Rachid Mohamed Larbi
13 Décembre 2003
Sauf rebondissement de dernière minute, c'est aujourd'hui que devrait être rendu le verdict de la chambre administrative d'Alger dans la procédure dite «d'invalidation du huitième congrès du FLN» et à bien y regarder, quelle que soit la décision, il n'est pas sûr qu'elle rajoute quoi que ce soit d'essentiel à une rupture consommée ni qu'elle redistribue fondamentalement le jeu entre les protagonistes de la crise du parti majoritaire.
Quelques rappels peuvent être utiles dont le plus évident est qu'on n'en serait jamais arrivé là si le congrès de mars dernier avait -comme c'était du reste assez généralement imaginé- adoubé le chef de l'Etat comme candidat à sa propre succession. Le second rappel, pour qui est familier des arcanes des congrès de l'ancien parti unique, est que les choses se jouent plus lors des préparatifs que dans les assises mêmes. Nul ne conserve, à ce propos, souvenir d'une mise en garde et a fortiori d'une mise en cause de ceux qui allaient endosser par la suite le costume de «redresseurs» et qui, pour les plus médiatiques d'entre eux, avaient pris part aux travaux sans coup férir. La dissidence d'un Barkat, par exemple, eût sans doute eu plus de sens et d'effet si elle était venue en son temps -c'est-à-dire bien avant les assises- et n'était apparue que comme une première esquisse d'une construction dont le tribunal d'Alger traite aujourd'hui les implications.
Le troisième rappel tient dans l'aspect proprement surréaliste qui fait qu'une organisation politique formellement illégale -si rien, en effet, ne peut interdire légalement aux redresseurs de se constituer en parti à condition de se soumettre aux dispositions réglementaires, il est difficile de considérer qu'ils puissent s'exprimer au nom d'un parti dont les députés continuent de voter les lois de la république -puisse ester en justice qui que ce soit et, qui plus est, de voir effectivement l'appareil judiciaire se soumettre à la chose. Imagine-t-on alors WAFA de Taleb ou le Front démocratique de Ghozali en faire autant et, pourquoi pas, arguer de leur ancien ancrage dans le système ou même le FLN, eux qui jusqu'à présent sont privés d'agrément ?
Quant au fond, chacun sait que les arguments développés devant le juge sont d'abord ceux de l'administration -du ministère de l'Intérieur pour être précis- et chacun imagine bien que le seul objectif de la procédure est de donner un habillement judiciaire à une décision clairement politique et même un sursaut de la justice, dans cette procédure en particulier, restera notoirement insuffisant pour la libérer des pesanteurs de quatre décennies de dépendance. Au demeurant, tout semble indiquer que les avocats, comme la direction du FLN, se préparent à une décision d'invalidation et ils ont probablement pris les dispositions qu'une telle évolution appellerait. Un retour à la situation d'avant le huitième congrès n'aurait même pas l'avantage d'invalider l'actuel secrétaire général du FLN -dûment coopté par le comité central- et, qui plus est, ne l'empêcherait en rien de maintenir sa candidature, fût-ce, comme cela a été rapporté, en qualité de candidat indépendant.
On ne peut en vérité qu'être étonné que cette course à l'investiture -car c'est de cela qu'il s'est agi- ait pu saturer l'espace public, générer de nouveaux déchirements, susciter de violents affrontements et finalement disqualifier encore plus, si cela était possible, l'exercice politique. Cette régression n'aura en fin de compte mis en scène que des hommes d'appareils avec leur culture d'appareil dont le souci premier est de conserver ou d'acquérir des positions d'influence, de décision, de ne pas être, en somme, oubliés quand l'heure de la soupe -pour reprendre une formule gaullienne- sonnera. Comment aussi, sur un tout autre registre, ne pas voir que la situation de 2004 n'est en rien similaire à celle de I999, notamment du point de vue d'une éventuelle candidature de l'actuel chef de l'Etat à sa succession ? L'heure, en effet, n'est plus tant celle du consensus que celle du bilan. S'il devait être, aussi peu que ce soit, sanctionné par l'électorat, ce serait avant toute chose sur son action à la tête de l'Etat et qu'il soit adoubé par le FLN ou par son clone n'y changera que peu de chose. Et ce bilan, bon ou mauvais, ni les redresseurs ni la justice n'y peuvent rien.
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