Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Bamba-Thialène à l'orée de la crise de croissance : un plan triennal pour sortir de la crise de croissance

Saliou Fatma Lo

12 Décembre 2003


Bamba-Thialène, village situé à 22 kilomètres de Tambacounda, a longtemps constitué un pôle de développement, un laboratoire où toutes les formes d'actions de développement communautaire et à la base ont été expérimentées.

Très tôt, la zone, servie par une équipe de responsables imaginatifs et très introduits dans les chancelleries et ONG internationales ont attiré des flux de capitaux très importants qui ont largement contribué au développement autocentré et endogène des 12 villages polarisés. Mais face au vieillissement des membres de l'encadrement et au non-recentrage des objectifs globaux, le comité a connu une longue et pénible traversée du désert. Sa crise de croissance. Seulement, maintenant il reprend quelque couleur, avec la mise en oeuvre du Plan Triennal 2002-2004, qui est une mise en adéquation des différents programmes menés jusque-là. L'objectif principal reste la création de nouvelles richesses, en plus de la consolidation des acquis.

De part et d'autre du chemin tortueux enchâssé entre les plantations, les pieds de mil se sont parés de leur duvet or délavé. Les plantes, de deux mètres environ, plient sous de véritables nuées de rouge - gorge, de tisserins et de roitelets. Le sorgho, lui, n'a pas encore pris sa teinte vermeille. Les villages, tout au long du chemin, sont coincés entre les plantations de case remplies d'oseille rouge et blanche. La courge court en lierre sur le corps trapu des cases baignant dans un environnement vert-de-gris. Les enfants jouent et les grandes personnes se remettent de leurs fatigues sous l'ombrage des « neems ». Les enfants, eux, grillent des épis de maïs dans d'épais nuages de fumée La saison des pluies touche à sa fin apparemment. Dans les champs de mil hâtif où la récolte a été déjà faite, des calaos et toucans se déplacent lourdement par deux, à traquer les insectes. De temps à autre, ils laissent entendre leur lourd chant saccadé. La route paraît particulièrement plus longue car, il m'avait été annoncé 22 kilomètres d'un pare-feux ; pour plus de deux heures de navigation à vue d'oeil. Et Malick Diop, le conducteur, se tortille sur son siège. Et Bamba-Thialène surgit de derrière les bosquets et la ligne d'horizon parsemée d'arbres visiblement revigorés par la saison des pluies qui a fait sauter la barre des 1.000 mm dans cette partie du Sénégal (qui n'en avait recueilli qu'environ 400 l'année dernière). Partout, c'est un tapis d'herbes vertes, dans les différents tons et un matelas d'herbes saisonnières. Et les récoltes s'annoncent bonnes.

PIONNIER DE L'ORGANISATION A LA BASE Bien au loin, le château d'eau déploie sa masse inclinée et oblongue. Rien n'a changé dans le rythme trépidant qui s'empare du village dès le point du jour. C'est une sorte de frénésie contrôlée qui fait place aux ténèbres. Tout le monde est à l'ouvrage. Je retrouve donc Bamba-Thialène près de 15 ans après. Charmant village, toujours coquet, pionnier dans l'organisation communautaire sur la base de la caution solidaire, le village a donné un contenu au développement auto-centré et endogène. Il a montré la voie à suivre, au sortir des dures conditions de vie qui se sont invitées dans la zone après la grande sécheresse de 1973. Il est vrai que Bamba-Thialène a poursuivi la mue que lui a conférée le leadership dans le domaine de l'organisation à la base. Ainsi, le village a fait preuve d'un dynamisme inégalé en captant l'aide, mais aussi en valorisant ses ressources propres et en mettant en oeuvre des initiatives hardies. Pour M. Demba Guèye, le coordinateur du comité de Bamba, l'initiative de création du projet de Bamba-Thialène est partie d'une aspiration profonde des populations polarisées à « vivre en paix, à participer activement à la santé, l'éducation et la sécurité alimentaire des populations par elles-mêmes. Le premier plan d'action mis en place a favorisé la réalisation de puits-forages, une meilleure pratique de l'agriculture sous pluies et irriguée et la multiplication de pôles d'éducation et de santé et une implication plus accrue des femmes dans le développement de la zone, par un programme d'allègement des tâches conséquent. Les jeunes de la localité également ont été pris en compte pour une large part, tout comme les activités à caractère social.

DIAGNOSTIC PARTICIPATIF La deuxième phase du projet de Bamba-Thialène, après une Assemblée Générale qui s'est chargée de recueillir le diagnostic de tous les villages d'emprise, est arrivée à la conclusion qu'il fallait créer des champs collectifs, procéder à un reboisement intensif, créer des stocks vivriers et des banques céréalières, former des néo-alphabètes. « Par ailleurs, nous avons jugé que nous pouvions trouver un bon parti dans l'élevage au niveau du troupeau collectif, de l'embouche et de l'apiculture. Nous avons mis en place un crédit agricole, des pépinières et un cadre d'exercice du petit commerce ».Selon M. Guèye, en 2001, il a été recensé d'autres problèmes qui tournent autour des besoins en numéraires et il fallait penser à la création d'activités génératrices de revenus. L'autre nécessité qui s'est fait jour, c'est la lutte contre le vol et les incendies et passer au stade des cultures intensives, dans l'optique d'optimiser les exploitations familiales. Un plan triennal 2002-2004 a été élaboré et qui a dégagé des axes prioritaires prenant en compte les activités agro-pastorales, le financement rural et le petit commerce et l'amélioration de l'habitat rural. « Autant d'activités, complémentaires des actions traditionnellement développées dans la zone d'emprise du projet de Bamba -Thialène », a ajouté M. Demba Guèye. Pour le président du comité de Bamba, M. Mor Awa Guèye, le comité compte 12 villages, 549 membres. « 114 nouveaux adhérents frappent à la porte ». Le but avoué de ce plan d'action, c'est de corriger les lacunes et recentrer le comité.

CRISE DE CROISSANCE Poursuivant, il a signalé que malgré le niveau de développement atteint par la contrée, le principal goulot d'étranglement reste l'enclavement. « Notre village-centre se situe à 22 km de Koumpentoum, que nous mettons plus de deux heures d'horloge à rallier. Ce facteur bloquant influe sur l'écoulement de nos produits. Cela d'autre part nous porte préjudice car nous avons des problèmes pour entrer en contact avec les opérateurs. Ainsi, nous sommes contraints de nous rabattre sur les marchés hebdomadaires qui deviennent notre unique débouché », a-t-il déploré. Malgré la grande autosatisfaction affichée par les responsables, il demeure clair que le comité de Bamba-Thialène a mal digéré sa crise de croissance. La première raison invoquée peut être le vieillissement des membres de l'encadrement, la non-réorientation des objectifs qui ont forcément évolué, la non-atteinte de certains objectifs majeurs, l'onde de choc de l'exode rural, la restriction du nombre d'adhérents (ce qui fait que le projet a été jugé sélectif)

REALISATIONS CONCRETES Revenant au comité de Bamba-Thialène, le président a noté que la première réalisation concrète du projet deviendra par la suite un champ collectif, dans chacun des 12 villages-membres. « Les produits du champ ont été répartis entre trois parts équitables. La première a été affectée à l'alimentation du grenier, une autre pour assurer le déplacement des membres du bureau du ressort, et la dernière partie pour assurer le fonctionnement. Parallèlement aux champs collectifs, les membres versaient une cotisation mensuelle de 1.000 francs qui servaient à alimenter la caisse ». Selon le président du comité : « les premiers financements extérieurs sont venus de l'ambassade des Pays-Bas, qui ont financé la réalisation d'un poulailler collectif et par « Self Help » qui a financé la clôture des jardins maraîchers. Sur le plan sanitaire, des cases de Santé ont été installées et ont été menées de vastes campagnes de chloroquinisation. Des actions de formation ont été lancées, avec une dominante en alphabétisation fonctionnelle dans les domaines de l'élevage, de l'agriculture, de l'arboriculture fruitière, l'animation, la gestion et les activités féminines. Ainsi, 13 centres ont été crées. Puis le comité a évolué pour laisser la place à une entente ». Remontant le temps, M. Guèye a indiqué qu'à l'origine, le comité était conçu comme une organisation paysanne à vocation essentiellement sociale. « Mais avec l'évolution de la situation socio-économique, les promoteurs se sont heurtés à des difficultés économiques par rapport à la participation des populations aux soins de santé primaires et le paiement du prix de la mouture du mil. Pour pallier ces difficultés, toutes les ententes se sont érigées en GIE pour s'adonner à des activités économiques ».

IMPACT POSITIF ET REALISATIONS Au vu du succès enregistré à travers les différents actes posés, il est évident que le projet de Bamba a un impact positif sur le milieu et jusqu'à présent les demandes d'adhésion continuent d'affluer, les ONG s'appuient sur le projet pour conduire leurs actions dans la zone d'emprise et il est noté une meilleure assimilation des techniques. Les acteurs de Bamba, préférant ne pas se voiler la face, reconnaissent que tout n'est pas rose. Il y a des difficultés certes, car dans certains domaines, les résultats obtenus sont assez faibles. Dans d'autres, les retombées directes ou immédiates sur les adhérents sont limitées. En outre, le système de remboursement de l'opération « paire de génisses » est très lourd et s'inscrit dans la durée. Enfin, il a été noté que les crédits ne sont toujours pas décentralisés. Du point de vue des réalisations, le comité est très bien équipé en infrastructures communautaires. La zone compte 6 écoles publiques élémentaires, 9 écoles élémentaires privées, 8 écoles d'Arabe, une maison communautaire, 2 postes de Santé, 10 cases de Santé, 1 foyer de la femme, 2 pharmacies villageoises, 6 puits-hydrauliques, 17 forages, 69 puits traditionnels, 6 moulins à mil, 3 maternités rurales, 41 boutiques, 35 « diakas », 8 « dioumas » 4 chapelles

L'EQUATION DE LA MOBILITE Dans la zone, le principal goulot d'étranglement demeure l'enclavement, surtout pendant la saison des pluies où Bamba-Thialène peut rester coupé des autres localités pendant 48 heures parfois. Il faut signaler que la bourgade est reliée par 2 pistes latéritiques de 26 km qui n'ont pas été entretenues depuis plusieurs années et difficilement carrossables, même en saison sèche. Actuellement, c'est un pare-feu qui sert de voie d'accès. Le chemin est coupé de ravinements très escarpés et profonds qui sont à l'origine de pannes très sévères sur les véhicules qui l'empruntent. Il va sans dire que cet état de la route pose de sérieux problèmes d'évacuation sanitaire, surtout pour les femmes enceintes. Bamba reste un pôle de développement à la base. Le comité a imprimé à cette partie du Sénégal une empreinte particulière qui la hisse au premier rang des localités auto-développées.

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