Mounira Aouadi
13 Décembre 2003
- Elaboration d'un module d'enseignement portant sur le patrimoine culturel tunisien
Les processus d'apprentissage, depuis belle lurette, ne sont plus considérés comme uniquement des phénomènes de transmission. Le rôle de l'éducateur n'est plus effectivement celui de distributeur du savoir. Il crée des situations où l'action et la découverte sont possibles, où l'éveil des sens est favorisé, la réflexion et l'échange suscités. Dans les classes, aujourd'hui, le jeu et la création assurent un rôle prépondérant dans l'apprentissage, et l'école tend de plus en plus à sortir du cadre contraignant de la salle de classe traditionnelle. Par cette approche, les élèves appréhendent mieux le monde qui les entoure.
C'est certainement dans cette optique que le projet «L'éducation au patrimoine dans le primaire», lancé durant l'année scolaire 2002-2003 par le Centre national d'innovation pédagogique et de recherche en éducation (Cnipre) et l'Institut national de bureautique et de micro-informatique (Inbmi) a bel et bien pris son envol.
Un rappel pour bien centrer cette expérience revigorante, fourni par Mme Latifa Chaker, inspectrice principale de l'enseignement primaire, circonscription de Sidi El Béchir, qui nous communique par la même occasion son enthousiasme et sa foi dans l'enfance : «Le patrimoine culturel est l'ancrage de la mémoire collective, développant le sentiment d'appartenance à un groupe social, favorisant l'ouverture et le dialogue en mettant l'accent sur la diversité culturelle et la dimension universelle des sites archéologiques».
Le ministère de l'Education et de la Formation, dont le souci majeur est d'innover, de créer des projets d'école, des projets de société en fait (club d'anglais, projet des écoles à éducation prioritaire [PEP], approche par compétences de base, intégration des porteurs de handicaps, nouvelles technologies de l'information et de la communication [Ntic], classes préparatoires et toutes les autres activités culturelles) «a désigné deux comités, reprend Latifa Chaker, l'un de pilotage réunissant des directeurs généraux et des directeurs du ministère, l'autre pédagogique avec des inspecteurs du primaire et du secondaire, des maîtres d'application et des professeurs».
Dans le cadre de l'Ecole d'été
Le comité pédagogique s'est réuni plusieurs fois pour mettre sur pied tout ce qui est relatif à l'éducation au patrimoine : objectifs, approches pédagogiques, principes de base, démarches à suivre. Lors d'un séminaire bloqué, un guide méthodologique préliminaire a été élaboré au profit des enseignants qui auront la tâche d'initier les enfants à l'éducation au patrimoine. La mise en oeuvre du projet a nécessité l'organisation de stages de formation à l'intention des directeurs et des enseignants qui seront chargés de l'application et du suivi du projet dans les écoles choisies.
C'est ainsi qu'un premier stage de formation a eu lieu dans le cadre de l'Ecole d'été tenu du 14 au 19 juillet 2003, à Sidi Dhrif, et qui a permis d'aborder un certain nombre de thèmes, tels que «La connaissance du patrimoine culturel (archéologique) tunisien, la pédagogie du patrimoine et les programmes scolaires, L'éducation au patrimoine : finalités et expériences, La pédagogie du projet et le projet d'école au service de l'éducation au patrimoine et l'exploitation des nouvelles technologies».
Récapitulons : «Dans une première étape, cette démarche ne concernera que quelques régions et écoles choisies grâce à une carte géographique dont la lecture évoque les plus grandes étapes de l'histoire de notre civilisation plus que millénaire d'une part, et la proximité, d'un ou de plusieurs sites archéologiques (Tunis, Carthage, Kairouan, Sbeïtla, Dougga, Mahdia, Zaghouan, El Jem ), d'autre part. L'on peut donc affirmer que ce projet a bien démarré».
Dans la foulée, Latifa Chaker nous annonce que les écoles désignées ont déjà élaboré leurs propres projets qui seront présentés à un comité pédagogique lors d'un séminaire qui se tiendra prochainement, en vue d'être étudiés, évalués, améliorés, restructurés de façon à ce qu'ils soient opérationnels. «Ce séminaire recevra les inspecteurs, les directeurs et les enseignants, et aura pour objectif l'échange d'expériences, la formation dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Par ailleurs, le guide méthodologique élaboré l'été dernier sera, bien évidemment, actualisé, remanié selon l'apport de chacun. Ce séminaire n'est qu'une étape dans le processus de la formation continue».
Autre précision : «Les élèves des écoles désignées, qui collaboreront avec plusieurs partenaires (les différents ministères, l'Institut national du patrimoine, les municipalités, les autorités compétentes, les associations de sauvegarde du patrimoine, l'Unesco) auront à parrainer un site archéologique, lanceront des S.O.S. afin de protéger ou de restaurer des sites menaçant ruine, convaincus que la sauvegarde de leur patrimoine culturel, archéologique, appartient, en définitive, à l'ensemble de l'humanité».
Lorsque les enfants se sentent investis d'une noble mission, pareille à celle-ci, ils s'y jettent à corps perdus. Les outrages à la pierre séculaire, aux vestiges du passé seront vite lavés. Leur oeil vigilant traquera la moindre faille, la plus petite négligence. Et la vieille ville, la médina, ce patrimoine et tous ses joyaux souffriront moins de l'indifférence. C'est le but.
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