Le Journal du Jeudi (Ouagadougou)

Burkina Faso: Du sang d'enfant pour une cérémonie coutumière : Et de 3

M.j.m.

10 Décembre 2003


opinion

Le respect des us et coutumes et l'observance des interdits qui y sont liés conservent la pureté des valeurs culturelles en même temps qu'ils maintiennent l'équilibre social. Mais quand l'autorité crée des victimes innocentes, fait couler du sang qui n'est pas celui des animaux immolés, il y a abus. Il y a abus de pouvoir à même de perturber la stabilité d'une société bien calme.

Ce qui est arrivé à Ouahigouya récemment lors d'une cérémonie coutumière inspire quelques craintes. Au cours de la célébration du rite dans un village situé à 7 kilomètres de la capitale du Yatenga, les cerbères du chef du Yatenga, le Naaba Kiiba, sont tombés à bras raccourcis sur deux pauvres gosses. Un a survécu, l'autre est mort. Les randonnées punitives à conséquences mortelles commencent à faire école dans les cours des chefs coutumiers. Tenkodogo en 1999 avec feu le Naaba Tigré qui n'a peut-être pas supporté l'opprobre; en 2000, dans le Nahouri avec le Pô Pè; et aujourd'hui avec le règne de Naaba Kiiba du Yatenga.

Prions pour lui qu'il n'ait point été informé de la sombre mission de ses "forces de sécurité" comme l'écrit au conditionnel l'Agence d'information du Burkina. L'enquête policière nous situera. Il reste cependant vrai que ce meurtre est le troisième connu en cinq ans dans les accointances des chefs coutumiers et ça commence à faire sérieusement désordre.

L'époque des condamnations à mort prononcées dans les cours des rois est révolue. A la place des Napoléon Bonaparte, Louis XV, Naaba Tigré et consorts siègent des tribunaux avec des juges, des avocats et des jurés. Si le travail de ces derniers est parfois torpillé par les politiques, le système est là qui remplace les jugements de la cour royale où le bon sens était le principal support d'appréciation mais pas le droit à dire et les textes à appliquer.

Les autorités coutumières devront revoir leur copie, mieux choisir leurs conseillers et leurs "forces de l'ordre" pour ne point continuer à chuter dans l'estime de leurs "sujets". L'autorité coutumière est le fruit intarissable de nos valeurs traditionnelles. Il ne faut pas que l'opinion s'en détourne. Ce qui est pourtant fort possible si les rites accouchent de meurtres.

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