La Tribune (Algiers)

Algérie: Marchés publics - énergie : mise en concurrence et techniques procédurales

Youcef Salami

15 Décembre 2003


Les chargés du secteur de l'énergie estiment rentable la procédure des avis d'appels d'offres, instaurée il y a un peu plus de trois ans. Que ce soit en matière d'électricité, de gaz, de pétrole, de sel ou d'or, pour ne citer que ces filières-là, le procédé a fonctionné et rapporté gros au secteur, observe le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil, dans l'une de ses déclarations.

Et des exemples de cet exploit procédural, il en donne beaucoup. Dans les mines, l'expérience réussie, montée avec les Australiens, aux termes d'un avis d'appel d'offres, en est un. Les Australiens de Goldmine sont ainsi associés à la société algérienne l'ENOR depuis octobre 2002. Des techniciens australiens séjournent à Alger, travaillant à la maturation d'un projet d'exploitation aurifère intéressant, jugent les deux associés. Comment en sont-ils arrivés à décrocher ce marché ? La compagnie Goldmine s'est alliée à l'ENOR aux termes d'un processus de mise en concurrence des gisements de Amesmessa et de Tirek, à travers un avis d'appel d'offres lancé en février 2000. Une opération qualifiée par les responsables de la société de l'or de réussite, l'offre ayant suscité l'intérêt de quatre opérateurs connus dans le domaine minier à l'échelle internationale : Zakhem International, un groupe libanais, Goldmine, MDMABSA, un opérateur sud-africain et, enfin, Hydromine, une SARL algérienne. Ils sont partis à chances égales quand ils ont soumissionné pour ce marché.

Tous se sont qualifiés à la deuxième phase, c'est-à-dire l'offre commerciale, mais sous réserve, parce des documents leur manquaient : lettre d'intention, des références liées à l'offre technique ou encore la caution bancaire. Aux quatre soumissionnaires, un délai de quinze jours a été accordé pour compléter les dossiers. Disciplinés, les quatre concurrents ont fourni les pièces manquantes dans les délais impartis et ont continué la compétition. L'ouverture des plis de la phase deux, l'offre commerciale, s'est terminée à la satisfaction des Australiens, parce qu'ils étaient les mieux-disants. Goldmine remplit les critères contenus dans le cahier des charges établi par l'ENOR. Et parmi ces critères, on peut citer les qualifications techniques et financières de cette compagnie, la bonne conduite du développement de base devant permettre une extension d'au moins 50% de la production de la mine actuelle de Tirek, le développement d'une nouvelle mine à Amesmessa, l'exécution d'un programme de recherche sur les deux gisements, la réalisation d'un programme d'exploration régionale sur l'ensemble du permis de l'ENOR et, enfin, la mise en place d'infrastructures nécessaires à l'exploitation de ces gisements. De quoi motiver l'ENOR, une société sous-dotée en termes de moyens financiers et techniques.

Son directeur général voit en Goldmine un partenaire intéressant avec lequel il peut réaliser un plan d'exploration et d'exploitation à la mesure des ambitions de la société nationale de l'or. Si cette association avec les Australiens revêt de l'importance, c'est parce que les projets à venir dans le secteur minier en dépendent, estiment des spécialistes. Les responsables de tutelle veulent donner en exemple cette alliance avec Goldmine pour démontrer ce que pourrait apporter la nouvelle loi sur les mines. Une loi qui a fait débat avant son adoption. Des dispositions que le ministre de l'Energie et des Mines souhaitait faire passer l'ont été. Les Australiens apporteront à la société de l'or du savoir, de la technologie et surtout de l'argent. Goldmine est entrée dans le capital de l'ENOR à hauteur de 52%, en y injectant un milliard de dinars. Ce montant s'ajoute au capital initial de la société de l'or établi à 880 millions de dinars. De quoi permettre à l'entreprise algérienne de renflouer ses caisses et de concrétiser ses projets, estiment des spécialistes. Il s'agit là d'une privatisation partielle rendue possible par la nouvelle loi sur les mines adoptée il y a près de deux ans par les deux Chambres parlementaires. Contrairement à l'ancienne loi minière, l'actuelle législation ne limite pas la prise de participation étrangère.

Mais cette privatisation n'est-elle pas le début d'une mise sous contrôle australien de l'ENOR ? A l'heure qu'il est, la société de l'or évolue toujours sous la direction d'une équipe de managers algériens, celle-là même qui a conclu l'accord de partenariat avec la compagnie australienne dont il est question. Les Australiens auront peut-être leur mot à dire dans le conseil d'administration de l'ENOR, une fois mis en mouvement les projets d'exploration, avancent certains. Dans les hydrocarbures, Chakib Khelil estime que les contrats que Sonatrach a réussi à conclure grâce à la formule des avis d'appels d'offres sont largement supérieurs aux accords signés par le passé. Réunis, ces contrats ont non seulement fait sensiblement augmenter le niveau des investissements dans le secteur, mais également contribué à diversifier les partenaires du groupe Sonatrach.

Celui-ci passait des contrats avec des partenaires classiques présents déjà sur le marché national des hydrocarbures, rappelle souvent le ministre de l'Energie. A la faveur de la nouvelle procédure des marchés, des Tunisiens, des Péruviens, des Egyptiens, des Vietnamiens, des Chinois, pour ne citer que ceux-là, ont soumissionné pour des projets mis en concurrence, arraché des contrats et ont ainsi des points de chute en Algérie, au même titre que les Français, les Américains, les Anglais, les Australiens et les Canadiens, partenaires traditionnels de l'Algérie. Les Chinois du CNPC étaient, en mai dernier, les mieux-disants, remportant le marché de la construction de la raffinerie de Adrar. Ils ont fait mieux que les Américains, intéressés également par cette raffinerie. Dans l'électricité, des projets de centrales électriques ont été aussi proposés en appels d'offres et ont trouvé preneurs, quand bien même le temps imparti à l'opération aurait été préjudiciable, estiment certains. Préjudiciable en ce sens que le lancement de ces centrales était tellement lourd qu'il ne permettait pas de suppléer de suite au déficit enregistré dans la production d'électricité. Aussi, des spécialistes avancent que des centrales auraient pu être montées en temps voulu grâce au capital public pour pallier la demande en électricité qui va en augmentant et éviter ainsi le délestage. De cet argument, la tutelle ne veut pas entendre parler.

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