Farida Belkhiri
13 Décembre 2003
Abandonnant momentanément sa guitare sèche et son style sobre, le chanteur, poète et compositeur, Tayeb Brahim, arbore dans le concert qu'il a donné jeudi dernier à la salle El Mouggar une attitude musicale plus «dynamique».
Le public, habitué à le voir chanter presque seul dans l'ombre, où les chuchotements de la guitare dominent, est un peu surpris de voir la musique et la voix de l'artiste scintiller sous la lumière un peu aveuglante de son nouvel orchestre et ce, même si le rythme de son répertoire reste doux et tempérant. L'exiguïté de la scène de la salle El Mouggar qui a dû supporter le poids d'une dizaine de musiciens, étouffe quelque peu les chansons, en leur ôtant leur éclat naturel. Cependant, les spectateurs très nombreux, ont fermé les yeux sur ces détails, se contentant de savourer chaque instant des chansons données par leur idole. Installant son trône au milieu de la scène, entouré de ses fidèles musiciens dont des violonistes, Tayeb Brahim s'accroche toujours à sa guitare, sans pour autant l'imposer aux dépens des autres instruments. Il mène l'orchestre par sa voix tout en donnant à chaque musicien la liberté de s'exprimer en solo. Un air de flûte, mélancolique, par ici, un air de violon romantique par-là, Tayeb Brahim marie des couleurs chatoyantes certes, mais dont le ton s'estompe au fur et à mesure qu'il plonge dans sa poésie de plus en plus «tamisée».
Les titres qu'il aborde, qu'ils soient romantiques, nostalgiques ou même de simples balades, sont trempés dans une substance triste à laquelle on ne peut rester insensible. Sa chanson Hamlagh kem (je t'aime), par exemple, sortie en 1994 comme une déclaration d'amour à la femme, arrache plus de larmes que de sourires de joie. Et même le mouvement enthousiaste de l'orchestre n'a pu altérer cette sensation de mal qui se forme comme un chagrin et qui nous envahit en écoutant cette chanson. La chanson tant attendue et qui a fait le succès de Tayeb Brahim, Ussan enni (ces jours-là) est annoncée tout d'abord par les violons. Un préambule que Tayeb Brahim enrichira avec sa voix. Une amorce qui conduira vers l'aboutissement d'une interprétation qui donne la chair de poule, tellement elle dégage une décharge émotionnelle importante. D'ailleurs, cette chanson a un tel succès auprès du public que l'artiste envisage de la rechanter dans la langue arabe. Avant d'arriver à la musique et la chanson sobre, influencées quelque part par des airs universels, Tayeb Brahim a palpé l'univers de la musique et de la chanson en se lançant tout d'abord dans le chaabi et l'andalou. Aujourd'hui, il se laisse bercer par son propre style qui lui a valu l'appellation de cheikh alors qu'il n'a que 37 ans. Tayeb Brahim donnera un autre concert, le 18 de ce mois, à la salle Ibn Zeïdoun. Avis aux fans.
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