L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Hôtellerie : le marketing de l'hôtellerie doit être plus intelligent

13 Décembre 2003


Port Louis — Sen Ramsamy, directeur de l'Assocaition des hôteliers et restaurateurs de l'île Maurice (AHRIM), reste optimiste. Il demande cependant un marketing plus ciblé, une baisse des billets d'avion et des prévisions à long terme pour faire face à l'arrivée de nouveaux hôtels.

Sen Ramsamy tient fièrement le Energy Globe Award 2003 que l'AHRIM a obtenu pour sa charte l'environnement.

Le taux de remplissage des hôtels pour ce mois de pointe est mauvais. Direz-vous que le secteur de l'hôtellerie se porte mal ?

Le taux moyen d'occupation des chambres pour la période janvier à novembre 2003 était de 61 % par rapport à 70,1 % à pareille époque en 2002. Ceux qui souffrent le plus sont les petits hôtels et les grands établissements. A ce jour, la moyenne pour décembre 2003 est de 65,3 % comparée à 70,3 % en 2002. Mais il y a aussi les last minute bookings et comme chaque année, la première quinzaine de décembre est toujours relativement faible par rapport à la deuxième partie du mois.

La situation vous fait-elle peur ?

Non, l'Ahrim se sent concernée par la situation mais reste optimiste. La tendance du tourisme au nouveau mondial s'annonce positive pour 2004, d'où la nécessité d'être imaginatif pour que Maurice gagne.

Déjà on voit des hôtels offrir des tarifs promotionnels aux Mauriciens en décembre alors que, dans le passé, il y avait rarement de la place pour la clientèle locale en décembre. Un mauvais signe pour vous ?

Depuis quelques années déjà, nos membres offrent des tarifs promotionnels aux Mauriciens en décembre mais aussi à plusieurs autres mois de l'année. Ce n'est pas nouveau et beaucoup de nos compatriotes en profitent. C'est bon signe.

On se demande si cette situation n'est pas due au fait qu'il y a trop d'hôtels et que la promotion n'a pas suivi le pas à l'agrandissement du parc hôtelier ?

Avec la fermeture de quelques hôtels en 2002 pour cause de rénovation, le taux de remplissage était comparativement meilleur que cette année. Maintenant que ces hôtels ont réouvert, c'est sûr que ça a un impact sur la performance de 2003. Il faut ajouter à cela l'effet non moins négligeable du dollar par rapport à l'euro. Les dollar destinations sont plus compétitives que celles vendant en euros comme Maurice. D'autre part, il ne faut pas oublier que, depuis le 11 septembre 2001, les voyages long courier à travers le monde ont été sérieusement affectés. Il nous faut être plus créatifs et intelligents en matière de market positioning.

Qu'est que cela veut dire, plus créatifs et intelligents ?

Par rapport à l'offre, il nous faudra un marketing plus ciblé visant clientèle qui correspond à cette offre, pour tous les hôtels, petits, moyens et grands. En clair un marketing plus diversifié. Il doit aussi être intelligent. La psychologie du voyage a changé.

N'y a-t-il pas aussi dans tout cela les efforts de nos concurrents directs qui nous prend une partie de note marché ?

Maurice a toujours la cote auprès de la clientèle étrangère et reste perçue comme une destination de qualité. D'ailleurs cette année nous allons, dépasser la barre de 700 000 visiteurs. Nos priorités doivent être la croissance en capacité de sièges d'avion, une meilleure tarification des billets, le marketing other than usual pour remplir toutes les catégories d'hôtels.

Voulez-vous dire que le billet Europe-Maurice est trop cher et qu'il n'y a pas suffisamment de place sur les avions par rapport à notre parc hôtelier ?

Généralement les touristes trouvent que le billet est très cher, le prix de ce billet pèse lourd dans un package. En ce moment avec le ethnic traffic - des Mauriciens de l'étranger venant en vacances et des Mauriciens partant pour l'étranger- Air Mauritius peut dire qu'il y a beaucoup de sièges, mais ils sont occupés par des Mauriciens. Je dois reconnaître que Air Mauritius fait des efforts mais il faut prévoir l'avenir bien à l'avance. Il faut aussi prendre en considération l'agrandissement de notre parc hôtelier. Il y a aussi le secteur informel, les bungalows privés qui absorbent 250 000 touristes, souvent de façon clan- destine. Le ministère fait des efforts, mais beaucoup de ces bungalows ne sont pas enregistrés. Les touristes venant pour ces bungalows occupent des sièges dans les avions mais ne remplissent pas les hôtels.

Les recettes provenant du tourisme ne suivent pas l'augmentation dans le nombre d'arrivées.Votre explication ?

Notre observation à l'AHRIM c'est que les touristes, comme partout ailleurs, sont «hyper price sentitive» et c'est un message important qu'il nous faut retenir pour l'avenir.

Quelle serait votre réaction devant une taxe de cinq dollars que les autorités envisagent d'imposer sur chaque touriste ?

Déjà il y a une perception que la destination Maurice est chère. Le fardeau fiscal sur le tourisme est déjà lourd.

Le but de ces 5 dollars proposés est pour l'embellissement de la destination, le sewerage, la signalisation des routes et le marketing. C'est justement le but de l'EPF et les redevances payables aux District Councils pour l'éclairage des routes, etc. Même pour le sewerage, les hotels de plus de 75 chambres sont obligés de par la loi d'avoir une station d'épuration qui coûte des millions pour traiter les eaux usées qu'ils utilisent ensuite pour l'arrosage du jardin;

Avec les autres secteurs de notre économie déjà en difficulté (agriculture et le textile), il n'y a que le tourisme qui soutient notre économie en attendant que le ICT soit mature en un full growth sector. Comme d'autres pays, il nous faut soutenir davantage ce secteur.

Quid de l'impact des incendies des hôtels sur le tourisme en général ?

Les récents incendies dans quelques hôtels récemment sont vraiment très malheureux, non seulement pour la direction mais aussi pour les employés de ces établissements. Les Mauriciens sont tous solidaires de ces hôtels et sont conscients que notre avenir et celui de nos enfants reposent sur ce secteur. Cependant je dois dire que ces incendies n'ont pas vraiment d'impact sur le tourisme en général et nous sommes confiants que ces hôtels vont reprendre leurs opérations bientôt pour le bien de tous ceux qui gagnent leur vie à travers ces hôtels.

On a fait appel à l'expertise étrangère pour faire décoller l'hôtellerie. Vingt ans après que ce secteur a pris son essor, on trouve toujours des étrangers dans des postes clés dans nos hôtels. A quand une mauricianisation de ce secteur ?

Le tourisme se globalise. La clientèle nous provient de tous les coins du monde. Si on est fier qu'il y ait tant de fils du sol qui occupent des postes clés dans des hôtels à l'étranger, on doit aussi comprendre cette situation dans le sens inverse. Notre petite île ne pourra développer son tourisme hors du reste du monde. Tous les pays qui ont réussi leur développement économique ont utilisés la main d'oeuvre et l'expertise des expatriés pour le faire. Une approche nationaliste dans le tourisme est la meilleur recette pour échouer. Mauricianiser le tourisme voudrait dire être devancé par d'autres destinations. Je pense qu'il nous faut ouvrir grandes nos portes afin d'attirer l'expertise nécessaire et permettre à notre pays de respirer le grand large pour son développement.

Combien de Mauriciens sont employés directement par les hôtels et quel est le niveau de leur prestation comparé au personnel des hôtels des pays concurrents ?

Il y a environ 22 000 personnes employées directement dans le tourisme et environ 40 000 autres indirectement. Mais il y a aussi un autre type d'emplois dont on ne parle pas du tout et qui est ni direct, ni indirect. C'est le Induced Employment. Je travaille directement dans le tourisme. Mon boutiquier ou mon coiffeur n'est employé ni directement ni indirectement dans ce secteur, mais l'argent provenant directement du tourisme entre régulièrement dans sa caisse. Donc le tourisme, de part son aspect multi-disciplinaire, irrigue ses bénéfices sur l'ensemble de notre population et c'est un effet multiplicateur non négligeable. Les 17 000 employés d'hôtels (y compris les 200 expatriés) sont tous à la hauteur de leurs tâches respectives et ensemble on a pu donner non seulement un competitive edge à notre tourisme mais bien plus un leading edge comparé à beaucoup d'autres destinations dans la région et le monde entier.

Et quid de leurs salaires, surtout par rapport aux profits réalisés par les hôtels ?

Il nous faut faire la distinction entre recettes touristiques et profits dans ce secteur. Le poids des emprunts et le debt servicing des hôtels énormes. Ceci dit, souvent quand un groupe hôtelier annonce des profits, on a tendance à croire que l'ensemble des hôtels à Maurice fait des profits. Ce n'est pas vrai. Les employés ont généralement un salaire raisonnable - un fair salary pour un fair day's work.

L'AHRIM a-t-elle l'expertise nécessaire pour mener à bien sa mission et quelle est votre crédibilité au plan local et international ?

L'AHRIM existe depuis 1973 et, cette année, nous marquons nos 30 ans d'existence. Après la restructuration de l'association en 1996, nous avons un bureau permanent à Port Louis constitué de seulement 5 personnes (le planton, une secrétaire, un accounts clerk, un statisticien et le directeur). Nous opérons aussi un comptoir de réservation à l'aéroport avec 3 hôtesses à plein temps. C'est ça l'AHRIM, petite mais motivée.

Vos réalisations pour l'environnement ?

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Savez vous que le mois dernier, l'AHRIM a obtenu le Energy Globe Award 2003 qui est le World Award for Sustainability en Autriche pour sa Tourism Environment Charter. Notre projet est sorti premier sur 1 300 projets venant de 97 pays à travers le monde. Quand on a été classé parmi les 3 meilleurs nominés avec la Suède et l'Autriche, c'était déjà pour moi un achievement. Mais vous imaginez notre émotion quand l'acteur américain, Peter Falk, arrive sur scène pour annoncer que notre petite île est la grande gagnante du Energy Globe Award 2003, j'étais vraiment fier que l'AHRIM soit arrivé aussi loin pour avoir une reconnaissance mondiale pour son travail. Le Energy Globe Award est soutenu par les Nations Unies, l'Union européenne et le gouvernement autrichien. Le Président du jury était le Prince de la Jordanie en sa capacité de président du Club de Rome. On a eu un prestigieux trophée et un cash prize de près d'un demi million de roupies en tout. Mais avant, une équipe de professionnels et de la télévision autrichienne s'est même déplacée à Maurice pour voir le travail que l'AHRIM a fait jusqu'ici.

Aujourd'hui nous sommes sollicités de toute part dans le monde pour partager notre charte de l'environnement et en plus le président de l'AHRIM a passé à la télévision dans environ 115 pays pour présenter ce projet. Je pense que c'est une première pour une association professionnelle du secteur privé.

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