La Tribune (Algiers)

Algérie: Cimenteries de Meftah, Zahana et Hadjar Soud : l'échec d'une opération

Lyès Ibalitène

15 Décembre 2003


En novembre 2001, et dans le cadre de la nouvelle liste des entreprises proposées à la privatisation entre 2003 et 2005 et selon diverses formules, le gouvernement décidait l'ouverture du capital des cimenteries de Meftah (Alger), Zahana (Mascara) et Hadjar Soud (Skikda) à hauteur de 51%.

Une décision qui venait alors mettre en pratique la résolution du Conseil des participations de l'Etat (CPE) en août de la même année et qui inscrivait cette opération dans une logique tendant à «assurer à ces trois entreprises, à travers une association à des partenaires stratégiques, les possibilités d'extension de leur marché vers l'exportation», soulignait le ministère de la Participation et de la Promotion de l'investissement (MPPI), dans une mise au point. Laquelle mise au point pouvait, et peut toujours s'interpréter comme un aveu des pouvoirs publics sur l'inefficacité du mode de gestion des trois cimenteries concernées par l'ouverture du capital. Sinon comment justifier les ambitions d'exportation lorsque le marché national du ciment continue à dépendre grandement des importations et des lois et règles de ceux qui le contrôlent ? En juin 2003, la séance d'ouverture des plis des offres financières mettait en scène deux seuls soumissionnaires, le portugais Cimpor et le français Lafarge, intéressés, de surcroît, par la seule cimenterie de Meftah.

Suffisamment d'éléments pour que l'opération soit plus courte que prévu lors du lancement de l'avis d'appel d'offres, presque deux années auparavant, d'autant que l'offre financière de Lafarge n'allait pas être ouverte pour cause de rejet préalable de son offre administrative par le comité d'ouverture des plis, offrant l'opportunité, sur un plateau d'argent, à Cimpor de remporter le marché en contrepartie d'une soumission à 41,5 millions d'euros, dans l'attente, bien sûr, de la décision du CPE auquel devait être soumise ultérieurement cette offre. En cas de OK du conseil, les Portugais réaliseraient, de l'avis des observateurs et instruits des potentialités et capacités de la cimenterie de Meftah, une véritable affaire en or. Et quelles capacités ! Doté d'un capital social de 1,4 milliard de dinars et employant 650 travailleurs, ce véritable complexe industriel a produit 800 000 tonnes de ciment en 2002, sans pour autant atteindre ses véritables capacités, estimées à 1 million de tonnes par an, alors que son chiffre d'affaires est de 2,3 milliards de dinars.

Pour sa part, Cimpor est classé 10ème groupe cimentier mondial, avec une production annuelle de 23 millions de tonnes, et son programme en Algérie consistait en «un vaste programme d'investissement», selon son représentant, le Tunisien Ali Balagaha, expliquant ces investissements, sans toutefois les chiffrer, par «l'amélioration des méthodes de production et l'augmentation de la productivité de l'usine pour passer ensuite à l'extension des capacités de l'usine». Vaines ambitions, puisque les travailleurs de l'entreprise allaient, au lendemain des soumissions, passer à la contre-offensive socioéconomique, par l'entremise de l'UGTA et mettre en échec l'opération. Dans une conjoncture marquée par le dossier des privatisations et sur fond d'inquiétudes manifestes des travailleurs dont les unités sont concernées, le secrétaire général de l'UGTA, Sidi-Saïd, choisira alors d'effecteur des visites dans plusieurs de ces unités et, à l'occasion, fera une halte aussi symbolique qu'importante dans la cimenterie de Meftah pour y présider une séance de travail et prononcer un discours au bénéfice de «la réhabilitation des entreprises publiques et la valorisation des compétences nationales», citant l'exemple de cette même entreprise avant d'être remise en marche en l'espace de trois mois par le personnel algérien.

Résultat de la contestation, escortée par des arguments qui prouvent l'inconsistance des 41,5 millions d'euros offerts par les Portugais devant les dividendes promis par les 51% du capital en voie d'être acquis, le CPE décide de reconnaître indirectement l'échec de l'opération et de rejeter l'offre du groupe Cimpor. Un échec aussi symbolique que symptomatique de la difficile mission que se sont assigné les pouvoirs publics à travers un nouveau programme de privatisations sous forme d'ouverture de capital, de privatisation totale ou partielle ou encore de partenariat ou de cession aux travailleurs salariés.

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