Mame Aly Konte
12 Décembre 2003
" Paix et sécurité humaine en Afrique de l'ouest ". un thème d'actualité sur la grave situation politique, économique et sociale que vit le continent africain depuis quelques années. Sous l'impulsion de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), un panel d'universitaires, d'hommes politiques et d'officiers supérieurs de l'armée nationale sénégalaise a réfléchi pendant toute une après midi le mercredi 10 décembre, sur la paix et la sécurité en Afrique de l'ouest.
Un exercice parsemé d'obstacles en ces périodes de troubles où en Côte d'Ivoire, même après Marcoussis, la paix est encore loin des coeurs. Au même moment où le Libéria refuse, malgré les efforts de la Cedeao, une paix des braves pour une autre guerre absurde. Un tel sujet n'est pas une sinécure au moment où la Mauritanie a bien du mal à se sortir de la dernière tentative de coup d'état et de ses dernières élections, que la Guinée qui prépare une autre élection sans autre candidat que le président Lansana Conté, que d'autres parties de la sous-région, comme la Sierra Leone et la Casamance (région sud du Sénégal), dans un sens inverse, amorcent un timide retour à la paix.
Sur cette question casamançaise, le professeur Assane Seck a voulu recentrer le débat autour d'un certain nombre d'idées de base qu'il a tenu à revisiter. Le docteur d'Etat en géographie, spécialiste de l'Afrique et natif de la Casamance, qu'il est, a voulu camper les bases explicatives de la rébellion casamançaise. Selon lui, "les fondements de la crise sont d'abord idéologiques, sociaux et politiques. Sur la base des mouvements sociaux dont les grèves, personne n'osait prévoir la crise en Casamance. Même si l'abbé Diamacoune avait par ailleurs, écrit une note, au cours de l'année 1978, au président Senghor dans laquelle, il tirait déjà la sonnette d'alarme sur la situation en Casamance. Quand cette lettre m'a été remise par le Président, je l'ai moi-même, compte tenu du fait, ajoute le professeur Seck, que celle-ci avait envoyé par un homme d'église, je l'ai moi-même donné à Robert Sagna, alors ministre et qui était catholique comme l'abbé. "
Si le professeur affirme que certains ont évoqué la finale houleuse d'août 1980 entre la Jeanne d'arc et le Casa-sports, gagnée dans des conditions assez confuses par la Ja, pour expliquer la rébellion, M. Seck pense que "s'il a réveillé des velléités de régionalisme chez certains casamançais, elle n'a pas de lien direct avec la rébellion que nous avons vécue." Le véritable problème, autour de ses fondements idéologiques a été sans doute posé par l'Abbé Diamacoune, selon qui, " la Casamance n'a jamais été rattachée au Sénégal."
Ce qui a fait qu'on ait demandé à l'archiviste Jacques Charpy, à venir témoigner sur la question. L'abbé refusera la version donnée par le Français. " Il y a également, selon le professeur Assane Seck, la rumeur entretenue par certains qui affirmaient qu'il y a eu un moment un accord secret entre Emile Badiane et Senghor, qui stipulait que vingt ans après les indépendances, la Casamance devrait retrouver la sienne. " Tout cela n'explique pas tout sur cette rébellion. Car, selon le professeur Assane Seck, "le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance dont se réclame, Diamacoune, n'est pas celui qu'il a connu. Le Mfdc original, a été dissous au sein du Bloc démocratique Sénégalais, (Bds) depuis 1954. Le vrai Mfdc est mort à cette époque ", signale Assane Seck.
Abordant la question des bases sociales du conflit, le professeur a ajouté qu'on a essayé à travers le chantage, d'installer des relais dans les villages en menaçant toutes les personnes qui ne voulaient pas soutenir le mouvement. "C'est d'ailleurs , à partir de ce moment, signale le professeur Assane Seck, que la base du conflit qui était ethnique au départ a été élargie à toute la Casamance, avec des démembrements jusqu'à l'extérieur du Sénégal. Et l'on voit des gens se réclamant de cette région, demandant des statuts de réfugiés politiques dans d'autres pays. L'aile extérieure est née comme çà. "
L'énigme Diamacoune passé au peigne fin
"Dans le déroulement de la crise casamançaise, trois phases ont été marquantes," indique Assane Seck. Il s'agit de la période allant de décembre 1982 à l'année 1991. Une seconde période partie d'appel à la paix de Diamacoune au cours de l'année 1992, et la période actuelle qui est partie du poignet de main entre les deux chefs du Mfdc, Diamacoune Séngnhor et Sidy Badji au cours de l'année 1999.
La première période commence ainsi, raconte l'ancien président de la commission pour la recherche de la paix en Casamance, par une accalmie jusqu'au moment où un incident qui se produit au cours d'une marche en 1983 et déverse le lait sur le feu. Et Assane Seck de dire qu'"avec la répression qui s'ensuit, certains membres du Mfdc dont Sidy Badji, ont eu peur de la répression et ont préféré rejoindre le maquis ou les pays frontaliers du Sénégal."
A partir de l'année 1984, le professeur Assane Seck estime qu'il y a eu sorte de nébuleuse. Et par la suite que les excès sont notés autant au niveau de la rébellion que dans l'armée sénégalaise. "Il semble qu'à cette époque, chaque camp, disait qu'il voulait écraser l'autre," a souligné le professeur Assane Seck. Ce qui a eu pour conséquence d'aggraver les choses.
A partir de l'année 1991, il y a eu une amorce de solutions et un cessez le feu est signé à Bissau en mai 1991 et marque la fin de cette première partie du conflit.
La période de 1992 est celle des différends avec un conflit ouvert entre les deux barons du Mfdc Sidy Badji et l'abbé Diamacoune Senghor. C'est une période de scission entre l'aile dite politique et l'aile combattante. A cette époque, l'abbé Diamacoune a été appelé à rejoindre le maquis, alors que Sidy Badji a décidé de s'établir à Ziguinchor. Quelques mois plus tard, l'abbé Diamacoune sortira du maquis, sous la pression de l'église et des cadres casamançais, pour faire un discours émouvant en guise d'appel à la paix. "C'est dans ce contexte, précise le professeur Assane Seck, que la commission pour le règlement de la crise en Casamance a été mise sur pied. Mais, Diamacoune a été très hostile à cette structure au départ en disant que s'il y avait des Casamançais en son sein, il ne la reconnaîtrait pas. Et c'est par la suite, dit le professeur Assane Seck, que des concertations ont permis de dénouer la situation en lui faisant accepter la structure."
Mais l'abbé ne s'arrêtera en si bon chemin, dans sa manie à faire des chantages. Il va demander de nouveaux préalables. Disant, selon le professeur Assane Seck,"qu'on lève le siège dont il est l'objet autour de sa résidence. Ce à quoi l'Etat obéira en demandant que le dispositif soit allégé et qui aura comme conséquence, d'aboutir à la déclaration du troisième cessez le feu, le 3 décembre 1995." Et le 8 avril 1996, les conditions pour le retour de la paix en Casamance était presque réunies et une réunion devrait se tenir à Banjul pour régler définitivement le problème de la rébellion. Mais, cette fois encore, l'abbé Diamacoune choisira le dernier moment pour dire qu'il ne viendra pas à cette réunion.
Et arrive la période actuelle. Marquée par des hauts et des bas depuis le début des années 2000. Au sortir de cette période, l'ancien ambassadeur de France, André Lewin, a eu à jouer un rôle de facilitation, qui va aboutir à la poignée de main de l'année 1999 entre Diamacoune et Sidy Badji. Même si avant cela, il y a eu des confrontations terribles comme à Madina Mancagne. Saluant l'action des cadres casamançais, le professeur Assane Seck, n'a pas oublié de faire en dernière analyse de faire un parallélisme entre la catastrophe du Joola et la rébellion en disant, "qu'elle n'est pas sans rapport avec cette guerre."
Optimisme et espoir ont ponctué ses réflexions. Et, avec un brin d'émotion, l'homme qui traverse allègrement son monde et son temps, l'auteur de quelques livres sur l'Afrique, a dit "qu'aujourd'hui nous n'avons jamais été aussi proche de la paix".
Mais, une autre lecture s'est dégagée de ces confessions d'un homme d'Etat. Son tour d'horizon large de la question casamançaise, la paix et la sécurité, a ressemblé, à bien des égards, à une sorte de bilan. Des mémoires d'un homme du temps. Qui parle de lui. De son monde. La Casamance et le Sénégal. Un et indivisible.
Au grand bonheur de l'assistance, d'Alioune Tine, le Secrétaire exécutif de la Raddho dont le mérite a été d'avoir réussi à le sortir de son silence, lui et un autre homme qui aura fasciné le public par la hauteur de ses vues, le Général Mamadou Seck. Officier supérieur du génie militaire, ancien chef d'Etat major général des forces armées sénégalais, l'homme est un stratège. Un homme à cheval sur son monde qui aime aussi parler de paix.
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