13 Décembre 2003
interview
Port Louis — Avec son air de vieux «bab» des années 70, Alain Courbis ne ménage pas sa peine pour promouvoir la musique des îles. C'est presque une obsession, et ça tombe bien puisqu'il manage de main de maître une petite structure, le Pôle Régional des Musiques Actuelles de la Réunion, dont c'est la vocation.
Alors, c'est vous l'homme fort de la culture à la Réunion ?
Non, je n'ai pas cette prétention ! J'essaie de créer une dynamique au niveau des musiques actuelles. Je suis un passionné d'activités culturelles. Je m'intéresse à toutes les disciplines, mais il est vrai que la musique est avant tout ma passion. J'ai eu la chance de mettre cette passion au service d'une activité professionnelle. Il y a de gros besoins à la Réunion. Je souhaiterai qu'on soit plus nombreux pour faire avancer la musique et la culture à la Réunion.
Quel est le rôle du Pôle Régional des Musiques Actuelles ?
Nous n'accordons aucun financement aux artistes. Notre association a pour mission, le patrimoine, l'information, la formation et l'exportation. Ces trois dernières missions sont liées et visent la professionnalisation du milieu musical local.
Vos actions sur la préservation du patrimoine concernent également les autres îles de l'océan Indien ?
Sur la mission de patrimoine, oui. Les îles de l'océan Indien se modernisent très vite, ce qui met en péril leurs traditions musicales. Mon souci est de trouver un vrai lieu de mémoire des musiques de l'océan Indien où l'on pourrait trouver toute l'histoire et les productions discographiques des origines à ce jour. Ce serait aussi un pôle où des chercheurs pourraient enregistrer ou interviewer les derniers représentants de certaines traditions. Là, je pense à la chanteuse Charlésia Alexis qui est la dernière porteuse d'un style de séga spécifique des Chagos. Nous l'avons enregistrée et maintenant nous essayons de trouver les moyens de fabriquer le disque pour février.
Après six années à la direction du Pôle Régional des Musiques Actuelles, quel regard portez-vous aujourd'hui sur la musique réunionnaise ?
Elle est en pleine explosion. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Il y a plus de 500 groupes musicaux en activité. Il y a cinq ans on sortait dans l'année à peu près 70 albums produits à la Réunion.
Actuellement, il en sort 300 par an avec le phénomène de l'auto-production.
Comme les portes des studios ne s'ouvrent pas toujours facilement, beaucoup d'artistes préfèrent se produire eux-mêmes. Sur les 300 disques commercialisés, 30 à 40 % sont auto-produits par les artistes. S'ils sont ainsi plus autonomes, en revanche par manque de moyens, ils réalisent des disques qui ne sont pas techniquement irréprochables. Ils n'arrivent donc pas à être compétitifs sur le marché national ou international.
Et parmi ces 500 groupes musicaux, quel est l'artiste réunionnais que vous appréciez le plus ?
(Rires). Il y a le directeur du Pôle Régional des Musiques Actuelles qui travaille pour tous sans prendre en considération ses goûts musicaux.
Mais évidemment, chez moi, j'écoute des musiques qui me parlent plus que d'autres. Si je dois donner un seul nom d'artiste qui pour moi est emblématique de la Réunion, c'est celui de Danyel Waro. Il a du charisme et sa musique dégage une incroyable force.
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