Patrick Hilbert
12 Décembre 2003
Port Louis — Les orateurs de l'alliance sociale ont décliné tour à tour leurs critiques habituelles : les problèmes sociaux à Piton-Rivière-du-Rempart, la concentration du pouvoir et la gestion des affaires scandaleuses.
TRÈS chaude ambiance à la Place Coopérative de Bois-Mangue. Le contraste avec le congrès nocturne du Parti travailliste de mardi à Petite-Julie est frappant.
Les spectateurs polis de Petite-Julie ont cédé la place à des partisans survoltés de Bois-Mangue et des environs hier.
Et les orateurs ont agi en conséquence, à l'image de Rajesh Jeetah à l'aise avec son public.
Succédant à Anand Neewoor, ancien ambassadeur mauricien aux Nations unies et nouvelle recrue travailliste qui faisait son baptême de feu, Rajesh Jeetah a axé son discours sur son thème fétiche : les problèmes sociaux de la circonscription.
Devant 300 personnes, le candidat de l'alliance sociale pour l'élection partielle de Piton-Rivière-du-Rempart, décline à nouveau, l'histoire du conteneur et de la bibliothèque.
"Le gouvernement a fait pousser plus de 100 conteneurs dans la circonscription pour la partielle. Un conteneur coûte Rs 20 000. Mais, où est la bibliothèque pour vos enfants ? L'argent des conteneurs n'aurait-t-il pas pu servir à ça ?" demande Rajesh Jeetah.
"Cent conteneurs"
Il continue sur sa lancée : "Des 30 000 enfants qui prendront connaissance de leurs résultats du CPE samedi, 10 000 enfants pleureront comme chaque année. Mais, pour poser un conteneur et y mettre 10 jeunes pour faire campagne, là, il n'y a pas de problèmes."
La jeunesse se trouve actuellement "sans avenir", estime-t-il, en concédant qu'il n'existe pas de société sans problème. Une fois de plus, il interpelle la foule. "Ki ou député ine fer pou ou pendant 16 ans ?"
Tout en faisant référence au président de la République, Sir Anerood Jugnauth, il cible également son fils, Pravind Jugnauth, "vice-Premier ministre, ministre des Finances, ministre de l'Agriculture et ki minis encore ?" A la liste, il ajoute le nom d'Ashock Jugnauth, le ministre de la Santé.
Clôturant le meeting, Navin Ramgoolam, leader de l'alliance sociale, abondera dans le sens de Rajesh Jeetah. "Il est inacceptable que le pouvoir reste dans la main d'une poignée de personnes dans ce pays-là", déclare-t-il. "Boeuf travail, arrête cheval manzé et boeuf bizin manze ek vengeance", crie-t-il sous les acclamations de la foule.
"Zot ferme l'ECO en 24 heures"
Après une très longue parenthèse sur l'Africa Bill, dont il revendique la paternité, Navin Ramgoolam s'attaque à la gestion des récents scandales par le gouvernement. L'appel d'offres pour la construction du quartier général de la Banque de Maurice est sévèrement critiqué, tout comme le démantèlement de l'Economic Crime Office (ECO).
"A ma demande, deux ministres ont démissionné le temps de l'enquête. Tout le monde a applaudi. Mais quand Indira Manrakhan (NdlR: alors directrice de l'organisme) appelle Jayen Cuttaree, l'ECO est en trop. En 45 heures, zot ferme l'ECO", affirme le leader travailliste.
Navin Ramgoolam cite également les propos de Muzong Kodi, directeur régional de Transparency International parus dans une édition de l'express : "Pas nou ki pé dire. Transparency International pé dire ki Maurice parmi les pays les plus corrompus".
Avant lui, Madun Dulloo a abondé dans le même sens. "Nos institutions sont menacées. Ils pervertissent les institutions payées avec votre argent. Pé servi sa pou enrichi deux-trois familles politiques et capitalistes." Pour l'orateur, même l'Assemblée nationale "pas pé marcher".
Il conclut que "L'accord Medpoint ine mette zot sous chloroforme". Il estime également "bien graves" les développements au sein du comité parlementaire de l'Independent Commission against Corruption (Icac). Selon d'autres orateurs, la coïncidence entre la crise à l'Icac et le dossier déposé la semaine dernière par Rama Valayden contre Prakash Maunthrooa, candidat de l'alliance MSM-MMM, n'est pas un hazard.
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