Notre Voie (Abidjan)

Zimbabwe: Mugabe victime de sa réforme agraire

Seguei None, seguei@yahoo.fr

12 Décembre 2003


Le Zimbabwe de Robert Mugabe a mis fin à son appartenance à l'espace anglophone encore appelé Commonwealth. L'acte du président zimbabwéen est diversement interprété.

Pour les uns, Robert Mugabe a fait preuve d'une bravoure. Les défenseurs de cette position doivent en savoir certainement sur le fonctionnement des organisations sous-régionales voire même de l'ONU. Elles ne valent que par la volonté des puissances colonisatrices à garder leur emprise sur les colonies. Qu'un pays claque la porte à une telle organisation qui, à la limite, s'ingère dans la politique intérieure des Etats, est un désaveu pour la Grande-Bretagne.

A l'opposé, il y a le camp de ceux qui pensent que la décision du Président Mugabe, sans s'en référer au peuple zimbabwéen, peut avoir des répercussions sur le dernier cité. Surtout que le pays traverse depuis plus de deux ans une grave crise socio-politique. Laquelle a plongé le Zimbabwe naguère présenté comme le grenier de l'Afrique australe dans le creux de la vague. En tout état de cause, selon ces afro-pessimistes, le Zimbabwe n'avait pas besoin de ce bras de fer qui, pour eux, n'est que de trop.

Au-delà de cette divergence de vue qui trouve son origine dans les griefs portés par le Commonwealth contre le pays de Mugabe, le problème zimbabween transcende la violation des principes de l'Union que sont la démocratie, le respect des droits de l'Homme et la bonne gouvernance. Il met en exergue les causes de tous les conflits qui déchirent le continent. Le problème zimbabween n'est plus ni moins qu'un problème foncier. Certes on reprochera au président zimbabween la mauvaise organisation de sa réforme agraire, mais la Grande-Bretagne qui conduit au sein du Commonwealth l'aile dure pour brocarder Mugabe n'est pas exempte de reproche. Loin s'en faut. 20 ans après l'accession à l'indépendance de l'ex-Rodhésie du Sud actuel Zimbabwe, les choses continuent comme si le pays était toujours sous le joug colonial. 4500 exploitants blancs qui s'adonnent aux cultures commerciales et des sociétés multinationales et qui en fait représentent 1% de la population occupent plus de 40% des terres cultivables. Pendant que les Noirs sont parqués sur les terres arides. Le programme de redistribution qui envisageait de réinstaller progressivement les familles noires a échoué dans les années 1998. Tout simplement parce que les partenaires au développement qui, au départ ont accepté d'accompagner ce projet par des mesures, ont refusé de jouer leur partition. Croyant peut-être laisser pourrir la situation dans la seule intention de se débarrasser du régime d'Hararé devenu encombrant.

En fait ce qui se passe au Zimbabwe n'est pas une affaire de Mugabe comme l'on tente de le faire croire. Etant donné que même l'Afrique du Sud, voisin du Zimbabwe, est confrontée à cette même question foncière. Et qui comme telle, mérite d'être traitée avec impartialité, intelligence et parcimonie. Tant que les intérêts partisans d'un impérialisme axphysiant ceux des populations constitueront les priorités, il y aura toujours des crises en Afrique où la question de la terre de même que celle de l'eau occupe une place primordiale.

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