Libération (Casablanca)

Maroc: Les enseignants chercheurs de Casablanca ont observé, jeudi, une grève préventive

L.h

14 Décembre 2003


Colère, déception, inquiétude. Le climat était tendu jeudi matin à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca. Une cinquantaine d'enseignants-chercheurs s'étaient réunis pour protester contre l'indifférence et l'oubli auxquels semble être condamné leur dossier revendicatif, à en juger de leurs déclarations.

Le Syndicat national de l'enseignement supérieur (section régionale de Casablanca) a lancé un mot d'ordre pour l'organisation d'un sit-in à partir de 9h30 au sein de la faculté et d'une grève préventive de 24heures en vue donc de dénoncer cette situation d'inertie que les enseignants chercheurs ne tolèrent plus. Ils se disent tous déprimés d'attendre depuis des lustres que leurs doléances aient enfin les échos souhaités. D'ailleurs, au cours de l'assemblée générale du SNES qui s'est tenue à l'amphithéâtre "Ibn-Tofail" de 10h45 à 11h30, chacun d'eux est venu témoigner des nombreux problèmes qui entravent sa carrière et portent atteinte à son rendement confirmant unanimement l'urgence d'y mettre un terme.

De quels problèmes s'agit-il ?

Le dossier revendicatif se compose de six points essentiels, à commencer par la nécessité d'accorder aux enseignants-chercheurs un "statut équitable dans le cadre de la fonction publique". Pour reprendre les propos du secrétaire général du SNES, M. Abounaser Mohamed, que nous avons rencontré sur place, il est inadmissible que cette catégorie professionnelle soit exclue de la fonction publique et considérée comme de simples "agents au service de l'Université". C'est un besoin de reconnaissance et de garantie de droits en tant que fonctionnaires de la fonction publique que revendique le syndicat, a-t-il expliqué.

La publication dans les plus brefs délais du décret portant sur les indemnités figure aussi au dossier revendicatif. Ce décret, a affirmé un membre du bureau national du SNES, est en instance d'examen au niveau du conseil du gouvernement et il faudra donc s'armer encore de patience en attendant que le processus arrive à son terme.

En fait, ce décret des indemnités tarde à être publié au Bulletin officiel depuis plus d'un an. D'après M. Abounaser, le comité en charge de ce dossier, créé depuis 1998, devait en principe permettre la publication du décret suite à un accord en septembre 2002. Or, le comité est revenu sur son engagement en juillet dernier en proposant une autre version de l'accord qui réside dans le versement des indemnités en trois échéances au lieu d'une seule, comme convenu.

A ces deux revendications s'ajoutent celles d'accorder un traitement équitable au dossier de la promotion interne des enseignants-chercheurs, dont certains attendent toujours d'être promus à leur tour, et d'améliorer les conditions de travail de manière à ce que la réforme pédagogique ne bute pas sur le manque de moyens et la mauvaise gestion des ressources humaines. Cette amélioration de l'environnement de travail suppose, bien entendu, qu'il y ait également garantie de la sécurité au sein des établissements de l'enseignement supérieur. Les enseignants-chercheurs font ici allusion aux interventions musclées des agents de sécurité de l'Université à l'encontre d'étudiants au sein de la Faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M'Sik et dont les plus récentes remontent à octobre dernier. Le SNES en impute la responsabilité à la présidence de l'Université et au décanat de la faculté.

Le syndicat revendique, par ailleurs, un règlement impératif du problème de six enseignants-chercheurs du service de pharmacologie (Faculté de Médecine de Casablanca), interdits d'exercer pour désobéissance à une décision du responsable (de ce service) qu'ils jugent arbitraire.

Le dossier revendicatif exige, aussi, le règlement de certains cas d'enseignants-chercheurs. Le syndicat appelledans ce volet à l'intégration des assistants titulaires d'un doctorat d'Etat au grade de professeur habilité ou de professeur de l'enseignement supérieur et des enseignants de deuxième cycle travaillant dans les établissements de l'enseignement supérieur, titulaires d'un doctorat national, au statut de professeur de l'enseignement supérieur.

De même, le SNES demande le règlement de la situation des enseignants-chercheurs maghrébins ayant la nationalité marocaine exerçant sous contrat. Et ce, par leur intégration au régime de la fonction publique en tenant compte des années d'ancienneté qu'ils ont accumulée. Il revendique également la réintégration du professeur Abdelali Achibani dans la fonction publique en raison de son état de santé et de sa situation sociale ainsi que l'intégration des enseignants titulaires d'un doctorat d'Etat au cours de la période transitoire au grade de professeur habilité ou de l'enseignement supérieur en comptabilisant leur ancienneté sans imposer de critère ou de quota.

Ce dimanche, le comité de coordination du SNES réunira son conseil. Les enseignants-chercheurs devront étendre leur mouvement à toutes les régions afin que la mobilisation en faveur du dossier revendicatif suscite enfin l'effet recherché.

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