l'industrie endormie du spectacle. Le Pmuc et les Remy y sont pour quelque chose. Guinness Cameroun et les Brasseries aussi. D'autres opérateurs entrent dans la danse. Les opérateurs de téléphonie mobile qui débarquent investissent à leur tour le terrain de la musique pour appuyer leur marketing. Sylvain Nkom a du flair. Il décide d'investir. Familles et amis mettent la main à la pâte.
En 2000, Wes Madiko arrive pour des spectacles au Cameroun. C'est un gros coup. Universal Productions a été choisie pour l'opération. Pour l'événement de poids, c'est un matériel son et lumière de taille. Le premier. Suivi en 2001 par une régie lumière et son professionnelle de 80 millions qu'une amie française l'aide acquérir à 15 millions. 15 millions pour une sono qui peut tenir le rythme d'un spectacle de 15 à 20 mille personnes. Et dont la puissance va gonfler pour arriver à 60 enceintes (contre les 32 actuellement). Celui qui est systématiquement loué par les organisateurs de spectacles. Celui avec lequel Richard Bona a récemment confondu le public du Wouri à Douala. Celui avec lequel Passi, Jacob Desvarieux, Jocelyne Labylle, etc., ont mis le feu sur la Place du Gouvernement à Bonanjo. Matériel de poids. Géré par une équipe que Sylvain Nkom construit tous les jours, essayant de lui communiquer sa passion et le goût du travail, les principes de rigueur sans lesquels " rien, dit-il, n'aurait été possible ".
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