Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Communication politique : Sarkozy, l'homme pressé

Sébastien Comparet

13 Décembre 2003


Parce qu'il sait ce que communiquer signifie, la recette de Nicolas Sarkozy fait des ravages. Et les médias s'arrachent l'homme fort du gouvernement.

Le ministre français de l'Intérieur possède un attribut rare parmi les hommes politiques. Une force que tous cherchent à atteindre, mais que peu maîtrisent à ce niveau. Nicolas Sarkozy est un exceptionnel communicant. En clair, il en met plein la vue. A 48 ans, après avoir été ministre du Budget, puis de la Communication sous le gouvernement de Balladur, de 1993 à 1995, le maire de Neuilly-sur-Seine est en poste à l'Intérieur depuis un an et demi. Et son style a conquis bien du monde, faisant de lui le ministre le plus populaire du gouvernement.

Nommé à cette fonction après des élections marquées par l'irruption de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, en avril 2002, il fait alors sien le discours sur l'insécurité, thème médiatique clé de la campagne électorale. Et ne tarde pas à faire valoir ses capacités. Dès sa nomination, Nicolas Sarkozy est partout. Pas un journal d'informations n'omet de parler de sa visite dans telle banlieue à risques, dans tel commissariat en dépression, chez telle victime d'une agression. Et sa présence médiatique rassure. Chacun se dit qu'au moins "lui fait quelque chose". Sarkozy, qui a bien compris que les médias font et défont les hommes politiques, a décidé de les adopter. Le personnage arrive en tête d'affiche du gouvernement des mois durant. Hyperactif, efficace, professionnel, les qualificatifs ne manquent pas à son sujet. La télévision en fait sa vedette. Notamment la chaîne publique France 2, qui l'invite à deux reprises pour l'émission politique 100 minutes pour convaincre, explosant les audiences à chaque fois. Et lui ne recule devant rien. Là où Jacques Chirac a refusé le traditionnel débat entre les deux tours de l'élection présidentielle, le numéro deux du gouvernement ne refuse pas Le Pen. Et le ridiculise. Sa petite taille ne l'empêche pas de s'affirmer par l'action, imposant un style musclé et faisant sa priorité de la sécurité. Certaines voix s'élèvent dans les milieux d'analystes politiques pour décrypter son discours. Ainsi, au-delà de l'aspect rassurant, celui de voir son ministre de l'Intérieur partout sur le terrain, Sarkozy agit plus sur le sentiment d'insécurité que sur l'insécurité elle-même. En clair, il guérit la peur des Français. Reste qu'il en impose par sa rhétorique, parfois populiste, souvent démagogique, au point de soulever l'animosité de ses camarades du gouvernement. Toujours est-il que sa technique de communication s'avère très au point. Rassurer son monde en voulant mettre fin à la violence dans les banlieues, et rassurer ses détracteurs par le biais de phrases bien placées : "Je suis ferme, mais je suis juste", explique-t-il souvent. Mais si la main est ferme, on voit peu le gant de velours.

Nicolas Sarkozy est un homme pressé, "car les Français n'ont pas le temps", dira-t-il. En moins d'un an au poste, il a déjà fermé le centre de clandestins de Sanghatte, dans le nord de la France, diminué le taux d'insécurité, créé le Conseil français du culte musulman et proposé un référendum en Corse, tentant ainsi de résoudre définitivement le problème séparatiste. Il tient surtout à présenter des dossiers bouclés, bien que lacunaires, même si les conséquences de cet empressement risquent d'être dramatiques à l'avenir. Quoi que l'on dise de sa communication, elle marche. Car elle fait parler de lui. Chacune de ses apparitions est une mise en scène. L'homme ne répond pas aux questions qu'on lui pose. Il mène le débat à la manière d'un interrogatoire de police. Il coupe la parole dès que le besoin s'en ressent, pour orienter et fermer le débat. Et les conversations avec ses détracteurs tournent au procès. A ce jeu-là, tous les coups sont permis. La technique médiatique du ministre est au service d'une idée centrale : il faut dire aux Français ce qu'ils veulent écouter. Rassurer. Nicolas Sarkozy a réponse à tout, même si ses réponses sont principalement préparées. Son aisance dans le ton fait le reste.

A l'entendre, son discours coule de source, et l'on en serait presque convaincu. Son dynamisme fait des ravages. Si jamais sa carrière s'assombrissait, il pourrait sans aucun problème se reconvertir dans le cinéma. Mais l'homme a du talent, suffisamment pour aller très loin en politique. Et cela tombe bien, Nicolas Sarkozy ne manque pas d'ambition non plus.

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