12 Décembre 2003
La modernisation des daara est au coeur du débat sur l'éducation. Chercheurs, enseignants et islamologues se penchent depuis des années sur la question. Mais, avec un recul dans le temps et au regard des exemples brillants que sont les daara de Sara Ndiougary et de Adjaratou Bintou Thiaw, le doute n'est plus permis. Il suffit d'une volonté et d'une bonne approche scientifique pour y arriver.
Moderniser les daara. Le voeu est exprimé par bien des spécialistes de l'éducation. Cependant, l'entreprise présente des difficultés soit d'ordre interne, soit liées à d'autres facteurs pédagogiques ou sociaux. Au point de susciter l'interrogation de certains islamologues dont le docteur Thierno Kâ, chef du Département d'islamologie de l'Ifan, à l'Ucad. C'était à l'occasion du séminaire de deux jours organisé dans la première semaine du mois de décembre par Mouvement citoyen, une Ong dirigée par l'historienne Penda Mbow.
Le Dr Thierno Kâ a d'abord tenté de replacer l'école coranique ou daara dans le contexte de sa création à l'époque post-coloniale, avant de tenter d'apporter des éléments de réponse. Le premier jalon fut sans doute posé par Abdoulaye Ibn Yacine qui, sous le commandement de Yahya Ibn Ibrahim, a créé ce qu'on appelait un ribat (lieu de culte) "pour enseigner la jurisprudence islamique aux enfants musulmans afin de diffuser l'islam", note le Dr Kâ. Une façon de dispenser l'enseignement religieux que l'on retrouva au fil de l'histoire chez Labba, fils de War Diabé. Mais, dans le contexte d'aujourd'hui, souligne le Dr Kâ, "rares sont ceux qui s'intéressent à la modernisation de l'enseignement, pivot du développement aux XXe et XXIe siècles".
A l'époque, l'enseignement du Coran était celui que l'on considérait comme public. Et était analphabète celui qui ne l'assimilait pas. C'est l'effet contraire qui est constaté aujourd'hui avec l'implantation de l'école française emmenée par le colon. Ce qui fait dire à l'islamologue que "l'enseignement coranique qui a toujours occupé le devant de la scène à partir du XIe siècle au Sénégal, a vécu, au cours des siècles, un déclin inéluctable grâce aux pouvoirs des autorités locales. C'est ainsi qu'elle a perdu toutes ses valeurs qui faisaient d'elle une école digne de ce nom". Et pour modernité, on peut se rappeler au XVe, voire au XVIIe siècle, avec le Dr Kâ, la fondation de l'université de Tombouctou par Ahmed Baaba et de l'école de Pire dirigée par Cadi Amar Fall et dans laquelle on enseignait plusieurs disciplines dont le fiqh, la philosophie, la biographie du Prophète (Saw), la théodicée, le soufisme. "L'élève coranique apprenait à la fois l'enseignement religieux et professionnel", souligne-t-il, tout en poursuivant que "le produit de cette école était un savant doté de compétence d'enseignement".
A l'époque coloniale, c'est le colon lui-même qui administre les écoles. Faidherbe, gouverneur français de Saint-Louis, alors capitale du Sénégal, avait sorti, en 1857, un décret organisant l'ouverture des écoles coraniques dans la capitale. "Les
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