Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Fronde des agents du centre de santé : le système sanitaire de Sédhiou menacé de blocage

Malamine Kamara

13 Décembre 2003


A Sédhiou, les agents affiliés aux syndicats de santé (Sutsas et du Syntras) manifestent pour demander le départ du médecin chef du centre de santé. Les populations, elles, soutiennent le médecin et demandent la fin du bras de fer qui opposent, à leur détriment, ces deux parties. Après une marche, les syndicalistes haussent le ton et menancent de bloquer, prochainement, tout le système sanitaire de la région.

Le bras de fer qui opposait le médecin chef du centre de santé de Sédhiou (région de Kolda), le Dr. Babacar Ndoye, vient de monter d'un cran avec la marche pacifique organisée par les grévistes à travers les principales artères de la ville de Sédhiou. Une semaine durant, le personnel de santé de l'hôpital de Sédhlou a, en effet, observé un arrêt de travail tous les jours à partir de dix heures pour exiger le départ du médecin chef. Les syndicalistes du Sutsas et du Syntras/cellule départementale n'ont pas trouvé moins de vingt griefs contre le Dr Ndoye. Des griefs suffisants, selon eux, pour exiger son départ. Ils l'accusent d'être "un monarque sans expérience dont le règne est marqué par la perte d'acquis dont le programme élargi de vaccination (PEV) en chute libre. Seuls 33 % ont été complètement vaccinés en octobre dernier pour un objectif de 80 % ; en ce qui concerne les consultations prénatales, il n'a été enregistré qu'un taux d'achèvement de 47 %." Un changement radical dans la gestion semble être à l'origine de cette fronde qui a commencée le 4 décembre. La marche organisée récemment dans les principales artères de la ville est considérée comme une manifestation phare. Les manifestants ont battu le macadam en scandant "Na Déma Déma Dem" (qu'il s'en aille!) repris en manding en "Ayé Taa Dokou Laa Nté" "qu'il parte ce n'est pas un travailleur) jusqu'à la préfecture où le secrétaire général de la section départementale du Sutsas, M. Massamba Mbaye, a remis au préfet, M. Léopold Diouf, une lettre dans laquelle la doléance demandant le départ du médecin chef a été réitérée. Dans sa réponse au secrétaire général, le préfet, après avoir rappelé que le droit de marche est bien mentionné dans notre constitution qui garantit également les libertés individuelles et collectives, a fait appel à la conscience civique des agents de santé. Un appel qu'il leur a, du reste, toujours lancé à chaque fois qu'ils les recevait dans son bureau pour essayer de trouver une solution à cette grève qui a déjà porté un grand préjudice à la population.

Radicalisation des syndicats Les autorités centrales étant au courant, "il faut reprendre le travail et laisser le temps à ces autorités d'examiner la question avec toute l'attention requise. Je fais confiance à votre loyauté envers l'Etat", a dit le préfet. Faisant l'objet de toutes sortes d'attaques de la part de son personnel, le Dr. Babacar Ndoye est resté taciturne face à cette situation, parlant peu - ou pratiquement pas. Pour rompre ce silence assourdissant, c'est une conférence de presse qu'avait choisie d'animer le médecin chef pour apporter un éclairage sur chacun des vingt points soulevés par les syndicalistes. Quelques instants avant le face-à-face avec la presse locale, la nouvelle est tombé tel un couperet : "la tutelle me demande d'annuler cette conférence de presse", a dit le Dr. Ndoye aux journalistes.

La déception a été totale dans les rangs de la presse, car une seule version sera entendue dans ce bras qui oppose deux parties. Selon certaines sources, la fronde aurait pour soubassement la suppression de privilèges obtenus par le passé et non prévus par les textes. Des pratiques peu orthodoxes étaient en cours également au centre de santé. Une tentative de remise en ordre de tous les manquements a soulevé la colère que l'on sait. A la fin de la marche, une radio locale a organisé une émission inter-active demandant aux populations de se prononcer sur ce bras de fer dont les seuls perdants demeurent les Sédhiois . L'écrasante majorité des Intervenants reconnaissent que le Dr. Ndoye a donné une nouvelle physionomie du centre de santé devenu plus propre. La qualité des services s'est nettement ameliorée. La population a demandé la fin de ce bras de fer qui n'honore pas la santé et la reprise du travail par les grévistes. Un appel à la raison qui pourrait ne pas être entendu par les syndicalistes. Leur responsable a soutenu que le plan d'action sera exécuté et, à l'occasion de la prochaine manifestation, c'est tout le système sanitaire de la région qui sera paralysé.

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