Amine Echikr
13 Décembre 2003
Le continent noir attend des actes et des réalisations concrètes pour combler le fossé numérique
L'Afrique, à l'origine du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) de Genève, attend des pays riches un engagement financier effectif pour combler son retard technologique, mais doit se contenter pour l'instant de promesses vagues. Intervenant lors de ce sommet, le ministre de la Poste et des Technologies de l'information et de la communication, Amar Tou, a mis en exergue «la réforme de fond» menée par l'Algérie dans le domaine des infrastructures de l'information. M. Tou a indiqué que la réforme de fond est basée «sur l'ouverture des marchés des télécommunications et postal, qui s'est traduit par un meilleur accès aux réseaux d'information». Après avoir souligné le «droit d'accéder aux réseaux d'information et de communiquer», le ministre a rappelé la mise en place, depuis 2001 sur l'ensemble du territoire national, de 15 000 kilomètres de câbles à fibres optiques pour «écouler les communications multimédia à haut débit». Sur le plan africain, M. Tou a souligné les efforts des pays du continent dans la mise en place des mécanismes et des financements des différents projets inscrits dans la nouvelle initiative pour le développement en Afrique (NEPAD) qui réserve «une place importante» aux TICS.
«Notre ambition est de faire de l'Afrique un continent développé qui offrira à ses enfants des conditions d'épanouissement et de bien-être, grâce notamment à sa connectivité avec tous les pays du monde», a-t-il dit. Pour le président sénégalais Abdoulaye Wade, si l'idée d'un Fonds international de solidarité numérique figure dans le projet de déclaration de principes du Sommet, ce fonds n'a pas été officiellement créé. Les pays africains seront entre-temps libres de commencer à mettre en place un financement. Selon des négociateurs, les débats lors des travaux préparatoires ont été vifs, les pays occidentaux étant réticents à l'idée d'un fonds, privilégiant les dispositifs existants. Cette solution d'attente, baptisée «calendrier pour la solidarité numérique», prévoit que l'Union européenne, le Canada et le Japon étudient d'ici à décembre 2004 l'utilité d'un tel fonds. Le président Wade a exprimé jeudi sa satisfaction, estimant qu'«un consensus salvateur» avait été trouvé. «L'objectif de l'Afrique au sujet de la solidarité numérique a été largement atteint», a-t-il affirmé.
Il a notamment remercié pour leur soutien le groupe arabe, l'Amérique latine, l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), la Francophonie, l'Unesco et la Banque mondiale. «Nous avons noté les propositions européennes d'amélioration des mécanismes existants», a poursuivi M. Wade, estimant que ces mécanismes étaient «tout à fait complémentaires avec le Fonds de solidarité numérique». «A vrai dire, c'est un équilibre boiteux entre deux positions inconciliables qui a été trouvé», a jugé pour sa part Mamadou Diallo Iam, un expert membre de la délégation du Mali, à la tête du groupe africain dans les négociations. Tout en regrettant que le fonds n'ait pas été mis en place, il s'est dit optimiste pour la suite. «On est prêts à créer notre fonds», a-t-il affirmé. «J'ai le sentiment que beaucoup de pays privilégient le bilatéral. Quand on veut aider l'Afrique, il faut encourager les initiatives unitaires et non pas diviser», a estimé pour sa part le ministre sénégalais de la Communication, Mamadou Diop Decroix. «Nous allons faire des propositions aux présidents africains pour faire des contributions, cela va encourager les pays du Nord à nous rejoindre», a-t-il assuré. «On attend un signal fort de la France.» Même optimisme du côté du ministre ghanéen de la Communication, Albert Kan-Dapaah. «Nous sommes confiants sur le fait que les études de faisabilité vont aboutir favorablement», a-t-il assuré. Les modalités de gestion de ce fonds, qui serait fondé sur le volontariat et ferait appel aux Etats, aux ONG, à la société civile et au secteur privé, restent encore à définir, de même que ses besoins pour combler le fossé numérique. Jeudi dernier, la ville de Genève s'est dit prête à accueillir ce fonds de solidarité numérique et a annoncé, quelques heures plus tard, qu'elle apportait la première contribution financière en versant 500 000 francs suisses (330 000 euros). Le Sénégal a promis également une contribution de 500 000 FS au fonds, dont il avait lancé l'idée. Ces annonces ont été faites à l'issue d'une rencontre entre le président du Sénégal Abdoulaye Wade et le maire de Genève. Un sommet des villes et des pouvoirs locaux sur la société de l'information, réuni à Lyon les 4 et 5 décembre, avait adopté une déclaration exprimant la volonté de renforcer la solidarité numérique.
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