La Presse (Tunis)

Tunisie: «Orientalisme et art contemporain» à la galerie El Marsa (La Marsa)

Ronz Nedim

14 Décembre 2003


Au coeur de la beauté et de la sensibilité de toute chose

C'est dans l'agréable galerie «El Marsa» qu'a eu lieu jeudi dernier le vernissage de l'exposition «Orientalisme et art contemporain».

Un ensemble remarquable d'oeuvres d'artistes vivants ou disparus et qui retracent d'une certaine manière le panorama des arts plastiques du vingtième siècle. Une exposition qui arrive ainsi au grand bonheur des collectionneurs et des amateurs d'art.

Lorsque l'on contemple le moindre des tableaux accrochés aux cimaises, on ressent immédiatement cet air de grandeur qui l'habite.

Et c'est peut-être parce que les oeuvres exposées dans cet espace ont été travaillées par de grands maîtres qui figurent d'ailleurs parmi les pionniers de la peinture en Tunisie.

Gustave Lino est né en Alsace en 1893. Ses pérégrinations le menèrent vers le sud, à Marseille, puis en Afrique du Nord. Il fit de longs séjours en Espagne, en Algérie et en Tunisie. Il exposa au salon tunisien régulièrement jusqu'aux années cinquante. Son oeuvre fut consacrée essentiellement aux ports et aux portraits.

Dans son tableau «Port de Tunis», il pose une peinture dense et lumineuse où les tons se juxtaposent doucement, où l'ombre se fait couleur. Avec la même fougue il brosse la mer, les barques et les maisons dans l'horizon, scandant une composition sereine, image d'un bonheur simple et beau.

Par amour de l'oriental

On découvre aussi des selles de chevaux tissées de fil d'or, des tapis berbères, des céramiques et des meubles en marqueterie, les peintres orientalistes tels que Alfred Bastien, Lazare Levy, Lucien Victor Delpy, Max Moreau, Vincent Mango ont réuni les meilleures traditions orientales alliées à leur savoir-faire technique et artistique.

Ne désirant être que les révélateurs de ce qui les séduit, les charmes et les enthousiasme, avec une simplicité déconcertante, ils nous communiquent leur passion pour cet environnement empreint de chaleur et de beauté orientale.

S'élever au-delà de la matière

Quant aux thèmes traditionnels, tels que le nu ou les natures mortes, ces artistes nous font savourer le meilleur d'eux-mêmes et de leurs penchants.

Dans le «Nu» de Pierre Boucherle (1895-1988), né à Tunis et l'un des fidèles du Salon tunisien d'expositions artistiques de l'Afrique française et d'expositions coloniales organisées en France et en Europe, on découvre un regard perçant et un élan fulgurant. Ce fondateur de l'«Ecole de Tunis» trace d'un seul trait, d'un seul geste, des lignes pures qui deviennent (en se rencontrant et en se croisant) des formes animées aux contours parfaits. Car on le sent, c'est bien l'amour de la beauté et de la perfection qui guide Pierre Boucherle.

On peut ainsi penser que le désir du peintre est surtout de s'élever au-delà de la matière afin de créer et de nous offrir une beauté intouchable et insaisissable. A travers sa palette, c'est tout un retour aux sources du mythe le plus ancré dans le coeur de l'homme : celui précisément de la femme pure et déesse, tant désirée mais jamais atteinte.

Jalel Ben Abdallah (1921) nous offre, quant à lui, des natures mortes, qui n'ont de mortes que le nom. Des couleurs parfaites, un pinceau généreux et le geste souple et sensible de quelqu'un qui sait contempler les éléments de la nature avant de la réinvestir sur la toile.

Le peintre invente des choses vraies

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Hédi Turki (1922) est un peintre remarquable, ici abstrait avec émotion, profondeur d'âme sans concession ni jeu gratuit des formes et des couleurs. Il nous offre ainsi une «abstration», univers émouvant en teintes douces et claires où apparaissent des halos de lumière comme dans un rêve. On songe alors à un large, voire immense ciel bleu parsemé de part en part de plages blanches et grisâtres. Un véritable morceau de poésie comme le déclare Jean Cocteau : «Le peintre comme le poète sera toujours plus proche de la vérité en s'illusionnant de ses propres lieux rêvés. On le sait, le peintre invente des choses vraies».

Quarante-neuf grands artistes-peintres bien inspirés nous offrent donc une invitation au voyage au coeur de la beauté et de la sensibilité, tout en reflétant les diverses approches picturales de la plus traditionnelle à la plus novatrice et du classique au contemporain. Un coup de chapeau à cette exposition d'envergure qui nous est proposée par Moncef Msakni, maître de céans, et qui rend hommage à ces pionniers de la peinture en Tunisie et ailleurs.

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