Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire:Nouveaux évènements sanglants à Abidjan, jeudi - Un témoin oculaire raconte : "Voici ce qui s'est vraiment passé à la RTI"

Propos Recueillis Par Edgar Kouassi

13 Décembre 2003


interview

Cet homme est un noctambule. Il habite la Cité des Arts, à Cocody. Dans la nuit du 11 au 12 décembre, en rentrant chez lui, il est tombé sur une groupe de gendarmes qui avaient arrêtés des personnes. C'est sous yeux

Cet homme est un noctambule. Il habite la Cité des Arts, à Cocody. Dans la nuit du 11 au 12 décembre, en rentrant chez lui, il est tombé sur une groupe de gendarmes qui avaient arrêtés des personnes. C'est sous yeux que ces derniers ont été exécutés. Il raconte ce qu'il a vu. Pour des questions évidentes de sécurité, nous ne dévoilerons pas son identité.

Vous étiez témoin de la tuerie. Racontez-nous ce que vous en avez vu.

C'était aux environs de minuit 15minutes. Moi, je suis à la cité des Arts. Et comme j'étais dans un maquis non loin de la RTI pour rentrer, je dois passer devant la RTI. J'étais en voiture. Dès que je suis arrivé au niveau du lieu du drame, il y avait des gendarmes en armes, nerveux. Ils m'ont demandé de faire demi-tour. Et j'ai répondu que j'habitais tout juste derrière eux et que c'était la seule entrée. Ils m'ont laissé passer. Dès que je suis arrivé à la maison, je suis allé au balcon et je me suis dit qu'il y avait quelque chose qui clochait vu l'agitation des gendarmes. Au moment où je passais, il y avait des gens avec eux, qu'ils avaient arrêtés. Je pensais qu'on les avait raflés.

Combien étaient-ils ?

J'ai pu en dénombrer douze. Mais, je crois savoir qu'il y en avait d'autres, car tous n'ont pas été tués sur-le-champ. Ils leur ont demandé de se déshabiller. Sauf à un. Parce qu'après les avoir fait coucher, les corps habillés ont commencé à tirer sur eux. Ils les ont tués dans l'intervalle de cinq secondes. Il n'y a pas eu de longues rafales.

C'était à quel endroit précis ?

Après le feu du «carrefour de la vie», il y a un autre carrefour pour entrer dans le quartier en venant des Deux Plateaux, en face de la cité BAD. C'est à ce niveau. Même actuellement, il y a du sang répandu là-bas.

Ceci s'est produit à quelle heure ?

Il était exactement minuit 39 minutes. J'ai même regardé ma montre. Etant au balcon, j'ai tout vu. Je me disais que c'était sûrement quelque chose comme un coup d'Etat. Je me suis dit que je vais attendre jusqu'à trois heures du matin pour savoir si réellement c'était cela. Vers une heure du matin, j'ai entendu d'autres coups de feu. Cette fois-ci plus lourds et plus forts qui ressemblaient à des coups de canons. Ces coups venaient de l'Ecole de gendarmerie. Tout comme les premiers, ces tirs n'ont pas duré. A 2 h 12, il y a eu encore des tirs par rafales. Cette fois, c'était d'autres forces de l'ordre qui patrouillaient. Assis à mon balcon, on les voyait passer dans leur 4X4 et ils tiraient en l'air. Ce qui m'a fait douter du coup d'Etat, c'est que ces éléments avaient le temps de dire aux véhicules qui venaient, de rebrousser chemin. J'ai compté durant ce laps de temps cinq taxis et quatre véhicules particuliers.

Qu'est-ce qui vous a fait douter que ce n'était pas un coup d'Etat ?

A l'heure où ils ont commencé leurs manoeuvres, il y avait encore du monde dehors, notamment à l'Allocodrome. Mais chacun a pu regagner son domicile tranquillement, sans être inquiété. Même des jeunes de la cité des Arts sont revenus dans la cité sans être inquiétés. Si c'était un vrai coup, ils n'auraient laissé personne se balader dans une zone de combat. Les derniers coups de feu ont eu lieu à 4h10 et venaient de l'Ecole de gendarmerie. Ces derniers coups ont été plus longs que les précédents. J'ai essayé de capter les chaînes de télévision et radio étrangères pour avoir des informations, mais personne n'en parlait. Je me suis alors dit qu'il s'agissait peut-être des mêmes soldats qui avaient demandé le départ des Généraux, qui essayaient de déclencher une mutinerie. Tous leurs agissements me rappelaient le coup d'Etat de 1999 où les militaires faisaient les mêmes manoeuvres sans toucher aux civils. Mais ce que je trouvais bizarre, c'est que ces gendarmes, après avoir tué les gens qu'ils ont fait coucher, sont restés auprès de leurs corps jusqu'au matin, à 7 heures. Quand le matin, nous sommes venus nous informer, ils nous ont répondu que c'étaient des assaillants et qu'ils seraient venus avec un véhicule «Badjan» pour prendre la RTI. Mais, personne n'a vu le «Badjan» en question. Là au fond de moi, j'ai tiqué. Je me suis dit que ce n'est pas possible. Comment les assaillants que nous voyons à la télé avec des véhicules 4X4 neufs peuvent venir à Abidjan et attaquer la RTI avec un «Badjan» ? Pour moi, c'était de la comédie. Je me suis dit que c'était encore son coup de Gbagbo pour ne pas appliquer Marcoussis ou aller à Bouaké.

Comment étaient habillés les gens qu'ils ont tués ?

Ils étaient habillés de manière normale, comme tout individu. Mais, j'ai été surpris ce matin en voyant auprès des cadavres des habits de dozos, des gris-gris, des chapeaux de musulmans et autres chapelets.

Vous dites que tous n'ont pas été tués sur-le-champ. Où sont passés les autres ?

Ce matin (hier, ndlr), il y a un homme qui était couché dans le caniveau. Quand ils l'ont vu, ils ont ameuté les gens pour dire qu'il y a un assaillant qui est caché là-bas. Ce dernier a alors répondu : mais c'est vous-même qui m'avez dit de me coucher dans le caniveau. Un gendarme l'a alors frappé avec la crosse de son fusil. C'est en ce moment que j'ai remarqué qu'il avait les jambes brisées. Je vous assure, si quelqu'un n'a pas assisté à ce qui s'est passé, il peut vraiment croire à ce montage. Il faut reconnaître qu'ils ont réussi leur coup. (...)

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques