Cendres Glazai
12 Décembre 2003
opinion
Houphouet ne manquait aucune occasion pour exalter son action en faveur de l'unité nationale. Ne disait-il pas à qui voulait l'entendre que d'une soixantaine d'ethnies il avait réussi à en faire une nation? Pourtant tout le monde sait qu'il a indûment privilégié son clan par rapport aux autres, a tous les points de vue.
Dans tous les gouvernements, il leur a fait la part belle. Constamment, les gens de sa tribu (contre lesquels nous n'avons) ont été servis en priorité. Houphouet n'a pris que très peu de ministres ou de hauts responsables chez d'autres tribus qui ont une autre conception du chef. Ce n'était pas tout. Pendant plus de 20 ans, la doune a été dirigée par un de ses proches. Tout comme le grand service des impôts sans oublier la Sotra et l'EECI dont les titulaire de l'époques sont, selon la légende, capables de dépenser 500 millions au cours d'un week-end. Un autre organisme qui a brassé plus d'argent qu'aucun autre, c'est la caisse de stabilisation qui faisait, pendant les années fastes, des excédents de plusieurs centaines de milliards. D'abord dirigée par feu Abdoulaye Fadiga, la caisse tombera ensuite dans les mains de responsables de clan du président. La CAISTAB a contribué dans une certaine mesure au développement de ce pays. D'aucuns ont dit (avec raison) que c'était une espèce de caisse noire pour les grands du pouvoir PDCI surtout pour le premier et le plus grand d'entre eux.
Peut-on vraiment recenser tous les services juteux, coiffés exclusivement par des gens de la cour ? L'AVB (Aménagement de la Vallée du Bandama), des dizaines de milliards en jeu. Et comme "on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille les arachides" Mais le tribalisme ne renvoie pas forcément et exclusivement à la même ethnie. Il concerne aussi un allié proche, dont le critère de choix est justement cette proximité et rien d'autre. C'est ainsi que le jeune Dioulo, modeste sous-préfet élevé dans le sérail, presque fils adoptif de Philippe Yacé se vit confier l'ARSO (autorité de la région du Sud-Ouest). Ici encore de milliards étaient en jeu. A cette heureuse époque, on parlait de miracle ivoirien ; l'argent coulait à flots et personne n'était assez mal élevé pour demander des comptes à qui que ce soit. La région de San Pedro était couverte de forêt. A l'époque, le cacao et le café se vendaient très bien. Certaines communautés ne rêvaient que d'émigrer à l'Ouest, pour abandonner derrière elles leurs savanes peu propices aux cultures pérennes. A grands frais, Houphouet les fit installer à l'Ouest où heureusement les autochtones étaient très hospitaliers.
Avec le temps des hostilités réelles nées des frustrations ont vu le jour. Les immigrés de la savane ont appris à vivre dans la forêt, mais ils n'ont pas oublié leurs villages d'origine. Chaque année, après la récolte et la vente de leurs produits, ils s'y rendent. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas pu s'implanter, ils n'ont pas oublier leur village d'origine au développement duquel ils participent activement tout en ignorant royalement celui qui leur a donné la richesse. Cela veut dire que le problème de leur relation avec les autochtones est demeuré et pouvait exploser à tout moment. Cela a été le cas souvent dans bien des villes de l'Ouest montagueux où les allochtones immigrés veulent conserver leurs coutumes lesquelles heurtent parfois celles de leurs hôtes. Les bagarres sanglants qui suivent font parfois des morts. Comment ne pas dénoncer là le fruit amer d'une politique qui n'a pas toujours été équitable ! Ce n'est pas tout. Houphouet était comme l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié ! Il avait un faible pour les médiocres, parce que sans doute avec eux, c'est la flagornerie du matin au soir et aucune crainte qu'ils lui disputent le pouvoir. Médiocres, griots, larbins, c'est le même tableau les uns jouant les rôles des autres par opportunisme quand ils ne sont pas tout à fait les personnages qu'il faut.
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