Mbaye Ba
12 Décembre 2003
Depuis quatre mois environ, un club bio Ablaye Yade a vu le jour au quartier Hersent à Thiès. Confrontées au train-train quotidien inhérent à la vie de mères de famille vivant dans l'environnement d'un système commercial axé sur le « bana-bana » ou la recherche effrénée du gain, les pauvres ou les plus faibles financièrement sont tout simplement sacrifiés.
C'est la vérité des prix pour ne pas dire la loi de la jungle. Longtemps habitées par l'ambition de se battre pour subvenir aux besoins de leurs familles, Arame Diop, présidente du club bio de Hersent, explique : « nous sommes un groupement de 15 petites marchandes habitant côte à côte mais, sans grands moyens. Nous avons travaillé avec plusieurs institutions du micro-crédit mais compte tenu des taux d'intérêt souvent élevés, les périodes de remboursement étaient devenus un calvaire pour bon nombre de femmes ». C'est dans ce contexte que leur groupement a dû se constituer en club bio et avec l'appui d'une ONG dénommée Agrécol ; elles se sont engagées dans la voie du commerce équitable. Un système d'échange basé sur la confiance et le désir profond de solidarité où tout le monde gagne ; car, le bénéfice est partagé entre tous les opérateurs.
Il s'agit de développer un business entre pauvres. Au début du mois de décembre, les femmes du club bio de Hersent de Thiès se sont rendues à Koungheul-Socé, un village situé à quelques kilomètres de Koungheul. Au cours de ce week-end d'échange, chaque femme thiessoise a été hébergée par une soeur jumelle de Koungheul-Socé où elle a passé la nuit. Un dispositif qui a permis aux femmes de discuter profondément entre elles. Le lendemain, la place du village a été le lieu choisi pour exposer les produits cultivés à Koungheul-Socé, discuter des prix de vente en échangeant des informations sur les opportunités d'affaires qui s'offraient de part et d'autre. Et comme le principe de base du commerce équitable est de veiller sur un payement à juste prix aux producteurs et permettre aux marchands de gagner aussi de l'argent ; les femmes ont vite fait de se comprendre et nouer un partenariat solide. Selon Bassoum, le coordonnateur d'Agrécol, à chaque fois que les transactions dépassent le montant de l'argent disponible sur place, la caisse de compensation de sa structure paie la différence et quelques jours après le groupement vient rembourser son dû. « Il n'y a aucun intérêt à payer ; l'essentiel pour nous est d'aider au règlement pratique des difficultés qui assaillent nos concitoyens », précise-t-il.
Ce fonds commun peut être utilisé aussi bien par le monde rural que par la ville. Il permet de lutter contre la politique du taux d'intérêt considéré par beaucoup de nos compatriotes comme de l'usure. « De par son approche, le commerce équitable nous a éloigné de la psychose du crédit sans scrupule à rembourser suivant des moratoires pas toujours conformes avec nos attentes », ajoute Arame Diop. Selon elle, avec le système du commerce équitable, le crédit n'est plus une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, mais il est perçu comme un geste de solidarité effective entre des personnes dont le sort est intimement lié. Elle en veut pour exemple les femmes de Koungheul-Socé qui n'arrivent pas à vendre leurs produits maraîchers et parfois même céréaliers à Koungheul à des prix convenables faute de clients ; or ici à Thiès, la demande est là. « A notre retour de Koungheul-Socé, tous les produits céréaliers que nous avons apporté ont été vendus en moins de trois jours, en raison de leur qualité et des prix abordables. Nous avons sincèrement fait de bonnes affaires », indique-t-elle. Qu'il s'agisse de l'ouverture des classes ou de la fête de Korité, le club bio Ablaye Yade, grâce à l'esprit de solidarité qui sous-tend son existence, a pu faire face aux dépenses familiales avec bonheur.
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