L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: UNICEF : l'éducation des filles pour lutter contre la pauvreté

13 Décembre 2003


Port Louis — Soixante-cinq millions de filles dans le monde n'ont pas accès à l'école, ce qui accroît pour elles le risque de devoir vivre dans une pauvreté absolue, estime l'Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance) dans un rapport rendu public hier.

«En vue de parvenir à l'éducation pour tous, l'objectif de parité entre les garçons et les filles dans l'enseignement primaire et secondaire est fixé à 2005 (...)», écrit l'Unicef dans son rapport La situation des enfants dans le monde 2004 .

«L'éducation primaire pour tous» et «l'égalité des sexes» figurent au nombre des objectifs de développement pour le millénaire, à atteindre d'ici à 2015, selon l'engagement des 191 Etats membres de l'ONU, de même que l'éradication de la faim, la réduction de la mortalité infantile, la promotion de l'égalité des sexes, etc.

Autant la parité à l'école paraît à portée de main, autant «l'école pour tous» se présente encore comme un objectif très lointain, surtout dans les pays pauvres, si l'on s'en tient aux chiffres de l'Unicef.

La disparité est en effet beaucoup moins forte entre les sexes qu'entre les zones géographiques. Dans le monde, 121 millions d'enfants ne vont pas à l'école, dont une grosse moitié (65 millions) sont des filles. A l'échelle planétaire, les taux nets de scolarisation sont légèrement favorables aux garçons (83 %, contre 79 % pour le filles).

Certes, ce ne sont que des estimations. «Lorsque les filles ne vont pas à l'école, elles sont souvent invisibles. On ne les compte pas ou alors on sous-estime leur nombre. Il arrive même que les taux de scolarisation relativement élevés masquent le nombre de filles qui cessent d'aller à l'école, en particulier dans les régions rurales. Le nombre de ces filles augmente», selon l'Unicef.

«INVESTISSEMENT IDÉAL»

Mais la disparité la plus choquante reste entre zones économiques : 96 % des garçons et 97 % des filles sont scolarisés dans les pays industrialisés (le seul endroit au monde où les filles étudient plus que les garçons). A l'autre extrémité de l'échelle des richesses, 62 % des Africains et 57 % des Africaines des pays subsahariens vont en classe.

«Les théories, les politiques et les pratiques en matière de développement ont été marquées par la discrimination à l'égard des filles», note l'Unicef, dirigé depuis 1995 par l'Américaine Carole Bellamy.

«Nous n'avons aucune chance de réduire sensiblement la pauvreté, la mortalité infantile, le sida et d'autres maladies si nous ne faisons pas en sorte que toutes les filles et tous les garçons puissent exercer leur droit à recevoir un enseignement de base», estime encore Carole Bellamy.

L'Unicef pointe «le manque de financement» : «A de rares exception près, les pays industrialisés et les institutions financières internationales n'ont pas réalisé les investissements en matière d'éducation qui permettront aux filles des pays en développement d'aller à l'école et d'achever leurs études.»

«L'objectif de 2005 est le premier qui permettra d'apprécier la valeur de l'engagement pris par la communauté internationale de vaincre la pauvreté», poursuit l'organisme.

Indicateur de bonne volonté politique, l'éducation des filles est avant tout un moteur de développement : «Aucune autre stratégie ne donne d'aussi bons résultats lorsqu'il s'agit d'augmenter la productivité économique, de réduire la mortalité infantile et maternelle, d'améliorer la nutrition et de promouvoir la santé - notamment en aidant à prévenir la propagation du virus du sida», note le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en avant-propos.

Inversement, «quand une fille ne dispose pas des connaissances et des aptitudes pratiques que l'école peut transmettre, ces risques sont plus importants, à court terme, et pour la génération suivante», résume l'Unicef, qui conclut : «L'éducation des filles est l'investissement idéal.»

LES SEPT MESURES URGENTES DE L'UNICEF

1) Faire de l'éducation des filles un «volet essentiel de l'effort de développement, en veillant à ce que les principes relatifs aux droits fondamentaux inspirent les programmes de développement économique et en protégeant expressément l'accès des filles aux services publics», tout en respectant le «droit des enfants et de leur famille à prendre part à la prise des décisions qui les concernent directement».

2) «Instaurer une culture nationale en faveur de l'éducation des filles, de façon que les communautés soient aussi scandalisées et préoccupées par le fait que des filles ne puissent pas aller à l'école qu'elles le sont par le cas des garçons et des filles dont l'exploitation dans le travail est plus visible».

3) «Interdire les frais de scolarité quels qu'ils soient. L'école primaire doit être gratuite, universelle et obligatoire, et les parents doivent pouvoir choisir le type d'instruction à offrir à leurs enfants».

4) Intégrer les politiques éducatives aux plans nationaux de réduction de la pauvreté. «Les pays doivent oeuvrer en faveur de l'éducation des filles au moyen de lois contre la discrimination, de l'amélioration de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, de programmes de prévention du sida».

5) Faire des écoles des centres de développement communautaire, en particulier pour les enfants dont les parents sont morts du sida et pour ceux qui vivent en période de conflit ou en situation d'urgence.

6) «Intégrer les stratégies nationales à trois niveaux : investissements, politiques et institutions ; prestation de services ; cadres conceptuels, plus précisément ceux des démarches fondées sur les droits économiques et les droits de l'homme».

7) Augmenter le financement international en faveur de l'éducation, en affectant 10 % de l'aide publique à l'éducation de base, la priorité étant accordée aux programmes en faveur des filles. Les pays industrialisés doivent honorer l'engagement qu'ils ont pris d'allouer au moins 0,7 % de leur produit national brut au titre de l'aide.

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