Chokri Gharbi
12 Décembre 2003
L'étude de positionnement stratégique de la branche lait et dérivés a été présentée hier dans le cadre d'un séminaire organisé par l'Agence de promotion de l'industrie (API) avec la participation de la Fédération nationale de l'agroalimentaire relevant de l'UTICA et du Centre technique de l'agroalimentaire.
Elaborée avec l'appui de la délégation de la Commission européenne en Tunisie, l'étude a montré certaines lacunes dont souffre cette branche de lait et dérivés qui compte 37 entreprises réparties entre centrales laitières (10), yaourteries (7), fromageries (20).
La production du lait frais (un milliard de litres par an) est réalisée par 150.000 éleveurs avec un effectif de 484.000 vaches dont 211.000 de race pure et 273.000 de race croisée.
La productivité moyenne du cheptel est inférieure à 2.200 litres par animal et par lactation.
On retient aussi de l'étude que la valeur ajoutée de la branche se situe à 15% de la valeur de la production, que les investissements du IXe Plan (1997-2001) ont été de 173 MD contre 76 MD le plan précédent (+126%) et que treize entreprises sont approuvées par le comité de pilotage pour effectuer leur mise à niveau avec des investissements de l'ordre de 76 MD.
«S'investir sur le terrain»
Si les entreprises relevant de la branche ont réalisé quelques performances (3 entreprises ont été certifiées ISO 9002 de la version 94), des insuffisances sont constatées notamment au niveau de la qualité du lait. Comme l'a souligné le représentant de l'UTICA, les industriels «sont appelés à s'investir davantage sur le terrain pour mieux encadrer les éleveurs en matière d'alimentation, d'hygiène et de froid. Etant entendu que le projet de paiement à la qualité, actuellement en discussion au ministère de l'Agriculture, représentera l'outil par excellence de la promotion de la qualité du lait frais».
L'orateur estime que «l'objectif recherché par la filière laitière demeure la libéralisation des prix» insistant sur «la révision périodique des prix à la consommation du lait de boisson qui représente 60% du volume du lait traité pour garantir la survie de nos centrales laitières».
Autre brèche relevée et reconnue par les industriels : le tissu industriel trop dispersé nécessitant une restructuration capable d'influer positivement sur le devenir de la filière laitière qui comprend un secteur formel (lait collecté et industrialisé) accaparant 55% de la production et un secteur informel (autoconsommation et production artisanale) détenant une part estimée à 45%.
L'étude a confirmé que la distribution des produits laitiers pose encore certains problèmes surtout au niveau de la chaîne du froid, même si la stérilisation du lait de consommation et l'utilisation d'un parc de camions frigorifiques ont apporté quelques réponses, insuffisantes certes, mais réelles.
Asseoir un système de contrôle
La comparaison internationale (Benchmarking) montre quelques satisfactions notamment au niveau de la transformation industrielle. En revanche, la consommation en Tunisie est de 100 litres par habitant et par an contre 200 à 500 litres en Europe, le prix moyen du lait est plus élevé qu'en Europe et le lien entre le producteur et l'usine est insatisfaisant. La comparaison inclut l'Inde, le Maroc, la Turquie, la Pologne et le Portugal. En termes qualité du lait et à l'exception de la Turquie «tous les autres pays font mieux que la Tunisie».
Des actions ont été proposées par l'étude pour développer la branche concernant notamment la croissance de la production, l'amélioration de la qualité (système de paiement différentiel selon la qualité, système de contrôle efficace, accords contractuels), la restructuration du secteur fromagers
M. Khélil Laâjimi, secrétaire d'Etat chargé du Développement industriel, a notamment indiqué que ces études prospectives qui ont concerné plusieurs branches d'activités constituent un outil indispensable dans le pilotage du secteur industriel, rappelant les mesures prises pour développer le secteur agroalimentaire. Le secteur du lait, selon l'orateur, joue un important rôle économique et social. Une stratégie nationale pour la promotion du secteur a donné des résultats satisfaisants dans le sens d'une amélioration de la productivité. Le gouvernement soutient la filière en octroyant des primes à la collecte et à la réfrigération du lait, au stockage du lait UHT et du lait demi écrémé L'essentiel est d'atteindre l'équilibre de la production et de le pérenniser et ce, grâce à plusieurs dispositions dont l'institution du système contractuel entre les intervenants concernés.
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