Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Jardin secret : le sulfureux musicien gouadeloupéen se confesse

Stéphane Tchakam

12 Décembre 2003


interview

Le chanteur antillais nous entraîne dans son univers sulfureux

Comment en arrivez-vous à faire des chansons paillardes ?

Avant de débuter dans ce métier, je travaillais à la Sécurité sociale en France où j'avais été embauché comme auxiliaire pour six mois. Après, j'ai été licencié. C'est à ce moment que j'ai pris la ferme résolution de chanter. Au départ, j'étais un garçon très timide. Jusqu'à l'âge de 22 ans, j'étais timide et c'est pour exorciser cette timidité que je me suis mis à chanter. Au départ, je faisais des chansons sentimentales avec des paroles très saines. Puis après, un soir j'ai eu un flash. En chantant un soir aux Antilles, j'ai improvisé quelques mots cochons parce que j'aimais bien blaguer avec les copains. Ça avait déclenché l'hilarité dans la salle et je me suis demandé pourquoi je n'emprunterais pas ce créneau de chanteur de chansons coquines. Comme ma mère était choriste d'église, ça m'a créé des problèmes. Ma mère même en avait maille à partir avec ses collègues parce qu'elle chantait des chansons religieuses et moi, des chansons en dessous de la ceinture. Mais il faut dire que j'ai reçu une très bonne éducation de la part de mes parents. J'étais un garçon très bien élevé. En écoutant mes chansons, les gens se posent des questions. Mais en réalité je suis un garçon de bonne et de grande éducation.

Dans le civil, qui êtes-vous ?

Mais c'est incroyable comme les gens partent dans des délires lorsqu'ils vous voient à la télé. Mais on vit comme vous. On dort, on se réveille, on va travailler, on mange, on boit, on va aux toilettes (rires), on fait pipi, on fait l'amour et on se recouche pour une nouvelle journée.

Marié, des enfants ?

J'ai été marié deux fois. En ce moment, je suis en instance de divorce. J'ai trois garçons : 22 ans pour le premier, 18 pour le deuxième et 14 pour le troisième.

Papa modèle pour eux ?

Modèle, je ne dirais pas vraiment. Peut-être par mon métier. Pour eux, leur père a du succès et ça les flatte. Mais sinon, ils ne vivent pas avec moi. Ils vivent avec leurs mères. J'en ai eu deux avec une dame et l'autre avec une autre dame.

On peut penser que les paroles de vos chansons reflètent un trait de votre personnalité

Faut pas se poser de questions. Les gens ont tendance à penser que je suis un obsédé sexuel ou autre chose. En réalité, je suis un acteur quelque part, j'ai un rôle à jouer, je le joue. Mon rôle, c'est de chanter des chansons pour amuser les gens, les faire rire et faire en sorte qu'ils soient bien dans leur peau. Ce sont des chansons anti-stress. Il y a d'autres chanteurs qui font des chansons sérieuses, des chansons engagées. Moi, j'ai choisi de faire des chansons pour que les gens oublient leur semaine de boulot.

Pourquoi taxez-vous d'hypocrisie ceux qui sont effarouchés ou choqués par vos textes ?

Mais si les gens ont des convictions religieuses, c'est compréhensible que mes chansons les choquent. Mais les gens qui mènent une vie ordinaire, qui sont sans convictions religieuses, ceux-là forcément apprécient ce que je fais. Moi, je prône la décontraction dans mes chansons. Ceux qui, en revanche, n'ont pas de convictions religieuses sont hypocrites, ils sont faux.

Vous soutenez avoir contribué à l'évolution des moeurs. De quelle manière ?

Vous savez, avant que François Mitterrand ne devienne président en France en 1981, mes chansons ne passaient pas à la radio. Après son arrivée au pouvoir, il y a eu une prolifération de radios libres et là on a pu écouter mes oeuvres. A partir de ce moment, les auditeurs ont remarqué que j'étais le seul à faire cela. Ça m'a donné du cachet par rapport à ceux qui étaient décontractés et n'avaient pas d'a priori. Par contre, ceux qui ne m'appréciaient pas se sont mis à me détester encore plus.

Que pensez-vous avoir apporté à la musique zouk que vous pratiquez depuis bientôt trente ans ?

Je pense que les jeunes ont une façon particulière de me regarder. Ils ne me regardent pas comme ils regarderaient leurs parents, des gens de mon âge. Les parents ne les laissaient pas écouter mes chansons et du coup, ils les écoutaient en cachette. Ils ont une admiration énorme pour ce que je fais et ils ont beaucoup de respect pour ma personnalité. Plus on éloigne les enfants de quelque chose, plus ils s'y intéressent.

Avez-vous le sentiment que le zouk est une musique qui se renouvelle ?

Voilà une question qu'il faudrait plus souvent poser aux chanteurs antillais. Je n'ai pas l'impression que le zouk se renouvelle. Sur dix artistes, il y en a sept qui font la même chose. Or, quand vous avez un tel pourcentage, cette musique stagne. Et quand une musique stagne, elle ne fera que ça. J'ai fait d'ailleurs une chanson là-dessus, " Chanteur de zouk ".

A quoi devez-vous votre longévité sur la scène ?

Ma détermination, toutes les ambitions que j'ai affichées et le fait d'être humain aussi, le fait d'aimer les gens. Il faut aimer les gens pour faire ce métier. Et pour durer, il faut avoir un pouvoir de séduction et être intelligent.

C'est le cas pour vous ?

Oui, je pense. L'expérience y est pour beaucoup.

Avez-vous d'autres centres d'intérêt dans la vie ?

Oui, je m'intéresse à beaucoup d'autres choses. Je m'intéresse à l'actualité, je suis artiste peintre, je suis entrepreneur de spectacles. Je m'intéresse aux rapports humains en général. Je me demande pourquoi les hommes et les femmes ne s'entendent pas. Je me pose des questions, je me remets en cause tous les jours.

Un mot sur les causes pour lesquelles vous êtes engagé ?

Je pourrais faire plus, mais il faudrait que les autres soient avec moi. J'ai par exemple de nombreuses chansons pour sensibiliser contre le sida. Et pour cause, je suis le premier à demander aux gens de faire l'amour.

Votre carte d'identité ?

Je suis né à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe le 18 avril 1956, je suis bélier. J'ai 46 ans. J'ai vécu jusqu'à l'âge de 35 ans en Guadeloupe. Au bout de cette période, je suis allé en France pour faire découvrir la chanson " Fruit de la passion " et pour avoir un succès national. Ça fait onze ans que je vis en France.

Quelle image voudriez-vous que l'on retienne de vous ?

L'image que l'on devrait retenir de moi, c'est que je suis un amuseur. Je me sers du sexe pour vraiment faire rigoler les gens. Sinon, je suis un homme sérieux. En amour, je suis vraiment sérieux. Je suis sérieux avec mes amis, avec ma famille, dans les affaires.

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